Présences Electronique 2011 - Phonophani / Alexei Borisov + Anton Nikkilä / Z’EV / Bensios Barn / Iannis Xenakis

 date du concert

27/03/2011

 salle

Le 104,
Paris

 tags

Alexei Borisov / Anton Nikkila / F.R.U.I.T.S. / Festival Présences Electronique 2011 / Iannis Xenakis / INA / GRM / Le 104 / Phonophani / Z’EV

 liens

Alexei Borisov
Phonophani
INA / GRM
Le 104
Z’EV
Festival Présences Electronique 2011

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Dernière série de concerts pour l’édition 2011 de Présences Électronique, avec pour événement la venue du duo russo-finlandais formé par Alexei Borisov et Anton Nikkilä, que nous suivions sur disque mais que nous n’avions pas vu ensemble sur scène depuis 10 ans, alors qu’ils passaient au Batofar sous le nom de F.R.U.I.T.S.. C’était par ailleurs l’occasion de revoir quelques têtes connues (Z’EV et Phonophani) et de découvrir le belge Bensios Barn.

La soirée débute avec Iannis Xenakis, compositeur contemporain dont le travail fut très axé sur les percussions. On en aura un petit éventail avec la pièce diffusée ce soir, intitulée Orient-Occident. Il s’agit d’un morceau de musique concrète, composée pour un film, qui s’appuie sur des sons aux tonalités métalliques. Des grincements, de grands coups sourds, des cymbales et autres sonorités proches du sifflement. La richesse des sonorités utilisées nous fait presque oublier cette dominante métallique, le musicien laissant apparaitre de temps à autre de légers bruissements, des bruitages aquatiques ou de lentes résonances s’apparentant à des nappes en guise d’accompagnement ou servant de transition.
Il s’agissait d’une courte pièce, une dizaine de minute pour appréhender le travail du célèbre compositeur.

On poursuit avec Bensios Barn que l’on ne connaissait pas et qui arrive sur scène sous un tonnerre d’applaudissements... Équipé de machines, il commence son set avec une musique que l’on qualifiera d’ambient, marquée par des tonalités glissantes et déviantes, avec petit à petit quelques sonorités cassantes, inattendues, qui apportent une touche contemporaine à cette musique. Ce sont ensuite des éléments percussifs qui font leur apparition sous forme de grands fracas assourdissants que le Belge appuie de sa gestuelle tandis qu’au second plan l’électronique se fait fourmillante et scintillante. Et puis à mi-concert Bensios Barn opère un net changement de style, se concentrant sur ses rythmiques. Un sampler pour principal instrument, il nous offre alors une cascade de martèlements sourds, à peine ponctués de grincements et bribes mélodiques métalliques, rappelant le son d’une kalimba.
Pas désagréable, mais guère original, on ne trouvera donc guère d’intérêt à cette prestation, intéressante par endroit, lassante et cédant à la facilité ensuite.

Suite à un petit changement de programme pour raisons techniques, c’est le russe Alexei Borisov et le finlandais Anton Nikkilä qui prenaient la suite. Si on avait adoré leur travail dix ans plus tôt, le temps passant, on appréhendait un peu ce concert, peut-être par peur d’être déçu à force de trop en attendre.
En fait on retrouve dans ce set des éléments que l’on pouvait déjà entendre sur leurs derniers albums. Une musique riche, composée d’une multitude de petits bruitages arides, de sonorités qui hérissent le poil, dont l’agencement semble être le fruit d’une séance d’improvisation. Il sera difficile de dire qui est responsable de quoi, mais on reconnaitra les chuintements bruitistes, les ondes radio saturées et la voix d’Alexei Borisov, responsable d’un spoken word omniprésent. Du coup on attribuera un travail plus construit à Anton Nikkilä, jouant de percussions électroniques et mélodies concassées que l’on reconnaitra sur Salute - A Childrens Cinema Theatre, preuve que l’improvisation devait être limitée.
Un concert il est vrai difficile d’accès, mais qui se démarquera assez nettement au sein de cette édition, de part sa richesse et son aspect particulièrement vivant, certainement le problème auquel se confrontent la plupart de ces musiques.

Après une pause, on passe à Z’EV, le projet de Stefan Joel Weisser dont nous parlions justement il y a quelques semaines. Ce n’est pas la première fois qu’il joue à Présences Électronique, nous l’avions vu en 2008 en compagnie de K.K. Null et Chris Watson.
L’Américain était ce soir en solo, assis derrière sa batterie électronique avec un véritable cliché en guise de mise en scène, à base de fumigène et éclairage stroboscopique à chaque coup de percussion... À la rigueur on en avait déjà trop vu. On passera donc rapidement sur 8mn de drones électroniques, vrombissements, et percussions métalliques que l’artiste laissaient résonner avant d’asséner de nouveaux coups. Ensuite ce sont 10mn de percussions électroniques, gros kicks se déformant en déchirements arides.
Finalement c’est la fin du concert et les applaudissements nous sortiront de notre ennui.

Quel contraste alors avec le dernier concert assuré par Phonophani !! Le Norvégien jouait lui aussi en 2008 à Présences Electronique, en duo avec le français Christophe Ruetsch. Il était ce soir en solo, présentant une version live de Kreken, son dernier album publié en 2010 chez Rune Grammofon.
Espen Sommer Eide prend place à un coin de la scène et s’empare de ce que l’on prend pour un bandonéon. Il s’agissait en fait d’un prototype appelé Concertinome, croisement entre un Concertina (un genre de bandonéon) et un Monome, ce fameux boitier électronique doté d’un pavé de boutons permettant de contrôler des logiciels. Il est assez excitant d’imaginer cet instrument traditionnel avec tout ce qui fait ses caractéristiques (gestuelle, possibilités de contrôle) transformé ainsi en périphérique de contrôle à des logiciels musicaux.
Débutant par le simple souffle atone de son instrument, le Norvégien esquisse progressivement une mélodie lancinante, un va-et-vient fragile et sensible. Alors qu’il passe à un autre morceau, les sonorités changent et surprennent. Étonnant en effet d’entendre une sorte de flute de pan sortir de cet instrument, ponctuée de bleeps électroniques et d’une rythmique simpliste que l’on trouvera dispensable. Cela dit le résultat est intéressant, la musique véritablement originale et fortement liée au jeu de Phonophani. Le long dernier titre reprendra un peu le même principe (bleeps + rythmique minimale), avec cette fois des sonorités de cordes, violons et violoncelles, à la fois mélodique et rythmique, avec pour finir quelques effets de filtre venant rompre l’apparente quiétude de ce concert.

On n’aurait pu rêver plus belle conclusion à ce festival, rappelant après trois jours d’expérimentations que la musique est avant tout une source d’émotions.

Fabrice ALLARD
le 06/04/2011

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