Présences Electronique 2012 - Michèle Bokanowski / Alessandro Bosetti / Kristoff K.Roll

 date du concert

01/04/2012

 salle

Le 104,
Paris

 tags

Alessandro Bosetti / Festival Présences Electronique 2012 / Kristoff K.Roll / Le 104 / Michèle Bokanowski

 liens

Le 104
Festival Présences Electronique 2012
Alessandro Bosetti
Kristoff K.Roll

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Troisième et dernier jour du festival Présences Electronique que nous allons traiter comme la veille, avec deux chroniques distinctes : l’une pour la soirée dans la Nef Curial, et celle-ci consacrée aux concerts de la salle 400.
Une première session à 16h nous permettait de découvrir Kristoff K.Roll et Alessandro Bosetti, puis on enchainait à 18h avec Michèle Bokanowski.

Kristoff K.Roll est en fait un duo dont le nom est un croisement entre Jean-Kristoff Camps et Carole Rieussec, les deux musiciens ici à l’œuvre. Alors que la salle 400 est généralement le théâtre de la spatialisation plutôt que de la véritable interprétation musicale, la petite scène centrale était aujourd’hui envahie de machines et objets qui seraient autant de sources sonores. Le duo compose une musique électroacoustique qui allait être interprétée en direct tandis qu’un assistant se chargerait de la projection sonore.
On assiste tout d’abord à un classique concert du genre, les deux artistes se font face, chacun manipule ses objets à proximité d’un micro, les sample, les triture sur fond d’enregistrements réalisés au préalable. Après un certain nombre de concerts statiques, on trouve tout de suite le jeu de Kristoff K.Roll vivant, voire théâtral quand la voix nous conte une histoire surréaliste.
Des billes dans une boite de polystyrène, une guitare préparée, des bruits de pas, des ondes radio, et puis à plusieurs reprise ce que l’on a envie d’appeler une "spatialisation acoustique". Sortis d’une enceinte, le bruit d’objets qui tombent et rebondissent sur le sol, et dans la foulée Jean-Kristoff Camps qui lance de part et d’autre des objets qui viennent s’écraser sur le sol, semant la confusion entre électronique et acoustique. Mieux encore, des bruits de pas, et Carole Rieussec qui quitte la scène et se met à courir tout autour du public, ridiculisant presque l’Acousmonium.
Un superbe concert, entre théâtre et performance, une musique extrêmement vivante, ludique et poétique et le plaisir de voir le duo échapper aux codes de ce type de concert.

Le temps de faire un peu de place sur scène et on enchaîne avec l’italien Alessandro Bosetti, dont on trouve notamment la production sur des labels tels que GROB ou Crouton. Nous avions écouté Royals l’an dernier, sa dernière production sortie chez Monotype Records, mais sans en parler ici, trop expérimentale, et trop vocale.
C’est la base même du travail de l’Italien, aussi impossible d’échapper aujourd’hui à ses joutes verbales. Il interpréta Mask Mirror 2.0, une nouvelle version pour Présences Électronique d’un projet initié en 2008, dans lequel machines et logiciel forment l’alter ego de l’artiste. Alessandro Bosetti dit quelques mots, une phrase, et une voix féminine lui répond ou part sur une autre piste. S’ensuit une discussion à bâton rompu, faisant preuve d’humour quand un dialogue s’installe, et de poésie quand certaines connexions se font entre quelques mots d’anglais (lui) et une phrase en italien (elle).
On passera rapidement sur le jeu de sonorités de bouches de l’Italien, onomatopées, claquements, chuintements tandis que la jeune femme continue dans son coin, accompagnée de quelques tonalités sinusoïdales. On retiendra surtout le long final durant lequel Alessandro Bosetti répètera indéfiniment les mêmes vers. Un poème qu’il démarre en douceur, et dont le phrasé est calé sur le tempo de bruitages électroniques. Pendant une dizaine de minutes l’artiste augmentera la puissance de sa voix, mais les machines font de même, rivalisent avec lui, puissantes et monstrueuses, allant jusqu’à étouffer l’artiste.

Disons le tout de suite, Kristoff K.Roll et Alessandro Bosetti donnèrent lors de cette session les meilleurs concerts qu’il nous ait été donné de voir dans la salle 400. Comme par hasard, il s’agissait aussi des deux seuls concerts de musique dite "live", au sens "produite en direct".

À 18h, on retrouvait Michèle Bokanowski que l’on découvrait lors de l’édition 2007 de Présences Électronique (qui n’a malheureusement pas fait l’objet de chroniques). Nous avions beaucoup aimé son concert, comme on aime généralement le travail des femmes qui produisent ce type de musique (Christine Groult, Eliane Radigue).
Michèle Bokanowski jouait deux pièces d’une trentaine de minutes, très différentes l’une de l’autre. Chant d’ombre, composée en 2004 et dédiée à Eliane Radigue, s’apparente à une longue errance ambient, minimaliste, faite de souffles sourds, drones, et vibrations mécaniques. Une très belle pièce, mystérieuse et introspective que les amateurs du genre pourront retrouver chez Optical Sound (2010).
Suivait Enfance, une commande de Radio-France, composée en 2011. Si l’on retrouve le goût de l’artiste pour les jolis sons et un certain minimalisme (encore quelques nappes qui s’étalent à l’infini), le style est ici très différent, plus classique aussi. On distingue principalement trois éléments qui ne cessent de se croiser : une base électronique sous forme de nappes électroniques, sombres et inquiétantes, une mélodie de piano épurée qui fonctionne plutôt bien, et des voix d’enfants, entre récitation d’une fable de La Fontaine, histoires qu’ils s’inventent et autres dialogues.
Ces voix auront tendance à nous énerver, faisant preuve de facilité et jouant sur l’aspect "mignon", mais on en trouvera une utilisation plus subtile quand elle furent murmurée sur une ambiance mystérieuse. Le piano lui aussi nous paraitra un peu facile, tant par sa mélodie que par sa répétition à intervalles réguliers. Une pièce agréable mais dont on regrettera le manque d’ambition.

Fabrice ALLARD
le 18/04/2012

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