Paris Cinéma 2010 - Compétition internationale

 réalisateur

Benjamin Heisenberg

Zhang Lu

 date

du 03/07/2010 au 13/07/2010

 salle

Mk2 Bibliothèque,
Paris

 tags

Benjamin Heisenberg / Mk2 Bibliothèque / Zhang Lu

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L’augmentation exponentielle du nombre d’avant-premières présentées (une cinquantaine cette année) fait de Paris Cinéma davantage une vitrine des échéances prochaines qu’un véritable festival. Pourtant, la manifestation comporte bien une compétition internationale dont a déjà pu cependant souligner, par le passé, qu’elle avait bien du mal à dénicher des inédits et se résumait souvent à une sélection des films remarqués à Rotterdam et Berlin. Ceci dit, le niveau d’ensemble étant globalement correct, on ne saurait complètement en faire le reproche aux sélectionneurs, surtout quand ils ont la bonne idée de choisir les œuvres de réalisateurs hautement appréciés de ces pages comme Benjamin Heisenberg.

Précisément, Le Braqueur (Der Räuber), en compétition à la Berlinale où il fut salué unanimement par la critique, est le second film de ce jeune cinéaste allemand, membre talentueux de cette génération des années 2000 mais dont son premier film (Schläfer) n’avait pas trouvé de distributeur français. Espérons que ce sera le cas de celui-ci, tout aussi réussi que le précédent bien qu’extrêmement différent. Des jeunes universitaires, on passe ici à un repris de justice qui, une fois sorti de prison, va se remettre à ses deux activités favorites : braquer des banques et courir le marathon (la seconde étant très utile à la première, en tant qu’elle lui permet d’échapper aisément à la police). Sans jamais esquisser une once d’explication des motivations de son héros, Heisenberg le place dans une perspective fataliste, au destin irréversible, quand bien même une histoire d’amour vient se nouer au milieu. L’énergie primale qui le pousse à perpétrer ses actes et la compulsion de ses agissements soulignent l’animalité du personnage, jusqu’aux vingt dernières minutes quasi-muettes dans lesquelles la traque policière prend les atours d’une battue à la tension magistralement tenue.

Autre film remarqué (et même primé) à la compétition berlinoise, If I Want To Whistle, I Whistle (Eu când vreau sã fluier, fluier) y avait été vu comme la capacité de la nouvelle vague roumaine à sortir de la voie burlesque empruntée par plusieurs de ses représentants. De fait, l’action se déroule uniquement dans un centre de redressement pour adolescents dont Silviu, à quinze jours de la quille, va vouloir sortir de manière anticipée pour s’occuper de son petit frère. Florin Serban réussit à mettre en place une belle opposition entre l’aspect buté du héros avec cette seule idée en tête et le lieu, pas si fermé qu’il n’y paraît, puisque les jeunes gens travaillent au grand air, que la lumière infuse un peu partout et que le directeur est globalement compréhensif. S’il abuse peut-être un peu trop des plans, hérités de Van Sant et des Dardenne, derrière la nuque du héros, le réalisateur maîtrise son film tout du long et parvient à tenir simultanément plusieurs lignes narratives.

Après avoir vérifié, avec La Rivière Tumen, mélo qui tente péniblement d’introduire quelques considérations politiques (l’action se passe à la frontière sino-coréenne), que le cinéma du Coréen Zhang Lu n’est décidément pas notre préféré, place à un autre réalisateur asiatique. Bien qu’il s’agisse de son quatrième long-métrage, Hitoshi Yazaki nous était jusqu’alors inconnu et aucun de ses films n’a été distribué en France. On ne peut pas dire qu’on militera pour que Sweet Little Lies le soit même si le film fait sourire avec son histoire de couple trentenaire japonais bien propre sur lui qui découvre l’adultère. Mais la symbolique beaucoup trop poussée (la jeune femme réalise des ours en peluche, fréquemment mis en situation analogue à celle du couple) et l’incapacité du cinéaste à éviter quelques longueurs désavantagent grandement l’entreprise.

Primé à Rotterdam, Alamar s’attache à Natan, fils de cinq ans d’un père mexicain et d’une mère italienne. Vivant avec la seconde à Rome, il rejoint pour quelques mois le premier qui réside à proximité d’une barrière de corail au Mexique. Une fois que le garçonnet est arrivé sur la petite maison sur pilotis, le film de Pedro Gonzalez-Rubio n’offre malheureusement rien de plus que ce à quoi on s’attendait : pèche quotidienne, découverte de la faune et de la flore, moments touchants partagés avec ses père et grand-père, remarques propres à souligner l’écart avec sa vie en Italie (« En Italie, ils ne pèchent pas le poisson, ils l’achètent »), etc… Si les belles images et la discrétion du dispositif (laissant s’épanouir ce dialogue entre hommes et nature) sont à mettre au crédit du réalisateur, il n’en ressort qu’un film gentiment doucereux mais qui ne dépasse jamais cet horizon.

Enfin, venu tout droit de la Quinzaine des Réalisateurs, Cleveland contre Wall Street arrivait avec tous les atours du docu-fiction bien pensant : sujet d’actualité (les saisies immobilières consécutives à la crise des subprimes), combat des faibles contre les forts (Cleveland et ses habitants contre les 21 plus grosses banques de Wall Street), témoignages émouvants des travailleurs vidés de chez eux après avoir été escroqués, etc… Comme le véritable procès n’a pas encore pu se tenir, Jean-Stéphane Bron a choisi de le reconstituer avec salle d’audience, avocats des deux parties, juge et jury populaire. Bref, la crainte de la lourde machinerie à la Michael Moore était plus que présente. Pourtant, le film s’en sort à peu près, ayant évidemment pris le parti des habitants mais sans que cela ne soit trop marqué, n’abusant pas trop des séquences tire-larmes et démontrant un bel effort pédagogique que salua d’ailleurs le public du festival en lui remettant son Prix.

Dates de sortie :
- Cleveland contre Wall Street : 18 août 2010
- La Rivière Tumen : 25 août 2010
- Le Braqueur : 10 novembre 2010
- Alamar : 1er décembre 2010

François Bousquet
le 13/07/2010

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