Le Ciel est pour tous

 auteur

Catherine Anne

 metteur en scène

Catherine Anne

 date

du 12/01/2011 au 22/01/2011

 salle

Théâtre de l’est parisien,
Paris

 appréciation
 tags

Catherine Anne / Théâtre de l’est parisien

 liens

Théâtre de l’est parisien

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Monté avec succès l’an passé, Le Ciel est pour tous est repris cette saison dans le théâtre même dirigé par l’auteure et metteuse en scène, Catherine Anne, lieu situé sur les hauteurs du XXe arrondissement que nous découvrons pour l’occasion. Avec cette pièce, la Française a voulu s’attacher à la question de l’intolérance religieuse en s’appuyant sur l’affaire Calas (cet homme protestant, condamné à mort en 1762 et défendu par Voltaire, qui avait été accusé d’avoir assassiné son fils qui allait se convertir au catholicisme) et en tentant d’en trouver une résonance aujourd’hui.

Deux jeunes gens sont au centre de l’argument : Lucie qui découvre précisément les termes de l’affaire Calas et souhaite en tirer un essai retraçant cette histoire et son écho contemporain, et Selim, son frère, qui, élevé dans une famille athée, va découvrir la foi catholique jusqu’à rejoindre des groupes ultras. Catherine Anne s’inscrit ainsi résolument dans cette veine de dramaturges attachés au récit avec cette narration d’un drame familial étalé sur plusieurs années et dont on perçoit très rapidement qu’il va se clore en tragédie. Sous cet aspect, les différentes thématiques sont brassées avec pertinence : place de la religion dans la société, interaction avec la vie privée, liens entre le politique et le religieux, contraste entre intégrisme et tolérance. Cependant, l’écriture se fait parfois plus faible, caricaturant certains personnages comme celui de Selim, impression que le jeu un peu forcé de Denis Ardant, ne vient nullement dissiper. De même, la tante des jeunes gens, cinéaste documentariste, qui veut à tout prix retourner dans le pays islamiste dont elle revient, afin de terminer son film et témoigner de la condition féminine, se limite un peu à sa figure de bonne conscience.

Pour autant, on est emporté par ce récit en trois actes pour autant de périodes : découverte (de l’affaire Calas pour Lucie, de la foi pour Selim), émancipation (mise en couple et annonce de publication de son livre pour Lucie, baptême pour Selim) et fin tragique. Au service de la narration, la mise en scène de Catherine Anne se fait extrêmement sobre avec juste quelques tentures comme décors, qui sont progressivement détachées des cintres pour joncher au sol et laisser nu un rond plateau de bois. Ancrée dans le présent, la pièce prend dans son dernier acte des atours de fable anticipatrice lorsqu’on apprend qu’a été créé un ministère des cultes et que le gouvernement a fait voter une loi de déclaration contraignant chaque citoyen à déclarer sa religion à l’État. Si la première réaction pourrait être de trouver que notre France actuelle est bien loin de ressembler au pays ainsi décrit, certains récents événements (mise en place d’un ministère de l’identité nationale, au hasard) sont encore trop présents pour imaginer qu’on n’arrive jamais à de telles extrémités.

Prise de conscience et appel à la réflexion naissent ainsi dans l’esprit du spectateur qui pourra néanmoins regretter que la pièce ne dépasse pas ce stade du constat. Ceci dit, Catherine Anne en semble bien consciente et fait sa propre auto-critique puisqu’est lu, à deux reprises, un article relatant la sortie du livre de Lucie dans lequel le journaliste souligne que la jeune femme pose les bonnes questions, sans pour autant y apporter de réponses. La mise en abyme, déjà à l’épreuve dans le parallèle entre l’affaire Calas et l’histoire de la présente famille, trouve alors une nouvelle déclinaison.

Autres dates :
- 25 et 26 janvier 2011 : Filature - Mulhouse
- 28 janvier 2011 : Stadttheater - Berne
- 29 janvier 2011 : Théâtre de Vevey

François Bousquet
le 21/01/2011