Bozar Electronic Weekend 2011 : Kaboom Karavan / Nils Frahm / Concert Debout / Hyetal

 date du concert

29/10/2011

 salle

Bozar,
Bruxelles

 tags

Bozar / Bozar Electronic Weekend 2011 / Kaboom Karavan / Nils Frahm

 liens

Kaboom Karavan
Bozar
Nils Frahm

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Pour cette seconde soirée du Bozar Electronic Weekend, la foule se pressait à l’entrée mais le public venait en réalité pour deux événements concomitants au Bozar : la soirée du festival, d’une part, et un concert de Tori Amos dans la salle Henry Le Bœuf, d’autre part. Sans surprise, les spectateurs n’étaient pas exactement les mêmes pour les deux programmations et, dans l’attente de la fin de la prestation de la chanteuse, l’accès d’une partie des espaces du Bozar était fermé au public du Bozar Electronic Weekend. Cette organisation un peu fouillis décala également le début des concerts et ce ne fut donc qu’à 20h30 passées que s’ouvrirent les débats.

Comme sur Barra Barra (leur album paru en avril sur Miasmah), les deux membres de Kaboom Karavan étaient ce soir accompagnés de Fred Van De Moortel au violoncelle électrique. Placé au milieu de la scène, il était entouré de Stijn Dickel et Bram Bosteels qui passaient, pour leur part, d’instruments habituels (guitare acoustique, guitare électrique, lapsteel) à des mécanismes fabriqués et étranges. Ainsi en était-il de celui que Dickel manipula au début du set, entre machine à coudre et vieil appareil de projection cinématographique, à moitié désossé et produisant des sons métalliques et inquiétants. Plus encore, au milieu du plateau était posé un instrument assez mystérieux et intriguant, mais profondément original et, pour tout dire, tout à fait fascinant : une épaisse planche de bois que jonchaient deux sortes de grosses cithares et sur lesquelles il était possible de jouer en frappant les cordes à l’aide de grosses mailloches ou en les piétinant frénétiquement. Expérimentale et différente, la musique des Belges avait toute sa place en ouverture de soirée de ce festival.

Passée une pause, le grand piano à queue fut installé au milieu de la scène de la salle de musique de chambre et Nils Frahm prit place. Alors que vient de paraître son nouvel album un rien décevant (Felt), on était néanmoins impatient de retrouver le jeune homme pour une prestation qui commença par des morceaux dans lesquels son jeu de la main droite nous parut trop franc et métallique. En regard, ses attaques plus suaves et enrobées de la main gauche surent prendre davantage d’ampleur. Cependant, cette impression se dissipa au bout de quelques minutes à mesure que ses compositions néo-classiques firent leur effet jusqu’à ce qu’il décida de jouer de concert du grand piano (main droite) et d’un piano électrique (main gauche) au touché plus velouté encore. Dans le public ravi se trouvait Rachel Grimes (qui aurait du, ce même soir, se produire en concert dans une autre salle de Bruxelles si la date n’avait pas été annulée au dernier moment) ce que Nils Frahm ne manqua pas de remarquer. Naturellement, il la convia sur scène pour trois morceaux, en fin de live, lui laissant les aigus et s’appropriant les graves pour des quatre mains qui s’avérèrent indubitablement les plus beaux instants de cette grosse heure de concert. Impressionné et ému par cette participation quasi-improvisée, le jeune homme ne cessa de remercier l’États-unienne, remerciements auxquels on ne pouvait que s’associer.

Le retard pris par les concerts de la salle assise nous fit manquer l’essentiel du set de Concert Debout, deux Belges taquins qui jouèrent à même le sol de la salle, comme pour anéantir une sorte de distance traditionnelle entre l’artiste et le public. Combinant laptop, guitares aux multiples effets et petit clavier délivrant des sonorités un brin sèches et grinçantes, les trois derniers morceaux du set que nous pûmes entendre s’avèrent intéressants, tout en démontrant rapidement les limites d’une formule un brin systématique. S’ensuivit un long passage à vide, que la performance maladroite des tout jeunes Schwarzwald et le DJ set électro, plat et peu inspiré, du duo Dark Sky ne parvinrent pas à combler.

Ce fut donc avec un réel soulagement que le public, désormais en grand nombre, vit enfin s’ouvrir sur le coup de minuit l’accès au grand hall, dont le staff du label Monkeytown Records s’apprêta à prendre possession. Il fallut pourtant déchanter avec eLan : le Californien, nouveau petit protégé de l’écurie berlinoise de Modeselektor, ne parvint pas à emporter l’adhésion avec un set très décousu (enchaînements déficients et erratiques, ruptures de rythme inexpliquées, manque général de cohésion et de ligne directrice). On s’aperçut, au passage, que les célèbres et somptueux visuels de Pfadfinderei, comparses de Modeselektor, qui devaient accompagner les trois sets du label, manquaient à l’appel, pour une raison ignorée. Bien dommage, évidemment.

La grande salle se remplit. Les verres aussi, mais ils furent vite vidés (pas toujours d’une manière orthodoxe, du reste). Les clubbers étaient en nombre au rendez-vous - ce deuxième soir affichait sold out - et bien décidés à festoyer dans la douce inconscience de la jeunesse qui a, depuis un certain temps, lâchement abandonné les signataires de ces lignes, lesquels ne furent donc pas franchement à l’aise au milieu d’une cohue de moins en moins contrôlable... Cela ne nous empêcha pas d’apprécier le set de l’Allemand Siriusmo, auteur de deux albums parfaitement écoutables, et qui n’a pas failli sur scène, même s’il n’emporta pas notre franche adhésion. Une succession de pièces bien agencées, joyeusement uptempo, faisant s’entrechoquer maintes influences et se confronter à peu près tous les styles en vogue du moment : c’est incontestablement efficace, mais manque peut-être un peu de profondeur et de personnalité. Autant alors terminer par une autre belle découverte de ces deux soirs bruxellois, car à nouveau nous dûmes nous passer de la tête d’affiche Modeselektor – engagements musicaux contraignants du lendemain, pour l’un de nous, obligent - ainsi que, dans la salle Terarken, de Girl Unit, dont pourtant les sorties sont dignes d’intérêt.

Cette autre découverte, ce fut Hyetal, autre nouveau venu dont le premier album, Broadcast, quasiment ambient, vient de sortir chez Black Acre et s’avère extrêmement plaisant (on peine à comprendre pourquoi le programme du festival le relie à Planet µ, dans la mesure où il ne semble jamais rien avoir diffusé via la très recommandable écurie de Mike Paradinas). Il a visiblement décontenancé un public qui, passé 1h du matin, était peu réceptif à la réelle subtilité de ses compositions, peu dansantes qui plus est. Pour notre part, nous fûmes relativement conquis par les paysages sonores délivrés par l’Anglais : nappes prégnantes, notes claires, délicates variations de rythmes et de textures, agrémentés d’un chant féminin en début et en fin de set. Avec Nils Frahm, c’est lui que nous retiendrons de la seconde soirée de ce « nouveau » festival proposé par le Bozar, dont on attend avec intérêt les futures éditions.

François Bousquet, Gilles Genicot
le 02/11/2011

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