FatCat Festival : Growing / Lau Nau / Black Dice / Jóhann Jóhannsson

 date du concert

04/12/2010

 salle

België,
Hasselt

 tags

België / Black Dice / Fat Cat / Growing / Jóhann Jóhannsson / Lau Nau

 liens

Jóhann Jóhannsson
Growing
Fat Cat
Lau Nau

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Pénétrer dans le België - pour la première fois, en ce qui nous concerne, depuis plusieurs longs mois - est toujours un moment particulier. On sait qu’on entre dans un antre de passionnés audacieux, proposant divers spectacles sortant complètement des sentiers battus, dans une ambiance relax et "cosy" - encore rehaussée cette fois par la maigreur de l’assistance, sans doute partiellement due à une météo bien maussade et glaciale - permettant des conditions d’écoute optimales, sur le plan du confort s’entend. Ce troisième festival FatCat auquel nous assistons proposait un programme moins touffu que certaines éditions passées, mais du plus haut intérêt. Nous n’avons pas été en mesure d’assister aux prestations de l’après-midi et avons ainsi, à regret, manqué celle de Hauschka qui nous aurait certainement ravi. Nous arrivons sur le coup de 20 heures, pour 4 heures bien remplies.

Growing tout d’abord, en guise de hors-d’oeuvre plus que consistant. Le désormais trio s’est, comme on l’a noté par ailleurs sur ces pages, bien éloigné du post-rock ambient contemplatif qui faisait le sel de ses deux excellents premiers LP sortis sur Kranky. Ce soir, nous assistons à un set court (30 minutes seulement), plus exactement ramassé, allant à l’essentiel, et se situant logiquement dans l’exacte veine de leur dernier album Pumps ! : guitare toutes voiles dehors et truffée d’effets, roulements métalliques, c’est à un voyage dense et envoûtant, oppressant même, très industriel, que nous sommes convié. On ne comprend strictement rien à ce que psalmodie Sadie Laska, et c’est évidemment voulu, mais ces scansions participent de l’implacable rouleau compresseur qui nous évoque une forme de dark ritual chamanic noise-trance, osons le dire. Cette sorte d’hommage à Throbbing Gristle est diablement efficace, mais on se prend tout de même à regretter les nappes prégnantes des deux premiers albums.

Brève respiration ensuite dans le Parquet Hall en compagnie de Lau Nau, aka Laura Naukkarinen, Finlandaise comme son nom l’indique. Plaisante découverte reposante (presque trop) faite de mélopées nordiques en solo posées sur une guitare - très - granuleuse et agrémentée sur écran d’une désolation contemplative toute scandinave. Le côté surprenant et accrocheur du set est la mise en avant de bruitages, issus d’accessoires variés et de sa voix, mis en boucle. En dépit de problèmes de réglages sonores que la miss prend avec le sourire mais qui semblent abréger sa performance, celle-ci est saluée comme il se doit par un public apparemment conquis.

Retour vers la main stage ensuite pour le premier plat de résistance, à savoir Black Dice, dont on n’avait plus parlé ici depuis 7 ans. Même disposition que Growing, à savoir un trio utilisant une seule guitare et des machines à faire du beau bruit, dont des percussions électroniques. C’est sec, saccadé, encore plus tribal, métallique, cinglant, très bruitiste et cela va évidemment un peu trop fort, même si le son est mieux réglé que pour le groupe précédent. Nous n’avons pas suivi la production du trio depuis Beaches & Canyons et sommes donc vierge de tout a priori ; au final, la sauce prend, mais ces beats sourd, froissements métalliques à haut volume, déflagrations et autres chuintements suraigus restent trop extrêmes pour nos oreilles. On préfère se concentrer sur la recherche dont témoignent d’intéressants bruitages ou des semblants de mélodies qui surgissent, disparaissent et s’étouffent, voire sur l’une ou l’autre montée décapante. 40 minutes de tension implacable.

Nous étions ravi de terminer la soirée en compagnie de Jóhann Jóhannsson, qui gratifie régulièrement la Belgique d’un passage mais que personnellement nous n’avions pas encore eu l’occasion de découvrir en concert. L’Islandais est, en 6 albums tous plus magnifiques les uns que les autres, devenu une incontestable valeur sûre, et ses paysages sonores ambient néo-classiques, dominés par un piano raffiné et de discrets mais pertinents traitements électroniques, puissamment oniriques et évocateurs, forcent l’admiration. C’est bien ce qu’il délivre ce soir : d’amples et lents accords et notes claires au piano, ou un nappage électronique allusif et délicat, auxquels répond, à l’avant-plan, le jeu impeccable de sa compatriote violoncelliste Hildur Guðnadóttir (membre comme Jóhannsson du collectif insulaire Kitchen Motors, active sur le label Touch, et dont le CV indique des collaborations avec Múm, Pan Sonic, Schneider TM ou Throbbing Gristle, les revoici). Leur dialogue fonctionne à merveille et incite à une douce et intense rêverie, dans laquelle - malheureusement pour la concentration - notre état de fatigue personnel a bien risqué nous plonger effectivement. Un moment à vivre plus qu’à décrire, parfaitement conforme à l’univers délicieux que l’Islandais déploie sur disques, la chaleur profonde du violoncelle en plus.

C’est donc étourdi et repu de sons variés, tantôt soyeux, tantôt (très) percutants, que nous reprenons le chemin enneigé du bercail.

Gilles Genicot
le 06/12/2010

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