Erre

 date

du 12/09/2011 au 05/03/2012

 salle

Centre Pompidou-Metz,
Metz

 appréciation
 tags

Carl Andre / Centre Pompidou-Metz / Christophe Berdaguer et Marie Péjus / François Curlet / Francis Alÿs / Frank Stella / Julien Discrit / Julio Le Parc / Matt Mullican / Michel François / Mike Kelley / Mona Hatoum / Nicolas Moulin / Raphaël Zarka / Robert Morris / Thomas Hirschhorn / Yona Friedman

 liens

Centre Pompidou-Metz

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Ouvert depuis près de deux ans, le Centre Pompidou-Metz présente tous les atours d’une belle réussite : placement idéal du bâtiment juste derrière la gare et dans un quartier en pleine transformation, architecture élégante et légère, aménagement intérieur impeccable (jusqu’aux banquettes très confortables) et public nombreux. Histoire de capitaliser intelligemment sur ce succès, la plupart des expositions présentées restent entre six et dix-sept mois à l’affiche ; tel est par exemple le cas de la future rétrospective des dessins muraux de Sol LeWitt ou de la monographie consacrée aux frères Bouroullec que nous nous contenterons de mentionner, n’étant pas forcément qualifiés pour rendre compte d’une présentation d’objets et meubles designs (a fortiori quand à peine la moitié d’entre eux est manipulable).

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Frank Stella - Mas o Menos
(courtesy Centre Pompidou)

Située aux deux premiers niveaux du Centre, Erre prévoit de se concentrer sur la figure du labyrinthe, motif plutôt récurrent dans l’histoire de l’art et de l’architecture, pour une présentation dense et ambitieuse. Afin de poser clairement le propos, les premières salles offrent des exemples de labyrinthes au sens strict : errance dans une ville-labyrinthe sicilienne (Raphaël Zarka), petites lithographies faites de symboles typiques (Richard Long), dessin d’un dédale (Robert Morris) ou croquis d’une ville spatiale (Yona Friedman). Très habilement, les commissaires Hélène Guenin et Guillaume Désanges débutent donc, pour illustrer un dispositif complexe, par des artistes minimaux, et notamment la magnifique Mas o Menos de Frank Stella.

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Alexandre Rodtchenko - Rommconstruction n°11
(courtesy Berlinische Galerie)

Plus logiquement, des constructivistes apparaissent (Alexandre Rodtchenko et son carré dans un carré, flottant au-dessus des têtes) puis le land art, symbolisé par la Spiral Jetty de Robert Smithson et l’hommage que lui rend Carl Andre. Alors qu’on passe ensuite à des labyrinthes mentaux ou aux interactions entre espace et temps que peuvent générer ces entrelacements, on croise, inévitablement compte tenu de l’ampleur de l’exposition, certaines œuvres qui peuvent paraître voir leur lien avec le labyrinthe un rien forcé. Ainsi en est-il des Maps de Thomas Hirschhorn, grandes fresques censées retracer les principales pensées philosophiques occidentales et leurs connexions. Démonstratifs à l’excès, ces panneaux n’échappent pas au reproche de la facilité du gros trait qu’ils utilisent eux-mêmes pour relier figures et ouvrages. Constat un peu similaire pour le Two Into One Becomes Three de Matt Mullican qui se déploie sur tout une hauteur et illustre l’encyclopédie, dont on peine à percevoir le lien avec le labyrinthe, sinon qu’on peut aussi s’y perdre.

Plus prosaïquement, Mike Kelley propose une maquette de ville-labyrinthique et Gianni Pettena réactive une installation conçue en 1971, faite de bandes de papier tombant des cintres et dont quelques-unes ont été découpées pour tracer un chemin pour les visiteurs. Élément récurrent de l’exposition (ce qui peut, d’ailleurs, être perçu comme une incapacité de celle-ci à réellement compartimenter son sujet), la ville-labyrinthe se voit ensuite consacrer quelques nouvelles salles, avec la diffusion du Métropolis de Fritz Lang, les Cartes Mémoires de Julien Discrit, le fil tiré du pull de Francis Alÿs qu’il laisse derrière lui quand il déambule, les dessins sur calque de Christophe Berdaguer et Marie Péjus ou la création en images de synthèse de Nicolas Moulin.

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Günther Uecker - Spirale III
(courtesy Centre Pompidou)

Ainsi perdu dans le dédale des cités, le spectateur restera décontenancé en montant à l’étage, dans l’espace consacré à la cinétique avec les mobiles de Gianni Colombo, les clous plantés en spirale de Günther Uecker ou les travaux de Vera Molnár. Plus encore, la superbe suite de pièces de Julio Le Parc nous plonge dans des espaces de jeux entre miroirs, lumières et plaques de métal scintillantes. Particulièrement saisissantes, nous faisant aisément perdre nos repères, ces créations manifestent également la possible sortie du labyrinthe, à l’inverse des casiers grillagés de Mona Hatoum qui marquent plutôt sa dimension carcérale.

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Michel François et François Curlet - Map of Metz (As it was broken)
(courtesy Centre Pompidou)

Pour qu’une exposition soit réussie, sa mise en espace doit l’être aussi et c’est pleinement le cas ici avec une magnifique scénographie au rez-de-chaussée (qui réutilise, en vérité, une bonne partie de celle imaginée pour Chefs-d’œuvre ?, la précédente exposition collective du Centre Pompidou-Metz). Tout en recoins et enfilades de cimaises, elle plonge le spectateur lui-même dans un labyrinthe dans lequel chaque espace est utilisé puisqu’un collectif a placé des cartes postales de labyrinthes célèbres dans les interstices entre deux cloisons. De même, afin de profiter au mieux de l’architecture du bâtiment et des baies vitrées donnant sur la ville qu’offre chacune des galeries, Michel François et François Curlet ont orné le panoramique du premier étage de lignes brisées noires représentant un plan schématique de la capitale mosellane, visible alors dans une double profondeur enthousiasmante.

François Bousquet
le 05/03/2012

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