In Famous Carousel #6 : Daito Manabe / LucyandBart / Terre Thaemlitz / Pauline Oliveros

 date du concert

13/11/2010

 salle

Centre Pompidou,
Paris

 tags

Centre Pompidou / Daito Manabe / In Famous / LucyAndBart / Pauline Oliveros / Terre Thaemlitz

 liens

Terre Thaemlitz
Centre Pompidou
In Famous
LucyAndBart
Daito Manabe
Pauline Oliveros

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Pour la sixième année consécutive, In Famous investit le Point Ephémère et le Centre Pompidou à l’occasion du festival In Famous Carousel. Cette année c’est le corps qui en est le sujet avec les extensions électroniques de Daito Manabe, les transformations et déformations de LucyAndBart, ou encore les questions que pose Terre Thaemlitz.

Alors que l’on entre dans la grande salle du Centre Pompidou, deux japonais sont déjà installés sur scène derrière une table sur laquelle trônent laptops, machines et câbles accrochés à leurs visages. Devant eux, deux caméras dont on devine qu’elles serviront à projeter les mimiques des deux artistes sur l’écran en fond de scène.

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Daito Manabe

C’est un peu avant 21h que débute donc la performance-concert de Daito Manabe, mathématicien et chercheur présent sur scène avec son cobaye. Si l’on a tout bien compris, Daito Manabe générait la musique via des électrodes qui interprétaient ses mimiques afin de générer des sons. Par ailleurs, la musique était elle aussi transformée en signal électrique qui venait stimuler via des électrodes, le visage du deuxième artiste, créant ainsi une sorte de chorégraphie faciale. Passé ces considérations techniques, on restera surpris par la perfection de la musique, parfaitement calée, à se demander si elle était véritablement générée par les grimaces de Daito Manabe. Celle-ci se situait dans une veine electronica relativement classique, légèrement marquée par la scène minimale/glitch d’un Ryoji Ikeda (Daito Manabe a notamment travaillé avec Dumb Type), mais le spectacle était tout autant visuel, en particulier lorsque les deux artistes mirent des LED dans leur bouche qui clignotaient au tempo de la musique. Cela reste léger, le public prend globalement ce premier set avec humour et on passera un moment très agréable.

On change clairement de domaine avec le duo LucyAndBart, venu d’Australie et Nouvelle Zélande, et formé à l’architecture, au design et à la mode. L’installation interpelle avec des projecteurs, un appareil photo, une grande bâche sur la scène, c’est un peu un studio photo qui est recréé sur scène pour une performance effectivement très proche de la mode.
Un modèle arrive sur scène, le corps recouvert de cure-dents, comparable à un hérisson. Les deux artistes lui collent quelques pics supplémentaires puis il prend la pose pour une série de photos. Histoire d’occuper l’espace sonore, des musiques sont diffusées, apparemment en rapport avec d’autres travaux du duo. Pendant ce temps le modèle enlève ses pics et se plie à la suite de ses transformations corporelles, se faisant coller des pustules bleus sur le visage, habiller d’une mousse de lessive qui sera ensuite peinte, Lucy reprenant régulièrement place derrière l’appareil photo pour figer l’événement. Étonnant, très plaisant, on conseillera surtout d’aller voir le résultat de ce travail sur le site des artistes. La performance a pour intérêt de montrer, faire découvrir leur travail, mais elle a ses limites esthétiques quand elle se trouve réduite à un quart d’heure.

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Terre Thaemlitz

C’était ensuite au tour de Terre Thaemlitz, principale raison de notre déplacement ce soir. Il nous présentera un travail un peu particulier puisqu’il s’agissait de Trans-Portation, une variation de la création radiophonique Trans-sister Radio. Peu d’intérêt à voir cela sur scène : Terre Thaemlitz est assis dans un coin de la scène, et seules 4-5 illustrations viendront occuper l’écran en fond de scène. À part ça, du spoken word avec en fond sonore le Jet Set d’Alphaville, et des extraits d’interview de personnes travaillant aux douanes. Un travail autobiographique assez naturellement axé sur le genre, demandant à ses interlocuteurs s’ils ont déjà été confrontés à des personnes ayant changé de sexe, dont les papiers ne correspondent plus à la personne qu’ils ont en face d’eux.
Il y a quelque chose qui ne fonctionnait pas ici : guère d’intérêt à voir ce type de prestation sur scène, un discours en anglais non sous-titré, et ce pendant plus d’une demi-heure, de quoi perdre en route la majeure partie des spectateurs.

Dernier concert, et pas des moindre, Pauline Oliveros dont nous avions beaucoup entendu parlé, mais jamais joué. Il fallait que ce soit fait au moins une fois, ce fut donc celle-ci.
Artiste américaine que l’on a un peu de mal à cerner, d’une part figure centrale de la musique électronique américaine, l’une des membres fondateurs du San Francisco Tape Music Center, et d’autre part auteur du concept de "Deep Listening", mis en pratique au sein du Deep Listening Institute, dont on découvrira des contours flirtant avec le new-age...
L’artiste est seule sur scène avec son accordéon, jouant près de 30mn de musique contemporaine, très certainement improvisée. On sera d’abord surpris par les sonorités qui sortaient de son instrument, voyant l’accordéon plutôt comme un déclencheur de samples puisque ce sont des notes de contrebasse que l’on entend alors que ses doigts parcourent le clavier de l’instrument. Très régulièrement le son change, des portions de clavier produisent un son de flûtes, tandis que d’autres gardent le son connu de l’accordéon. Visiblement habitée par sa musique, produisant parfois de brusques mouvements, nous resterons quant à nous complètement en dehors de cette performance.

Fabrice ALLARD
le 21/11/2010

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