Bozar Electronic Weekend 2011 : Ictus / Balmorhea / Eleven Tigers / Plaid

 date du concert

28/10/2011

 salle

Bozar,
Bruxelles

 tags

Alexander Schubert / Balmorhea / Bozar / Bozar Electronic Weekend 2011 / Ensemble Ictus / Plaid

 liens

Plaid
Balmorhea
Bozar
Alexander Schubert

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Après deux éditions placées fin mars et dénommées « Brussels Electronic Music Festival », l’événement organisé au Bozar change de période et d’appellation pour se dérouler fin octobre et s’intituler « Bozar Electronic Weekend ». Néanmoins, le principe reste globalement le même : occuper plusieurs espaces du Palais des Beaux-Arts bruxellois, livrer aussi bien des concerts de musique contemporaine ou néo-classique que des prestations purement électroniques et inviter des artistes confirmés comme d’autres moins exposés. Sur la base de cette proposition engageante, ce fut avec nos quatre jambes et deux têtes que nous ralliâmes la capitale belge et c’est avec nos quatre mains que nous allons rendre compte de ces soirées.

Resserré sur deux dates (celle du dimanche ayant disparu), le festival suivit un schéma identique : deux premiers concerts intimistes dans la salle de musique de chambre avant d’occuper les plus grands espaces avec des lives plus remuants. Pour ouvrir les débats, l’ensemble Ictus était convié en local de l’étape. Toujours prête à s’entourer de nouveaux comparses, la formation bruxelloise accueillait Alexander Schubert, lequel opéra aux machines sur deux des trois pièces du soir. En compagnie d’un piano préparé et de la batterie tout d’abord, juste en dialogue avec la batterie ensuite, en repiquant des sons de cette dernière et en les traitant directement. Entre ces morceaux, deux des membres d’Ictus s’installèrent aux synthés, placés face en face en front de scène, pour un échange aux sonorités primesautières. A l’inverse, les deux autres pièces se situèrent davantage dans une tradition de musique contemporaine, quasi-concrète, dont on perçut les limites au bout de quelques minutes alors qu’elles devaient en durer chacune une vingtaine. Au total, on eut l’impression de se trouver davantage face à une suite de performances sonores qu’à un véritable concert.

Confortablement installé dans les doux fauteuils de la salle M, on était prêt à revoir Balmorhea après leurs deux prestations franciliennes des deux dernières années. Ce fut avec un peu de retard que les Texans débutèrent, gênés par des problèmes techniques ; au reste, petit point noir à ce sujet pour les concerts dans cette salle, tous marqués par quelques soucis : buzz sur les basses, effet de souffle façon « micro ouvert » en permanence... Fidèles à leur configuration à six (trois instruments à cordes entourés de trois autres musiciens), aidés par la présence d’un magistral piano à queue, les États-uniens parvinrent à nous convaincre à nouveau, entremêlant inflexions folk orchestré et aspects plus post-rock. L’ampleur donnée par le piano, la participation d’un vibraphone (sur lequel, pour un titre, Aisha Burns, Travis Chapman et Michael Muller jouèrent en même temps) et la belle énergie déployée sur le plateau aidèrent ainsi à emporter l’adhésion. En outre, le remplacement de Nicole Kern par Dylan Rieck au violoncelle ne perturba nullement ce bel agencement et ce fut une fois de plus un ravissement que d’assister à un concert de Balmorhea.

Il était ensuite temps de passer dans les deux salles plus orientées « clubbing », mais il fut de qualité en ce vendredi soir. On commença par le plus petit des deux espaces, la salle Terarken, où l’on découvrit avec plaisir Clubroot. Auteur depuis deux ans de deux très bon albums sortis chez Lo Dubs, Daniel Richmond proposa durant 1h30 un set à moitié live - entendre qu’il agrémenta d’effets divers un canevas joué sur CD - qui, à l’image de ses disques, nous plongea dans un paysage dubstep mélodique et planant, touffu et sombre, très travaillé et incontestablement jouissif. Il n’hésita pas, malgré la présence d’un public qui est là pour danser, à ralentir le tempo – à l’instar de ce que fit Hyetal le lendemain -, à introduire de brèves nappes, à offrir des structures zébrées de sons élaborés. Une bien belle découverte, tout comme, le suivant dans la même salle, Eleven Tigers. Ce jeune Lituanien vient lui aussi de sortir coup sur coup deux disques de belle facture, amples et profonds, mais lui s’en écarta pour proposer en live un dubstep dur et rapide, faisant toutefois pareillement la part belle aux mélodies et aux sonorités travaillées. Le résultat fut, là encore, tout à fait engageant.

Dans le même temps, dans le grand Hall Horta, Grasscut, signé sur Ninja Tune, livra une sorte d’électro-pop qui, instrumentalement, pouvait convenir mais qui se trouva plombée par un chant systématique, pas toujours très juste et fréquemment passé au vocoder ; bref, rien qui ne méritait véritablement que nous ne nous y arrêtions davantage.

Le gros morceau de ce premier soir, c’était évidemment les retrouvailles, toujours enchanteresses, avec Plaid. Le sympathique duo anglais vient de sortir, avec Scintilli, un disque superbe, sorte de retour aux sources de l’IDM d’il y a quinze ans, très certainement leur meilleur effort depuis Spokes en 2003. Venant présenter ce nouveau bébé, Ed et Andy centrèrent logiquement leur prestation sur les morceaux qui le composent. Le résultat - en dépit de soucis techniques peu perceptibles depuis la salle mais qui semblèrent les contrarier - fut tout à fait enthousiasmant. Écouter Plaid, sur disque et plus encore en live, c’est se noyer dans la pureté cristalline du son, glisser sur les ailes des couches habilement superposées en se laissant porter au loin, comme dans un demi-songe. Eux non plus ne craignirent pas d’insérer en milieu de set une pièce quasiment ambient, suivie d’Eyen, tube plus ancien. Un mot encore à propos des projections, colorées et sobres, en parfaite symbiose avec une musique régénératrice et bienfaisante.

Dans la grande salle, ce fut ensuite Eskmo qui officia. Basé à San Francisco et actif depuis une dizaine d’années mais somme toute peu prolifique puisqu’il n’a sorti que trois longs-formats, il proposa, sur un fond dubstep un peu pesant, divers bruitages ludiques mais pas toujours efficaces, certains n’étant guère audibles. Sporadiquement, il chanta, pour un résultat pas très probant. Tout cela fut sympathique, mais sans plus, tout en étant davantage attrayant que le set chaloupé et peu subtil, orienté clubbing, de Rustie qui le suivit. Ce jeune Ecossais, qui vient de sortir son premier album chez Warp et venait le présenter, ne nous retint pas. L’heure tardive aidant, nous nous passâmes de Jacques Greene et Jeremiah Jae dans l’autre salle et tirâmes le rideau sur une première journée somme toute très satisfaisante.

François Bousquet, Gilles Genicot
le 31/10/2011

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