Rouge

 auteur

Julie Andrée T.

 metteur en scène

 date

du 05/05/2011 au 10/05/2011

 salle

Théâtre de la Bastille,
Paris

 appréciation
 tags

Julie Andrée T. / Théâtre de la Bastille

 liens

Théâtre de la Bastille

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Lors de sa présentation à Avignon l’été dernier, Rouge avait divisé la critique : « médiocres effets », « travail sans courage et sans intelligence, sans sensibilité, d’une sottise consternante », « comble du ridicule » pour les périodiques conservateurs, « délirant et ludique bazar à l’énergie enfantine et sportive », « territoires complexes et troubles » pour un magazine plus progressiste. Au vu de la proposition de Julie Andrée T., on n’est guère surpris de retrouver le spectacle au Théâtre de la Bastille, lieu idoine pour accueillir ce qui relève assurément de la performance, à mi-chemin entre art scénique et art plastique.

Quand la Québécoise pénètre sur le plateau, deux grands lais blancs sont déroulés et rien de rouge n’apparaît. Précisément, tout l’objet du spectacle va être d’extirper d’un grand flight case toutes sortes d’objets du même rouge vif en reprenant à chaque fois la même question : « What colour is this ? » et en y apportant la même réponse : « It’s red ! ». Pendant que la scène se trouve constellée d’ustensiles, bibelots et babioles, la déclamation de ces deux phrases prend diverses intonations, plus ou moins en accord avec la finalité utilitariste de l’objet considéré. En outre, ainsi qu’on pouvait s’y attendre, toute la gamme des acceptions et symboles de cette couleur est parcourue : rouge comme le sang, qui donne la vie mais est aussi synonyme de mort, rouge comme un cœur qui bat, rouge passion, rouge de la peinture (en tube, en bombe, appliquée ou projetée), etc…

Malheureusement, comme trop de performances, l’artiste se laisse aller à des facilités, expurgeant par exemple de son corps du liquide ou des billes rouges façon urine ou excréments, s’asseyant sur un sex-toy et finissant évidemment le spectacle dépoitraillée. De même, la répétition ad nauseam des deux phrases finit par exaspérer, notamment quand sont déroulés des simili-chapelets. Regrettables, ces postures masquent quelques beaux moments, à l’image des jeux de lumière créés par l’interaction entre projecteurs immaculés et filtres (papier de soie, gélatine) rouges. Dans ces moments-là, en contemplant le plateau, on pense aux repas monochromatiques de Sophie Calle que peut évoquer également la première scène, très réussie, dans laquelle Julie Andrée T. dévore un poivron rouge dont le jus tâche progressivement son chemisier blanc par des gouttelettes entre larmes de sang et héritage dripping. Quelques passages cocasses (telle cette fausse conversation téléphonique) peuvent aussi être mis en exergue mais, dans l’ensemble, et pour reprendre un reproche que l’on fait souvent aux performances, Rouge se montre trop démonstratif, et trop désireux de « faire dans l’épate », pour véritablement marquer.

François Bousquet
le 09/05/2011

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