Le Système de Ponzi

 auteur

David Lescot

 metteur en scène

David Lescot

 date

du 25/01/2012 au 10/02/2012

 salle

Théâtre des Abbesses,
Paris

 appréciation
 tags

David Lescot / Théâtre des Abbesses

 liens

Théâtre des Abbesses

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Il y a quelques semaines, nous évoquions la volonté de certains auteurs et metteurs en scène contemporains de se saisir de l’actualité pour mettre au point des dramaturgies documentant le présent. Non dénué de quelques limites, un tel procédé peut, plus originalement, être envisagé de biais, en prenant par exemple appui sur un fait historique qui vient, en résonance, éclairer des événements plus récents. C’est précisément le parti pris de David Lescot quand il monte Le Système de Ponzi, pièce racontant la trajectoire de Charles Ponzi, immigré italien installé à Boston, qui, dans les années 1920, inventa la fameuse chaîne de Ponzi, arnaque financière pyramidale plus tard développée par Bernard Madoff notamment.

Afin de démontrer la puissance de la finance et la faculté d’un homme seul à échafauder un système qui ne tient que par la capacité de ceux qui y sont partie à recruter de nouveaux entrants, l’auteur français opte pour une forme de « biodrama » (comme on parle de « biopic »), retraçant toute la vie de Ponzi. De l’Italie à la côte Est des Etats-Unis, de petits boulots en séjours en prison, l’intriguant n’apparaît pas forcément comme l’escroc qu’il s’est révélé être, mais plutôt comme un opportuniste futé, toujours capable de rebondir et de saisir la moindre occasion. Servi par le jeu du toujours convaincant Scali Delpeyrat, le personnage voit ainsi son aventure dépeinte alors que gravitent autour de lui des dizaines d’autres intervenants (ses parents, sa femme, banquiers et commerçants, compagnons de cellules et hommes de la rue).

Puisqu’il s’agit d’embrasser une vie toute entière, chacun des comédiens se voit assigner plusieurs rôles tout au long des deux heures du spectacle, changeant de costume à vue et faisant aussi office de manutentionnaires, à même de déplacer les grandes tables métalliques disposées sur le plateau. Figurant tour à tour une scène de cabaret, l’intérieur d’un paquebot, les bureaux d’une banque ou des lits d’hôpital, ces accessoires sont, avec des chaises à roulettes, bougés sans arrêt, parfois de manière un peu gratuite toutefois. En plus de ces missions, certains comédiens s’avèrent également musiciens (ou serait-ce l’inverse ?) : installés côté cour, saxophones, clarinette basse, contrebasse, tuba, cor, trombone et batterie forgent la dimension d’ « opéra parlé » revendiquée par le dramaturge. Rythmant l’action, façonnant des ambiances diverses suivant les époques, ces intermèdes musicaux viennent néanmoins quelque fois se surajouter à un flot de paroles déjà bien nourri.

Au reste, on touche peut-être là une des légères faiblesses de la pièce puisque l’accumulation de dates, de noms propres (lieux, personnages) ou de sommes d’argent finit par donner le vertige, voire verser dans la cacophonie, et nécessite une attention accrue du spectateur. Ceci posé, on saisit bien le désir de David Lescot de ne pas verser dans un récit didactique avec cartons explicatifs, pauses permettant au public d’ingurgiter les différents éléments et autres béquilles pédagogiques. À l’inverse, on se trouve véritablement en face d’une épopée enlevée et cométaire, qui impressionne par la manière dont elle a réussi à séduire plusieurs centaines de personnes à l’époque, et des milliers d’autres depuis.

Autres dates :
-  17 février 2012 : Halle aux Grains - Blois
-  du 13 au 17 mars 2012 : Théâtre de la Manufacture - Nancy
-  du 21 au 23 mars 2012 : Comédie - Saint-Étienne
-  du 11 au 26 avril 2012 : TNS - Strasbourg

François Bousquet
le 09/02/2012

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