Les larmes amères de Petra Von Kant

 auteur

Rainer Werner Fassbinder

 metteur en scène

Philippe Calvario

 date

du 22/05/2012 au 09/06/2012

 salle

Théâtre de l’Athénée,
Paris

 appréciation
 tags

Rainer Werner Fassbinder / Théâtre de l’Athénée

 liens

Théâtre de l’Athénée

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Pièce de Rainer Werner Fassbinder probablement plus célèbre par le film que l’Allemand en a lui-même tiré, Les larmes amères de Petra Von Kant se trouve montée par Philippe Calvario. On sait combien il est délicat de se saisir d’un texte de Fassbinder, tant le dramaturge et réalisateur a marqué par un propos et un style très identifiables et particuliers. Pour mettre en scène cette trame narrative assez classique du Pygmalion (Petra Von Kant, styliste reconnue) qui voit sa créature (Karin, jeune aspirant mannequin) lui échapper dans un jeu haine-amour, Calvario choisit de se démarquer de l’héritage du cinéma fassbinderien pour en embrasser un autre : celui de Pedro Almodóvar.

En effet, sur le plateau, tout crie la référence au réalisateur espagnol : décor (miroirs, canapés et couleurs saturées), costumes (du rouge, du noir, robe courte et droite et perruque blonde platine), accessoires (jambes de mannequin comme pied de guéridon, mains en plastique comme poignées de porte) et direction d’actrices poussées à l’hystérie. L’outrance de ces propositions n’est pas nécessairement en cause en tant que telle, mais, ici, elle n’agit que comme surligneur des excès du personnage central (alcool, tabac, éclats de voix, passion vampirisante), dans une forme de mise en scène « au carré » qui ne produit rien d’autre que cette multiplication d’effets. Au surplus, Philippe Calvario n’hésite pas à avoir recours à quelques béquilles criardes comme ces chansons récurrentes censées ancrer l’action dix ans plus tard que la pièce originelle : Lullaby de The Cure, The Cold Song de Klaus Nomi ou un titre de Jessye Norman. En parallèle, entre anachronismes et confusions, son décor évoque pourtant les années 1970 tandis que Karin arbore des écouteurs d’iPod quand elle arrive dans le salon de Petra.

Dans un tel contexte, on saura gré à Maruschka Detmers de ne pas trop en rajouter dans le registre « regardez comme je prends des risques à interpréter une lesbienne hystérico-alcoolique ». En revanche, le reste de la distribution s’avère assez inégal sans que l’on sache si cela relève des choix de direction ou des comédiennes elles-mêmes : Joséphine Fresson, en amie de Petra, ressemble à une bourgeoise neuilléenne, Julie Harnois, en Karin, ne marque aucun intérêt pour Petra et le plus gênant est atteint avec le personnage de Marlène, joué par Carole Massana. Rôle le plus intéressant, car insaisissable, du texte originel et qui s’y avère central, tout étant vu par ses yeux, la servante de Petra se trouve ici placée en situation d’admiration permanente pour sa maîtresse, n’hésitant pas à la couver du regard, à satisfaire ses moindres caprices ou à se caresser dans son lit en son absence. Pis encore, le destin de ce personnage, à la toute fin de la pièce, est changé pour servir un parti pris qui, pour être cohérent avec les autres options de mise en scène, confirme leurs limites.

François Bousquet
le 25/05/2012

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