Adagio [Mitterrand, le secret et la mort]

 auteur

Olivier Py

 metteur en scène

Olivier Py

 date

du 16/03/2011 au 10/04/2011

 salle

Théâtre de l’Odéon,
Paris

 appréciation
 tags

Olivier Py / Théâtre de l’Odéon

 liens

Théâtre de l’Odéon

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Même s’il s’en défend en précisant que son projet était en gestation depuis plus de deux ans, Adagio [Mitterrand, le secret et la mort], nouvelle pièce d’Olivier Py, est montée dans un fort contexte commémoratif (quinzième anniversaire du décès de l’ancien Président de la République et trentième anniversaire à venir de son accession au pouvoir). Le projet de l’auteur, qui a toujours été très impliqué en politique, consiste en un montage alternant réflexions sur la maladie et la mort et passages historiques, événements importants (chute du Mur de Berlin, référendum sur Maastricht, construction de l’Europe, cohabitations) et discours marquants (Robert Badinter devant l’Assemblée Nationale lors de l’abolition de la peine de mort, obsèques de Pierre Bérégovoy, dernière cérémonie des vœux), d’autre part.

Ainsi, on retrouve nombre de personnalités du mitterrandisme (Kouchner, Lang, Séguéla, Emmanuelli, Grossouvre), dirigeants étrangers (Kohl, Izetbegovic, Gorbatchev) et médecins accompagnant le Président. Interprétés par seulement cinq comédiens, tous ces personnages vont et viennent tandis que Philippe Girard reste en permanence sur le plateau pour figurer François Mitterrand. Si son jeu fait montre d’un mimétisme un peu trop poussé au début (dans ses intonations de voix ou mimiques, à l’image de ses mains croisées à plat sur les genoux ou son port de tête), comme s’il fallait que le spectateur se fasse le plus rapidement possible à cette identification, la suite du spectacle voit cet aspect disparaître progressivement.

Annoncées dès le titre, digressions sur la mort et la maladie jalonnent donc le spectacle, donnant l’image d’un homme rongé par cette angoisse, dès qu’il apprend son cancer en 1981, mais mû par une volonté de continuer à vivre malgré tout. Pour accentuer cette dramaturgie, la scénographie, réalisée par Pierre-André Weitz, compagnon régulier d’Olivier Py, compose un plateau assez impressionnant avec de noires marches s’étendant sur toute la largeur de la scène (façon Opéra Bastille ou Panthéon, hauts lieux des septennats). Montant et descendant cet escalier typique des spectacles de Py, les personnages voient les années passer et se permettent même quelques accrocs à la chronologie (tel le référendum sur le Traité de Maastricht inséré en 1994 alors qu’il a eu lieu deux ans avant). De même, on peut s’interroger sur la véracité, voire la vraisemblance, de certaines répliques. Ainsi, on imagine mal Anne Lauvergeon, alors trentenaire et membre du cabinet du Président, avoir cet échange avec lui : « j’aimerais un jour réunir autour d’une table toutes les femmes que j’ai aimées »/« il faudrait prévoir un buffet alors ! ». Mais l’exactitude historique n’étant pas forcément exigée pour un tel projet, on pourra passer outre.

En revanche, une interrogation ne nous quitta pas, pendant les deux heures et demie du spectacle, interrogation liée à la nécessité de ce dernier. De fait, passé son aspect compilateur et sa volonté, louable, de ne pas occulter les zones d’ombre des septennats (révélation du passé vichyste de Mitterrand, génocides au Rwanda et en Bosnie, écoutes téléphoniques), qu’est-ce que la pièce apporte de plus que les ouvrages et documents que le programme de salle cite en bibliographie ? En toute hypothèse, pour qui s’intéresse un peu au sujet, ce n’est pas Adagio qui lui enseignera de quelconques révélations, ni ne viendra dévoiler une part inconnue d’un homme qui reste, quoiqu’il arrive, avant tout un mystère.

François Bousquet
le 28/03/2011

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