2001-2011 : Soudain, déjà

 date

du 21/10/2011 au 08/01/2012

 salle

École Nationale Supérieure des Beaux-Arts,
Paris

 appréciation
 tags

École Nationale Supérieure des Beaux-Arts / Élodie Séguin / Bertille Bak / Clarisse Hahn / Clément Rodzielski / Farah Atassi / Isabelle Cornaro / Julien Prévieux / Laurent Grasso / Raphaël Zarka / Simon Boudvin / Sophie Dubosc / Virginie Yassef

 liens

École Nationale Supérieure des Beaux-Arts

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Afin de clore la décennie et de présenter un panel de jeunes artistes passés par l’École nationale supérieure des beaux-arts, Guillaume Désanges a été sollicité pour réaliser une sorte d’exposition rétrospective. Soucieux d’inscrire celle-ci dans son temps et de mettre en place un rapport à l’actualité, le commissaire a fait le choix de disposer, tout autour des deux grandes salles d’exposition et le long de la rampe d’escalier menant de la première à la seconde, une frise chronologique faite de coupures de presse tirées du Monde, de Courrier international et de Paris-Match. Louable a priori, cette démarche devait lui permettre d’éviter tous les écueils qu’il cite bien volontiers dans sa note d’intention figurant au catalogue : « comment trouver, à l’échelle d’une exposition, une cohérence au sein de subjectivités artistiques dont le seul lien serait d’être passé par une école ? Comment éviter l’effet compilation ou best of ? (…) Comment créer l’amorce d’un propos, qui ne soit par avance fallacieux ou artificiel, à partir d’une telle hétérogénéité ? ».

Conscient des limites de l’exercice, Guillaume Désanges a globalement souhaité ne pas faire coïncider faits historiques et période de création ou moments d’actualité et écho dans le processus artistique, mécanisme qui aurait sûrement été trop littéral. De fait, les drapeaux libyens de Clément Rodzielski ne sont pas en face des révolutions arabes de 2011, les dessins recensant des délits de Julien Prévieux ou la sculpture Couvre-feu (une ampoule plongée dans un bloc de béton) de Sophie Dubosc ne sont pas placés au moment des émeutes de 2005 et 2008, la vidéo de Bertille Bak sur un bidonville à Bangkok n’est pas mise en rapport avec le tsunami pas plus que les agglomérats de poussière de Simon Boudvin avec le tremblement de terre d’Haïti ou les vues urbaines désertes de Claire Tenu avec les différentes catastrophes naturelles et le film de Clarisse Hahn sur le PKK, comme le drapeau états-unien à l’envers et en berne de Jonathan Loppin, ne sont pas mis en regard des guerres au Moyen-Orient.

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Vue de l’exposition

Pour autant, s’inspirant d’un procédé expérimenté par Marcel Duchamp en 1942, le commissaire a souhaité que des fils de laine soient tendus entre les cartels des œuvres et les articles de presse, reliant malgré tout les premières aux seconds dans des entrelacs impossibles à suivre, mais assez réussis visuellement quand on regarde en plongée la grande salle. Plus directement, et par exception à ce qu’on pouvait souligner précédemment, quelques confrontations se font plus franches et plus ouvertement porteuses de sens. L’exposition s’ouvre ainsi naturellement sur le 11-septembre et donne à voir la vidéo de Laurent Grasso avec ce nuage qui progresse dans les rues désertes, façon nuage de poussière résultant de l’effondrement des tours jumelles, avant de présenter les petites briques en décomposition de Natalia Villanueva ou le meuble en mélaminé parcouru de fissures de Baptiste Debombourg. Après cet événement, vient le temps des guerres états-uniennes dans les sables d’Irak, illustrées par les bijoux mis en vitrine à la manière de dunes d’Isabelle Cornaro. Plus loin, les grandes peintures d’intérieur de maisons vides de Farah Atassi résonnent avec les images des décombres d’Haïti.

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Adam Vackar - Onomatopoeia
(courtesy ENSBA)

Au-delà de ce dialogue, plus ou moins présent, avec les faits d’actualité, on pouvait espérer voir les œuvres se répondre l’une à l’autre ; malheureusement, la scénographie a opté pour un cloisonnement de chaque artiste, un peu comme dans une foire. Demeurent toutefois quelques échanges quand l’espace s’ouvre un peu : le formidable Billy Montana de Virginie Yassef trouve sa correspondance avec l’installation Le Présent d’Élodie Seguin, les dessins de Claire Fouquet conversent avec les toiles aux motifs géométriques de Julien Prévieux et la structure tubulaire d’Adam Vackar, les poutres avec marques de découpe de Raphaël Zarka répondent à l’étagère en bois couchée au sol de Sophie Dubosc et aux compositions bois, peinture et plexiglas d’Aurélie Godard.

François Bousquet
le 04/01/2012

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