Quinzaine des Réalisateurs 2012 - Reprise de la sélection

 réalisateur

Pablo Larraín

 date

du 31/05/2012 au 10/06/2012

 salle

Forum des Images,
Paris

 tags

Forum des Images / Pablo Larraín

 liens

Forum des Images

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Après deux éditions plutôt fraîchement accueillies, c’est sans grande surprise que Frédéric Boyer a été remplacé à la tête de la Quinzaine des Réalisateurs par Édouard Waintrop, ancien critique et ayant déjà une expérience en qualité de dirigeant de festival. Charge à lui de remonter le niveau de la Quinzaine, largement éclipsée l’an passé par la Semaine de la critique (l’autre section parallèle de Cannes) avec ses réussites critiques et publiques (La Guerre est déclarée, 17 Filles ou Take Shelter).

La comédie comme facteur de rétablissement

Pour cette première sélection, Waintrop a clamé vouloir redonner toute sa place à la comédie, genre trop souvent écarté des grands festivals. Parmi celles-ci, Camille redouble connut un excellent accueil qu’il convient ici de tempérer. Au regard des dernières réalisations en date de Noémie Lvovsky (les moyens Les Sentiments et Faut que ça danse !), le film constitue néanmoins une bonne remise à niveau avec cette histoire de Camille, quadra en instance de divorce, à tendance alcoolique, qui, le soir du 31 décembre, fait une mauvaise chute et se réveille le 1er janvier 1985 mais en ayant conservé son corps et ses souvenirs d’adulte. Alors qu’autour d’elle, tout le monde la voit comme une adolescente, Camille va se trouver confrontée aux traditionnelles questions liées à ce motif extrêmement récurrent du cinéma (Peggy Sue s’est mariée, évidemment, mais aussi, au hasard, Une Fenêtre sur l’Été, vu au dernier Festival du cinéma allemand) comme de la littérature (Quartier Lointain de Taniguchi, par exemple). Le souci du motif récurrent, c’est que tous ses développements sont connus : croiser l’amour de sa vie une seconde première fois, revivre un trauma d’enfance particulièrement marquant, appréhender d’un œil neuf les petits riens du quotidien (ce qui amène Camille à enregistrer ainsi la voix de ses parents pour en garder une trace), etc… Heureusement, quelques poncifs sont évités et Noémie Lvovsky, qui interprète le rôle-titre, nous épargne le plan où l’héroïne se regarde dans le miroir de la salle de bains qui lui renvoie son visage juvénile ; à l’inverse, entre deux scènes très cocasses (notamment au lycée), elle ose des passages moins attendus, comme celui dans lequel elle se mue en cougar malgré elle pour séduire un garçon.

Autre rétablissement réel, après les décevants Parfum de la dame en noir et Bancs Publics, Adieu Berthe - L’enterrement de Mémé permet à Bruno Podalydès de se concentrer à nouveau sur un personnage, interprété par son frère Denis, d’homme un peu perdu dans une réalité qui paraît le dépasser. Ainsi, dans la lignée de ses premiers films, le Français retrouve ce goût pour le décalage tendre, la magie et le bricolage un peu foireux. Plus encore, avec cette histoire de grand-mère quasi-inconnue qu’il s’agit d’enterrer, Podalydès développe également une réflexion sur la mort ou sur les choix qui structurent la vie qui la précède. En lieu et places de machines et constructions bizarres qui parcouraient Le mystère de la chambre jaune, ce sont les longs tiroirs et panneaux coulissants de la pharmacie tenue par le héros qui servent de relais visuels au réalisateur, comme autant de symboles de nos vies à tiroirs. Entre deux francs sourires, on pourra cependant éprouver peut-être un peu de lassitude à retrouver la même troupe d’acteurs de film en film, jusqu’au moindre troisième rôle (Jean-Noël Brouté, par exemple), a fortiori après avoir vu Camille redouble avec qui Adieu Berthe partage au moins trois comédiens et, plus généralement, un même état d’esprit.

