Présences Electronique 2012 - Hildur Guðnadóttir / AGF / Benjamin Thigpen + Jean-François Laporte / İlhan Mimaroğlu

 date du concert

31/03/2012

 salle

Le 104,
Paris

 tags

AGF / Festival Présences Electronique 2012 / Hildur Guðnadóttir / Le 104

 liens

AGF
Le 104
Hildur Guðnadóttir
Festival Présences Electronique 2012

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Après les concerts de la salle 400, nous voici de retour dans la Nef Curial pour la deuxième soirée. Nous avions deux grosses attentes ce jour, avec d’une part Hildur Guðnadóttir dont nous suivons régulièrement les travaux, que ce soit en solo ou au sein de Angel, et AGF d’autre part que nous n’avions pas vu en concert depuis bien longtemps.

Comme de coutume, la soirée débutait avec un pionnier des musiques électroniques. Une découverte en ce qui nous concerne puisque nous n’avions jamais entendu parler de İlhan Mimaroğlu, compositeur turc né en 1926 à Istanbul, fervent défenseur de la musique pour bande magnétique.
Le concert de ce soir, d’une douzaine de minutes, consistait en 5 interludes composés entre 1966 et 1996, spatialisés par Daniel Teruggi. En l’espace de trente ans les techniques ont évolué, mais le set nous paru tout à fait cohérent, très classique en fait. Abstractions à base de glissements et piaillements électroniques, une approche que l’on trouvera généralement ludique, vivace, que l’on imaginerait accompagner de vieux cartoons ou des longs métrages. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Federico Fellini a utilisé le Prélude n°12 dans son Satyricon (1969) !

Passé cette introduction, nous allions aborder une musique d’une toute autre ampleur avec le duo formé par l’américain Benjamin Thigpen et le québécois Jean-François Laporte. Ensemble, ils jouent sous le nom de Rust, le premier étant à l’ordinateur tandis que le canadien, inventeur d’instruments improbables, joue de ses propres machines.
Ce soir il jouait d’une chaise musicale, affublée de divers dispositifs acoustiques, tubes, tuyaux, membranes vibrantes, peut-être un archet aussi. On ne verra que le canadien sur scène, assis sur sa chaise qu’il commence à manipuler : quelques boutons ? potentiomètres ? pistons ? Toujours est-il que le duo produit d’abord une sorte de souffle crissant additionné d’un drone lourd. Les éléments se mettent en place tout doucement, et une fois la machine lancée, c’est le drone qui ne cessera d’évoluer. Une musique toute en progression, jouant sur des oscillations de tonalités et textures, ne cessant de prendre de l’ampleur au point de devenir véritablement bruitiste. On sera étonné par la qualité du son, très fort mais clair, propre, gagnant en richesse au fil du morceau. Une véritable expérience sonore qui prendra fin progressivement, s’éteignant dans une tonalité presque limpide.
Une performance intéressante, atypique, qui sera très largement saluée par les spectateurs.

À 21h20, c’est AGF qui prend le relai. Cela fait donc des années que l’on n’avait pas de nouvelles de l’Allemande, et une petite recherche nous fait remonter en 2006 alors qu’elle se produisait... à Présences Électronique !
Connaissant assez bien son travail dans les années 2000, on se demandait si le concert que l’on allait voir ce soir resterait dans cette lignée ou si Antye Greie s’était mise à explorer d’autres voies. Sans surprise, la voix reste une composante importante de son travail, malheureusement présenté ce soir comme une succession de morceaux qu’elle s’appliquait à enchainer. La surprise se situera surtout au niveau de la puissance des sonorités rythmiques et de quelques morceaux aux percussions particulièrement denses. On est globalement déçu par ces quelques titres sur lesquels AGF vient caler son phrasé sur le tempo, appuyant des influences hip-hop qu’elle tentait déjà d’intégrer à son travail il y a quelques années.
Par ailleurs on notera quelques jolis passages, plus fins, mariant nappes sombres, grincements industriels et claquements minimalistes, travaillant plus sur les ambiances et l’évocation, optant ici pour un chant répétitif à la place d’un spoken word incisif. Une prestation en demi-teinte qui, comme en 2006 nous donne l’impression qu’AGF nous présente une ébauche, un travail inabouti.

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Hildur Guðnadóttir (répétition)

La quatrième et dernière partie de la soirée était assurée par Hildur Guðnadóttir, violoncelliste islandaise que l’on trouve notamment sur le label Touch, collaboratrice de Ilpo Väisänen et Schneider TM au sein de Angel. Après un concert deux ans plus tôt à la Flèche d’Or dans le cadre du festival Air d’Islande, nous avions plaisir à la retrouver dans le contexte de Présences Électronique avec une pièce composée spécialement pour l’occasion, s’appuyant sur un logiciel développé par l’Ina GRM.
Des considérations techniques que l’on ne développera pas plus car la musique interprétée ici était à mille lieues de ce type de débat. Haloes se définit comme une contemplation entre ombre et lumière, représentées par le violoncelle d’une part, et la voix d’autre part. Le concert débutera par un solo de violoncelle, dans un style lancinant, à la fois funèbre et aéré, laissant la place aux silences. Dans un deuxième temps, c’est la voix qui s’installe en solo, d’abord hésitante, timide, puis prenant de l’ampleur via l’utilisation de boucles et traitements, créant des chœurs lumineux. Certes prévisible, la troisième partie vit réapparaitre le violoncelle, engageant un duel entre les deux éléments. Douceur et gravité, tension et combat dans un final épique, de toute beauté.
Sans conteste le concert du jour.

Fabrice ALLARD
le 15/04/2012

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