Festival du Cinéma Allemand 2011

 réalisateur

Christian Petzold

 date

du 23/11/2011 au 29/11/2011

 salle

L’Arlequin,
Paris

 tags

Christian Petzold / L’Arlequin

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Depuis dix ans qu’on se rend chaque année au Festival du Cinéma Allemand, on n’avait pas encore expérimenté la « nuit du cinéma allemand », moment fort du festival automnal. Pour cette seizième édition, la manifestation ayant programmé Dreileben, triptyque narrant la même histoire (un criminel s’échappe d’un hôpital psychiatrique) suivant des points de vue différents (un peu à la manière de la trilogie de Lucas Belvaux), on ne pouvait rater cet événement. Pour autant, la fatigue prit le pas sur notre bonne volonté, nous ne pûmes dépasser le deuxième volet et quittâmes la salle peu après 2h du matin. Néanmoins, nous avions eu le temps de voir les variations de Christian Petzold et Dominik Graf.

Trompe-la-mort (Etwas Besseres als den Tod) met au centre du récit Johannes qui effectue son service civil dans l’hôpital psychiatrique considéré. Fiancé à la fille du médecin-chef, il s’autorise pourtant une aventure avec une jeune femme de chambre bosniaque. Fidèle à son auscultation des rapports humains, Christian Petzold ne quitte pas ses deux protagonistes, opte pour un regard tout naturaliste mais fait également surgir, in fine, une réflexion sur l’inéluctable différence de classes qui vient même remettre en cause l’honnêteté de la démarche du héros. S’inscrivant sans peine dans la solide filmographie du réalisateur berlinois, ce nouveau long-métrage constitue en outre un très bon rétablissement après Jerichow, qui nous avait un peu déçus, en parvenant à mêler radicalité de la mise en scène et sensualité du filmage des corps post-adolescents.

Chez Dominik Graf, les personnages sont dans la tranche d’âge supérieure puisque Ne me suis pas (Komm mir nicht nach) s’attache à une psychologue convoquée pour aider la police dans sa traque de l’évadé. Là encore, cette toile de fond narrative n’est qu’un prétexte à saisir les relations entre la jeune femme et une ancienne amie qui l’héberge pour l’occasion. Moins brillant que le film de Petzold, ce long-métrage trouve cependant sa légitimité par sa présence au milieu des deux autres réalisations. Et ce fut donc avec regrets que nous ne vîmes Une minute d’obscurité (Eine Minute Dunkel) pour lequel Christoph Hochhäusler avait pris comme protagoniste principal le fugitif lui-même.

À côté de ce triptyque, le Festival déroulait son traditionnel panorama de la production germanique de ces derniers mois, et notamment les deux films en compétition lors de la dernière Berlinale. Faisant suite à plusieurs biopics récents sur les membres de la RAF, Qui d’autre à part nous (Wer wenn nicht wir) ne se concentre cependant pas sur Andreas Baader mais sur les années estudiantines de Gudrun Ensslin. Fiancée à Bernward Vesper, auteur et éditeur, croisé à l’université, la jeune femme va peu à peu radicaliser son engagement politique jusqu’à précisément croiser la route de Baader et partir avec lui. Comme on pouvait le redouter, Andres Veiel convoque ici toutes les béquilles habituelles de ce type de proposition : prologue dans l’enfance, symbolique et déterministe, images d’archives avec bande-son rock d’époque toutes les trois scènes, balises chronologiques récurrentes, cartons finaux sur l’avenir des protagonistes… Plus encore, le réalisateur s’autorise quelques libertés avec la vérité factuelle faisant, par exemple, de Baader un dandy métrosexuel avant l’heure (cheveu effilé, corps affuté, torse épilé et yeux maquillés).

Récipiendaire de l’Ours d’Argent, Ulrich Köhler a installé l’action de La Maladie du Sommeil (Schlafkrankheit) au Cameroun afin d’y suivre deux médecins. Le premier, allemand, s’apprête à quitter l’Afrique après plusieurs années passer à monter un programme de lutte contre cette pathologie ; le second, Français d’origine congolaise, doit établir un rapport pour l’OMS sur cette action humanitaro-hospitalière. Le déracinement se trouve donc au cœur du film : de l’Européen en Afrique, de l’émigré qui n’arrive plus à se détacher de son pays d’accueil, de peur de passer pour un étranger dans sa terre d’origine, du Français qui revient sur la terre de ses ancêtres à laquelle on le renvoie sans cesse… De surcroît, Köhler (dont on avait bien aimé Montag il y a cinq ans) se saisit avec brio des problématiques et limites de l’aide au développement et des suites de la décolonisation, notamment grâce au personnage joué par Hippolyte Girardot, tout en paternalisme goguenard masquant mal une morgue condescendante.

Également présenté à la Berlinale, mais dans une section parallèle, La Formation (Die Ausbildung) fait le pari d’être un double film d’apprentissage puisque son héros, Jan, débute dans la vie adulte (premier amour, actes récurrents de consommation, sortie en boîte) et débute dans le monde de l’entreprise. Dans ce contexte, c’est évidemment cette deuxième veine qui permet à Dirk Lütter de se démarquer par rapport à la pléthore de films déjà réalisés sur la vingtaine. Sa peinture d’une société de services informatiques, avec ses conseillers clients chargés de l’accueil téléphonique est naturellement assez cinglante, entre pressions psychologiques, manipulations des supérieurs indirects et rituels de la cantine à midi. Quelques affèteries viennent malheureusement tempérer l’adhésion : chorale façon chœur antique ponctuant la narration par des chansons métaphoriques trop appuyées, photo un rien trop clinique dans les bureaux aux larges baies vitrées ou personnages parfois caricaturaux.

Enfin, pour son troisième long-métrage, Hendrik Handloegten met en scène Juliane, berlinoise en vacances d’été en Finlande avec son amant, quelques semaines après avoir quitté son précédent compagnon. Un soir, elle s’endort et le lendemain matin, elle se réveille à Berlin six mois plus tôt mais est la seule à avoir conscience de ce saut dans le temps quand tout autour d’elle s’est replacé dans la situation antérieure (vie amoureuse, environnement professionnel…). Extrêmement couru, de séries para-fantastiques en romans d’anticipation, en passant par des comédies décalées, cette figure narrative de la boucle temporelle et du déjà-vu trouve toutes ses déclinaisons ici : Juliane ne sait comment réagir, choisit de prendre systématiquement le contre-pied de ce qu’elle avait fait la première fois avant d’au contraire ne rien modifier, se résout ensuite au fait que « tout ce qui est arrivé est arrivé ». Partant, Une Fenêtre sur l’Été (Fenster zum Sommer) ne s’avère rien d’autre qu’une douce variation sur cette thématique, tenue néanmoins par Nina Hoss, et qui, sans surprise, retombe sur ses pattes à la fin.

François Bousquet
le 02/12/2011

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