Paris - Dehli - Bombay…

 date

du 25/05/2011 au 19/09/2011

 salle

Centre Pompidou,
Paris

 appréciation
 tags

Camille Henrot / Centre Pompidou / Gilles Barbier / Gyan Panchal / Leandro Erlich / Loris Gréaud / Philippe Ramette / Pierre & Gilles / Stéphane Calais

 liens

Centre Pompidou
Leandro Erlich

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De plus en plus présent dans les lieux institutionnels occidentaux (une exposition itinérante circule en ce moment entre Londres et Rome, et s’est arrêtée il y a quelques semaines au MAC de Lyon), l’art contemporain indien se trouve naturellement célébré par le Centre Pompidou. Cependant, afin de prendre un biais un peu détourné (et d’attirer plus aisément le public français ?), le musée parisien fait le choix de confronter artistes du sous-continent et créateurs français ayant spécifiquement travaillé sur l’Inde. Cette mise en regard s’accompagne en outre d’un important matériel pédagogique, chargé de présenter le pays au spectateur via six thématiques : politique, urbanité et environnement, religion, foyer, identité, artisanat.

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Philippe Ramette - L’Installation (Place publique d’intérieur)
(courtesy du Centre Pompidou)

Cependant, comme souvent au Centre Pompidou, cette volonté didactique connaît rapidement ses limites comme celle voulant à tout prix montrer qu’à côté des aspects traditionnels (place importante de la religion, forte présence de l’artisanat, dimension prégnante du foyer familial), le pays s’ouvre, se modernise et se transforme (construction urbaine démesurée, démarquage identitaire). En outre, le rangement thématique conduit à se trouver en face d’une catégorie fourre-tout avec celle consacrée à la religion qui, sous couvert de s’attacher à des symboles et mythes, mêle vidéos kaléidoscopes de Loris Gréaud, grande installation foutraque de Gilles Barbier, dessins de Stéphane Calais et Nikhil Chopra, film de Camille Henrot consacré à un serpent et sculpture de Philippe Ramette. Évidemment, certaines de ces œuvres s’avèrent tout à fait convaincantes à l’image de L’Installation (Place publique d’intérieur) de Ramette, mettant en scène une fillette en train de grimper sur un socle au milieu d’une place, mais on ne peut s’empêcher de s’interroger sur la nécessité de vouloir à tout prix classifier chaque création.

Au-delà de ce premier écueil, on constate qu’il est également difficile d’échapper à l’imagerie kitsch et cliché, proche de Bollywood, dont témoignent la tête de buddha placée par Ravinder Reddy au centre de l’exposition, la série de photographies de Tejal Shah, la salle confectionnée par Pierre et Gilles (une vingtaine d’affiches et photographies, toutes plus outrageusement colorées les unes que les autres), voire la sculpture-instrument de musique en verre soufflé de Jean-Michel Othoniel. À rebours, le minimalisme de Gyan Panchal trouve naturellement davantage grâce à nos yeux, avec son travail de déconstruction/reconstruction d’un sari.

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Sunil Gawde - Virtually Untouchable – III
(courtesy du Centre Pompidou)

De même, la partie politique fait montre d’une cohérence certaine, avec notamment trois pièces très intéressantes : des guirlandes de fleurs rouge vif créées par Sunil Gawde mais qui, en réalité, sont constituées de lames de rasoir peintes, une nouvelle toile d’Alain Declercq, réalisée à l’aide d’impacts de balle sur du mélaminé et une vidéo de Shilpa Gupta projetée au sol, sur un écran parcouru de craquelures, et montrant l’artiste jouant à la marelle, symbole des femmes attendant vainement leurs maris partis au combat.

Enfin, comme plusieurs autres commentateurs, on soulignera que l’artiste français le plus pertinent, s’agissant de la confrontation à l’Inde, se révèle être Leandro Erlich qui jette le pont le plus concluant entre les deux pays. Sa reconstitution d’une chambre parisienne dont les fenêtres donnent sur Bombay (grâce à la projection d’images vidéo) frappe par sa simplicité décisive. À part le créateur franco-argentin, les autres intervenants semblent donc avoir éprouvé quelques difficultés à se saisir de l’Inde et, comme un symbole, on pourra observer que le seul espace dans lequel aucun plasticien français n’intervient est celui consacré au foyer, uniquement investi par des artistes indiens (dont Subodh Gupta et son énième batterie de cuisine).

François Bousquet
le 07/09/2011

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