Les Promesses du Passé

 date

du 14/04/2010 au 19/07/2010

 salle

Centre Pompidou,
Paris

 appréciation
 tags

Centre Pompidou / Cyprien Gaillard / David Maljković / Ion Grigorescu / Mircea Cantor / Tacita Dean / Yael Bartana

 liens

Centre Pompidou

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Il y a deux ans, dans l’Espace 315 du Centre Pompidou, l’exposition Le Nuage Magellan partait du titre d’un roman de Stanislaw Lem pour évoquer les utopies déchues. Cette fois-ci, dans la Galerie Sud et ce même Espace 315 réunis, c’est une expression de Walter Benjamin qui sert de point de départ à une exposition qui se veut « une histoire discontinue de l’art dans l’ex-Europe de l’Est » des années 1960 à nos jours. Intelligemment classée par thématiques, la présentation (pensée par Christine Macel et la commissaire polonaise Joanna Mytkowska) évite de ce fait le côté catalogue, l’accrochage par périodes ou par pays et permet, de surcroît, de faire dialoguer créateurs récents (y compris occidentaux) et artistes des années 1960-70. À ce titre, on regretta un léger abus de superlatifs dans les cartels (« figure éminente », « acteur majeur », « précurseur », « figure centrale »), survendant un peu ces artistes pour un public dont l’exposition postule, à juste titre en ce qui nous concerne, qu’il ne les connaît pas

En revanche, la scénographie de la Polonaise Monika Sosnowska, avec ces cimaises en lignes brisées, laisse de la place aux œuvres, offre au spectateur de bons espaces de respiration tout en occupant bien le lieu et en servant le propos (ruptures, angles saillants et espaces quasi-dissimulés comme métaphores des conditions de vie des artistes dans les pays de l’Est). Dans l’Espace 315, la scénographie se fait encore plus importante, prenant le statut d’installation en tant que telle, lorsque le Slovène Tobias Putrih parsème le plafond de formes de cartons rendant le lieu quasi-étouffant.

Pour entrer davantage dans le détail, on releva, à la lecture du matériel d’exposition, que nombre d’artistes produisaient des œuvres contestataires (du pouvoir en place, de l’art officiel) sans véritablement le revendique. Reste à en savoir les raisons : volonté de discrétion de leur part (on peut imaginer qu’il ne faisait pas bon s’opposer, même par le truchement artistique, aux autorités) ou non-conscience de la portée de leur travail (cette dernière étant plaquée a posteriori par nous autres, exégètes contemporains) ?

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Endre Tót - Zero Demo, Viersen
(courtesy Centre Pompidou)

À l’image de la démarche soviétique passant par toutes les strates de la société, les interventions des artistes présentés irriguent aussi bien le champ architectural que l’espace urbain ou les questions liées à la féminité. Pour le premier, les immeubles de Bucarest, Budapest ou Tirana sont filmés et photographiés par Ion Grigorescu, Tibor Hajas, Alban Hajdinaj ou Gentian Shkurti tandis qu’en écho, Cyprien Gaillard montre un cliché des débris d’une tour rasée à Dammarie-les-Lys et que David Maljković rêve à de nouveaux bâtiments. Investissant l’espace urbain, les créateurs y réalisent des « gestes micropolitiques » comme Bálint Szombathy qui promène un poster de Lénine dans les rues de Budapest, Endre Tót qui organise des manifestations où le « 0 » est le seul caractère présent sur les affiches ou Neša Paripović qui entreprend de traverser Belgrade en ligne droite, peu importe les obstacles. En troisième lieu, tentant de dépasser le carcan patriarcal, les femmes artistes tentent l’émancipation par parallélisme avec l’action politique (Sanja Iveković alterne plans où elle découpe un bas dont elle s’était recouvert la tête et images de propagande de Tito) ou bien en insistant sur la dimension maternelle (les sculptures en formes d’œuf de Mária Bartuszová).

Au-delà de ces manifestations artistiques agissant en réaction, les créateurs ont aussi entrepris de s’approprier certains codes et symboles occidentaux. Ainsi, Dimitri Prigov dispose du ruban adhésif sur des photos de femmes occidentales, afin de créer une sorte d’halo transparent autour d’elles, Sanja Iveković juxtapose des figures de mannequins issues des magazines et des cotons usés portant des traces de maquillage. Plus étonnamment, plusieurs artistes se sont mis en scène nus (en photo ou vidéo), comme si cet acte transgressif, pour banal qu’il soit devenu en Occident, avait constitué un acte de rébellion majeur dans ces pays.

Enfin, parmi les artistes récents déjà croisés ailleurs, on put saluer les vidéos de Tacita Dean dans laquelle des mots sont écrits sur un tableau noir d’école avant d’être effacés, de Mircea Cantor où il s’arrête sur un drapeau brûlé comme geste protestataire et de Yael Bartana qui parvient construire un kibboutz au cœur de Varsovie sans tomber dans le pathos commémoratif ou le mauvais goût.

François Bousquet
le 11/07/2010

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