Néon. Who’s afraid of red, yellow and blue ?

 date

du 17/02/2012 au 20/05/2012

 salle

Maison Rouge,
Paris

 appréciation
 tags

Adel Abdessemed / Bertrand Lavier / Bethan Huws / Claude Lévêque / Dan Flavin / Daniel Firman / Delphine Reist / François Morellet / Jean-Michel Alberola / Jeppe Hein / John Armleder / Jonathan Monk / Laurent Grasso / Lucio Fontana / Mai-Thu Perret / Maison Rouge / Mathieu Mercier / Melik Ohanian / Michel François / Pierre Bismuth / Pierre Malphettes / Saâdane Afif / Stéphane Dafflon / Su-Mei Tse

 liens

Maison Rouge

 dans la même rubrique
du 23/06/2016 au 11/09/2016
Mika Rottenberg
(Palais de Tokyo)
du 08/06/2016 au 29/08/2016
Un Art Pauvre
(Centre Pompidou)
du 01/06/2016 au 15/08/2016
Melik Ohanian : Under Shadows
(Centre Pompidou)
du 14/05/2016 au 04/09/2016
Christian Hidaka : Desert Stage
(Grand Café)
JPEG - 39 ko
Frank Scurti - Enseigne Tabac
(courtesy Mac/Val)

Très attendue (il s’agit là de la première exposition mondiale attachée à ce medium pour lequel on a un certain goût, nonobstant sa dimension un peu kitsch), Néon. Who’s afraid of red, yellow and blue ? draine les foules à la Maison Rouge, attirées par les nombreuses créations présentées et leur aspect à la fois ludique et immédiatement identifiant. À ce titre, on ne sera pas surpris de retrouver, au cours d’un accrochage plutôt thématique, quelques enseignes et signalétiques détournées, comme cette carotte de bureau de tabac de Franck Scurti, ce panneau Essence de Saâdane Afif, ce symbole Exit d’Adel Abdessemed ou cette croix de pharmacie de Jonathan Monk.

JPEG - 22.4 ko
Stéphane Dafflon - PM037
(courtesy Fonds national d’art contemporain, Genève)

À l’image de la carotte déformée, la vision du spectateur est ici conduite à être souvent altérée, notamment en raison de la puissance des tubes lumineux et/ou de leur accumulation. Tandis que les gardiens du lieu portent des lunettes noires, la salle Crisis, avec ses murs noirs et ses sculptures en néons rouges (telles les spirales-plafonniers de Mai-Thu Perret), imprime durablement la rétine, comme le mur de lumière blanche de John Armleder. Au-delà de cet éblouissement, d’autres plasticiens travaillent autour de l’aspect hypnotique du néon, jouant sur la répétition et le trompe-l’œil : Stéphane Dafflon et sa combinaison de formes peintes et de formes lumineuses, Iván Navarro, Brigitte Kowantz et leur mise en abyme, via un jeu de miroirs, de leurs créations.

Occupant une large place dans l’exposition, la confection en néon de lettres, mots et phrases donne lieu à de traditionnels jeux verbaux opérant sur deux registres opposés : soit les tubes sculptés se font tautologiques, soit ils interviennent à rebours. Au sein de la première veine, émargent le Néon de Joseph Kosuth, Une Pomme de Pierre Malphettes (nouvel exemple de sa tentative de retranscription de la trajectoire des choses), Who’s afraid of red, yellow and blue ? de Maurizio Nannucci ou La lumière parle d’Éric Michel. Dans cette même approche, peut aussi apparaître une dimension plus poétique du néon quand Cerith Wyn Evans ou Jean-Michel Alberola retranscrivent un vers, des velléités plus littéraires lorsqu’Alfredo Jaar cite Cent ans de solitude ou une recherche plus politique avec le slogan de Mai 1968 de Miri Ségal et le cri de ralliement des insurgés repris par Thomas Mulcaire. Inversement pléonastiques, Tout sauf rouge de Su-Mei Tse est évidemment constitué de tubes rouges et Rien d’Alberola forme un crâne dont on ne saurait imaginer qu’il soit vide.

JPEG - 24 ko
Bertrand Lavier - Ifafa V (Stella)
(courtesy galerie Yvon Lambert)

À l’origine naturel (le néon est bien un gaz avant d’être un tube lumineux), ce medium peut aussi être utilisé pour symboliser des phénomènes naturels comme l’éclipse de Laurent Grasso, double cercle tentant de saisir cet instant fugace. Dans cette même démarche de reproduction, d’autres artistes ont utilisé le néon pour convoquer des figures célèbres de l’histoire de l’art : Bertrand Lavier réactivant un Shaped Canvas de Frank Stella, Bethan Huws réalisant un porte-bouteilles duchampien à base de tubes lumineux rouges, voire Jeppe Hein avec son squelette de cube, même si celui-ci, à la différence de ceux de Sol LeWitt, est fermé.

Dans ce panorama assez complet, quelques regrets poignent néanmoins, et notamment celui que les éclairages du bâtiment, purement fonctionnels, prennent quelquefois le dessus sur les formes artistiques. Ainsi, le néon torsadé de Mathieu Mercier se trouve enroulé autour d’un tube rectiligne allumé, lui-même placé au milieu d’une enfilade d’autres tubes. De même, certaines œuvres souffrent soit d’un accrochage pas forcément très heureux, à l’instar du Rêvez ! de Claude Lévêque, écrasé dans une pièce du sous-sol au plafond très bas, soit des grandes salles dans lesquelles les néons finissent par s’éclairer les uns les autres et ne plus rendre appréciable un Dan Flavin par exemple, phagocyté par les autres interventions. En outre, le dernier espace, consacré à la « lumière brisée » fait un peu fourre-tout, mélangeant l’éblouissement des dizaines de tubes d’Andrea Nacciariti fourrés dans une même caisse de transport ou fagotés par Monica Bonvicini, l’écriture en néon de Melik Ohanian et la destruction des tubes dans la vidéo de Delphine Reist ou sur la photographie de Michel François.

JPEG - 11.2 ko
Daniel Firman - Tubless
(courtesy de l’artiste)

Par ailleurs, on pourra aussi déplorer ne trouver à la Maison rouge que de rares installations composites (sinon un Daniel Firman associant pneu et néon, un Lucio Fontana réunissant peinture et néon ou un Pierre Bismuth agrégeant plusieurs couleurs) et de rares travaux sur la structuration de l’espace, sinon François Morellet et ses grands rectangles enchâssés ou Carlos Cruz-Diez et ses cloisons dont on a l’impression qu’elles diffusent elles-mêmes de la lumière. Plus généralement, si Néon. Who’s afraid of red, yellow and blue ? s’avère plastiquement intéressante, elle se montre scientifiquement frustrante : en somme, on tient là une bonne recension mais qui ne propose pas vraiment de réflexion sur le medium et, fondamentalement, place toutes les utilisations du néon sur le même plan. Par conséquent, quand on quitte le lieu, on regarde dans la vitrine la réclame pour Rose Bakery comme on a regardé plusieurs des créations pleinement artistiques.

François Bousquet
le 15/05/2012

À lire également

du 15/02/2013 au 19/05/2013
Sous Influences
(Maison Rouge)
du 20/10/2012 au 13/01/2013
Retour à l’intime
(Maison Rouge)
du 07/05/2008 au 11/08/2008
Traces du Sacré
(Centre Pompidou)
du 18/11/2011 au 19/02/2012
Anicroches
(Espace culturel Louis)