Le genre comme mode de traitement historico-politique

Pas véritablement une comédie, No compte néanmoins plusieurs passages qui font aisément sourire, notamment en raison de son ancrage dans les années 1980. De fait, ce nouveau film du Chilien Pablo Larraín traite du référendum de 1988 par lequel le général Pinochet demanda au peuple s’il voulait toujours de lui à la tête du pays. Sollicité par le camp du « No », un jeune publicitaire se trouve conduit à réaliser les premiers spots politiques d’un pays qui n’avait alors jamais connu de campagne télévisée. Limitée à un quart d’heure quotidien par camp, celle-ci fut l’occasion d’une communication débridée, à base de chansons, danses et discours un peu désuets sur la « joie à venir ». Attaché à l’histoire de son pays (on se souvient de ses précédents films comme Tony Manero et Santiago 73, Post Mortem), Larraín fait donc le choix d’aborder cet événement historico-politique par le prisme de son héros et de romancer un peu le tout, puisque le patron de son agence de publicité travaille, pour sa part, pour le « Sí ». Néanmoins, le plus important reste la construction de la propagande et des clips, avec toute la mauvaise foi traditionnelle de ce genre de matériau quand il s’agit de rendre compte de l’autre camp. Afin de réellement plonger le spectateur dans l’époque, le réalisateur opte pour un mélange réussi d’images d’alors (extraits de journaux télévisés et les vrais clips eux-mêmes) et de séquences tournées, pour un rendu uniformément diffusé en 4/3. Grâce à ce procédé, ces vingt-cinq ans paraissent très loin et très proches car on trouve dans No des résonances évidentes avec l’actualité, en ce qui concerne le statut de la chose publique passée au tamis publicitaire.

C’est une dizaine d’années auparavant que se place Nicolas Wadimoff pour son Opération Libertad, proposition retraçant les années d’activisme du GAR (Groupement autonome révolutionnaire), mouvement genevois né au milieu des années 1970, dans la continuité d’autres factions européennes d’extrême-gauche. Pour décrire l’histoire de ce groupuscule fictif, le réalisateur choisit la forme du mockumentary, soit un faux documentaire, avec tous les aspects du genre : caméra portée, tournage par un sympathisant du mouvement, image un peu sépia, voix off contemporaine revenant sur cette expérience. Dépeignant la fascination obsédante des membres du GAR pour la vidéocratie et l’admiration qu’ils ont des Brigades Rouges qui, elles, ont réussi à captiver l’attention avec l’enlèvement d’Aldo Moro, le film souffre néanmoins de quelques faiblesses. N’est pas tant en cause le côté un peu « pieds nickelés » des protagonistes (sans véritable plan ni objectif, davantage en réaction que dans l’action, faisant dire à l’un d’eux : « si je comprends bien, on va tuer ce type car on manque de place dans la voiture »), mais plutôt l’aspect un peu bâtard du parti pris filmique. De fait, le réalisateur par procuration se trouve, comme par hasard, toujours au bon endroit pour saisir tel instant crucial ou tel moment fort, des images de vidéosurveillance sont intégrées (alors qu’il semble peu probable que les activistes les aient récupérées) et la voix off offre un discours trop plaqué.

Pour sa part, Massoud Bakhshi penche pour une forme de policier dans lequel son héros, universitaire vivant en Occident et conduit à revenir quelques jours en Iran, se trouve à la fois confronté aux spécificités contemporaines du pays et au souvenir de la guerre Iran-Irak de 1981. Se mêlent alors corruption policière, trahisons familiales et tensions de toute sorte dans un film marqué par l’utilisation d’un double flash-back : au sein même du long-métrage qui débute par une des scènes finales, et pour faire le lien avec le passé du héros lorsque les scènes se déroulant trente ans auparavant sont montrées. Fort de tous ces éléments, Une famille respectable (Yek Khanévadéh-e Mohtaram) s’avère pertinent dans la manière dont il confronte la vision occidentalisée d’Arash aux réalités locales.

Enfin, avec Rêve et silence (Sueño y silencio), Jaime Rosales poursuit son exploration des procédés formels contemporains : après le split-screen de La Soledad et les téléobjectif et absence de dialogues d’Un tir dans la tête, voici le noir et blanc hiératique. De fait, l’Espagnol, pour accompagner cette histoire de deuil au sein d’une famille ibérique installée à Paris, utilise des longs plans mutiques en alternant filmage de très loin et plans serrés dans lesquels ses personnages se trouvent hors-champ ou bord-cadre. À nouveau très exigeant, un tel procédé a pu rebuter plusieurs spectateurs et frise l’effet de style avec ses partis pris de mise en scène assez appuyés ; néanmoins, la sobriété de l’ensemble et des ellipses bienvenues permettent de se concentrer sur la reconstruction familiale. Centré sur un personnage, en mettant un autre à l’écart et se faisant plutôt à charge envers un troisième, le film montre que ce travail de deuil ne passe pas nécessairement par une complète cohésion.

Autres reprises de la Quinzaine des Réalisateurs :
- du 8 au 14 juin 2012 : Rome
- du 13 au 20 juin 2012 : Milan
- du 20 au 27 juin 2012 : Cinémathèque royale de Bruxelles

Dates de sortie :
- Adieu Berthe - L’enterrement de Mémé : 20 juin 2012
- Camille redouble : 12 septembre 2012
- Rêve et silence : 3 octobre 2012
- Une famille respectable : 31 octobre 2012
- No : 6 mars 2013

François Bousquet
le 13/06/2012

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