Sonic Protest : David Grubbs / Yann Leguay / Yann Gourdon

 date du concert

10/07/2010

 salle

Instants Chavirés,
Montreuil

 tags

David Grubbs / Instants Chavirés / Yann Gourdon / Yann Leguay

 liens

Instants Chavirés
Yann Leguay
Yann Gourdon

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Pour clôturer la saison, les Instants Chavirés ouvraient leurs portes à Sonic Protest pour une soirée censée faire concurrence à la petite finale du mondial de foot, mais c’est tout juste 5-6 personnes qui sont présentes à notre arrivée. Certes il faisait beau, c’est l’été, et il n’était que 20h30, mais avec David Grubbs en tête d’affiche on s’attendait à voir une salle comble.

C’est donc avec un peu de retard, vers 21h, que débute le premier concert devant une salle modérément remplie. Yann Gourdon joue d’un instrument décidément en vogue, puisqu’un mois plus tôt c’est Eric Cordier qui jouait de la vielle à roue aux côtés de Keiji Haino. Le parcours de Yann est aussi particulier que le fait de voir cet instrument aux Instants Chavirés. Un père violoniste le plonge très tôt dans le monde de la musique et c’est le coup de foudre pour la vielle à roue qu’il pratiquera assidument, prenant des cours afin d’étudier les différents type de jeu et trouver sa propre pratique de l’instrument. De part la nature de l’instrument et son parcours artistique, Yann Gourdon joue à la fois dans des groupes ou projets traditionnels, avec en parallèle un travail sur la musique contemporaine, la recherche sonore autour des possibilités de la vielle électroacoustique.
En effet l’instrument de Yann est branché, et produit un son puissant, étourdissant, comme un long ronronnement infini au subtiles variations de fréquences sonores. Le genre de musique à rapprocher du drone puisque le Français joue sur la multiplication des fréquences sonores, faisant varier celles-ci en désaccordant sans cesse son instrument afin de produire de rapides glissandi. Le concert est long, un peu trop sûrement, et sera certainement éprouvant pour quelques spectateurs, mais l’artiste semble également exténué à la fin de son set d’une quarantaine de minutes à tourner cette manivelle. On appréciera plus particulièrement cette fin de concert, aux variations plus riches, les fréquences sonores tombant dans les graves et se détachant une à une.

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Yann Leguay

C’est vers 22h que Yann Leguay prendra le relai avec a priori une formule classique : platines et table de mixage. En y regardant de plus près on se rendra compte que ces éléments ont quelques particularités qui font toute la spécificité du travail du Belge : les platines ont deux ou trois bras, les disques sont vierges (dépourvus de sillons donc), et quelques instruments non musicaux sont à sa disposition : cutter, scalpel, et autres outils de dentiste...
Yann Leguay est un fait un sculpteur : il travaille simultanément sur la matière physique et sonore, commençant par gratouiller un disque avec une sonde de dentiste, créant une pluie de grésillements, taillant ensuite ses disques dans le vif pour créer une rythmique claquante et un peu chaotique. On pensera immédiatement au quatuor allemand Institut für Feinmotorik, mais Yann Leguay est seul, aidé de ses tables de mixage pour sampler quelques boucles et ajouter ainsi des couches sonores. On aura parfois un peu de mal à faire le lien entre l’action et le résultat audible. Quelques grincements surprenants, certains bras semblent être là pour creuser des sillons et rayer l’étiquette centrale au profit d’un souffle linéaire, le tout mêlé à un jeu de platiniste plus classique. Un concert qui se révèle être plutôt magique, surprenant de voir cette musique se construire de cette manière et se révéler étonnamment efficace dans un final aux rythmiques puissantes et technoïdes. Il terminera sous un tonnerre d’applaudissements franchement mérité !

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David Grubbs (et Noël Akchoté)

Alors que l’on était dehors à prendre l’air en buvant un verre, voilà que l’on nous annonce déjà le concert de David Grubbs. On traine un peu la patte et voilà t’y pas que l’on entend la guitare à l’extérieur... Faisant un peu trop chaud dans la salle, l’artiste décida de commencer son set devant la porte des Instants Chavirés pour le plaisir du plus grand nombre, en toute simplicité. Un premier titre instrumental avec ce son de guitare un peu rugueux et ces cassures qui font le charme de la musique de l’Américain, puis un second, plus doux et chanté d’une voix feutrée.
On enchaîne à l’intérieur, toujours à la guitare alors que l’on aurait certainement préféré voir David Grubbs au piano. Il enchaine les morceaux, alternant instrumentaux et chansons pop épurées devant un public conquis d’avance. Il faut dire que le bonhomme est souriant, particulièrement à l’aise, et fait preuve d’une facilité déconcertante pour aligner avec classe accords et faux désaccords. Par ailleurs il donne plus l’impression de donner un concert privé pour des amis que de faire une représentation sur scène ce qui le rend éminemment sympathique.
Après environ 35mn solo, et comme annoncé peu de temps avant le concert, il se voit rejoint par Noël Akchoté pour un duo piano / guitare. Le français est assis, guitare posée sur les cuisses, manche dirigé au plafond, et il ne jouera que de coup donnés contre le corps de son instrument. Grubbs ajoute ça et là quelques notes de piano pour un joli set façon expérimentations contemporaines et fragiles.

Fabrice ALLARD
le 12/07/2010

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