La pratique de l’appel à souscription est connue de longue date ; avec internet, le dispositif a pris de l’ampleur et la production communautaire est née. Sur le plan cinématographique, ce mode opératoire a pu bénéficier à des productions indépendantes ou jugées non suffisamment rentables par les financeurs habituels (La Teta Asustada, Ours d’or en 2009, par exemple). Pour la musique, la simple lecture de la liste d’artistes produits par un label comme MyMajorCompany pourrait établir les limites de l’exercice. Pourtant, dans les champs musicaux défendus par ces pages, on se rappelle qu’Einstürzende Neubauten avait, dès 2003, fait appel à des souscripteurs en leur proposant sorties exclusives, en support physique ou digital.

Récemment, on a également vu se développer le recours à des plateformes comme Kickstarter ou IndieGoGo pour financer des tournées à venir. L’internaute peut ainsi acquérir un objet rare (7" dédicacé, poster signé, album photo) et soutenir, dans le même temps, le groupe qu’il affectionne. Symbole de la précarité des musiciens (occupant souvent, en tout cas pour ceux que nous évoquons ici, un « véritable » travail à côté ; ne bénéficiant pas, par hypothèse, du soutien d’une major et victimes de la crise comme tout le monde), ce mode de fonctionnement peut aussi être vu comme quelque chose de positif. Ainsi, on peut mesurer le degré d’attachement à un artiste, la volonté que la tournée prévue se matérialise effectivement ou le souhait de participer tous ensemble à un projet désintéressé. Reste qu’il s’agit bien là d’un témoignage supplémentaire que l’écart se creuse inexorablement entre deux types de modèles économiques : gestion à 360° et diversification à outrance, d’un côté ; consolidation d’une base d’amateurs avec possibilité de personnification de la relation, de l’autre.

François Bousquet
le 10/02/2011