Ma Chambre Froide

 auteur

Joël Pommerat

 metteur en scène

Joël Pommerat

 date

du 02/03/2011 au 27/03/2011

 salle

Ateliers Berthier,
Paris

 appréciation
 tags

Ateliers Berthier / Joël Pommerat

 liens

Ateliers Berthier

 dans la même rubrique
du 21/09/2016 au 08/10/2016
Nobody
(Théâtre Monfort)
du 10/05/2016 au 04/06/2016
Je suis Fassbinder
(Théâtre de la Colline)
du 17/03/2016 au 03/04/2016
En Route – Kaddish
(Nouveau Théâtre de Montreuil)
du 16/03/2016 au 26/03/2016
L’Adversaire
(Théâtre Paris-Villette)

Portée par une critique largement positive, Ma Chambre Froide affiche complet pour ces premiers jours d’exploitation. Pour notre part, ce fut aussi l’occasion de découvrir l’écriture de Joël Pommerat, dramaturge qui aime aller vers des terrains conceptuels comme appréhender des formes plus narratives. C’est cette seconde veine qui est explorée avec cette pièce qui s’annonce, aux dires mêmes de l’auteur, comme un retour au récit, dans une dimension presque feuilletonesque.

Et, de fait, les deux heures et quart du spectacle s’attachent à la figure d’Estelle, jeune femme exploitée par son patron, humiliée par ses collègues, battue par son mari et qui, pour autant, continue de vouloir aider les autres et de faire leur bien malgré eux. Au reste, on touche probablement là une limite du personnage qui n’aura pour seule réaction face à toutes ces brimades qu’un entêtement dans la quête du bonheur des autres.

Victime d’une tumeur au cerveau, le patron du supermarché dans lequel Estelle est chargée d’entretien choisit de confier la direction des affaires à ses huit employés, à condition qu’ils honorent tous les ans sa mémoire. Pour ce faire, la jeune femme propose qu’une pièce de théâtre à sa gloire soit créée. Ainsi, au-delà de la peinture sociale vers laquelle on semblait se diriger, Ma Chambre Froide va développer une réflexion sur la gestion managériale, sur les utopies brisées de l’autogestion des groupes industriels par les salariés eux-mêmes et sur les difficiles choix à opérer quand on est aux commandes. Cependant, Pommerat ne verse pas dans un théâtre documentaire militant et sait réserver quelques passages plus fantasmagoriques quand il s’agit, par exemple, d’illustrer les rêves étranges qu’Estelle fait la nuit ou lorsqu’elle se projette vers un futur qu’elle espère meilleur.

Au service de cette succession de séquences très découpées, avec noir complet entre chaque, la scénographie a imaginé un dispositif circulaire : gradins façon cirque, ensemble fortement pentu et centripète, plateau central assez réduit avec accès via quatre coursives. L’impression d’être dans une arène ou le spectateur d’un travail d’entomologiste renforce alors le caractère cruel de ce qui se trame entre les personnages. Rajoutons à cela l’utilisation du théâtre dans le théâtre que permet la réalisation de la pièce-hommage : plutôt qu’une mise en abyme, Pommerat en fait un vecteur cathartique (chaque salarié peut ainsi caricaturer à l’envi leur ex-patron, les émotions y sont exacerbées) mais aussi une force destructrice du groupe (les tensions qui naissent lors des répétitions nocturnes rejaillissent sur l’ensemble de leur journée). Pris dans ce tourbillon passionnel, dans cette lutte humaine, dans ces rapports tendus, le public, captivé par la linéarité de la narration, passe outre les rares moments de faiblesse du spectacle pour pleinement goûter cette belle réussite.

Autres dates :
- 12 et 13 mai 2011 : Théâtre d’Arras
- du 10 au 21 janvier 2012 : TNP - Villeurbanne
- 17 et 18 février 2012 : Apostrophe - Cergy-Pontoise
- du 13 au 23 mars 2012 : Théâtre du Nord - Lille
- 10 et 11 mai 2012 : Espace Malraux - Chambéry
- du 7 au 24 juin 2012 : Odéon - Paris

François Bousquet
le 10/03/2011

À lire également

du 17/01/2013 au 03/03/2013
La Réunification des (...)
(Ateliers Berthier)