Resisting The Present

 date

du 09/03/2012 au 08/07/2012

 salle

Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris,
Paris

 appréciation
 tags

Gianfranco Rosi / Héctor Zamora / Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris / Nicolás Pereda / Tercerunquinto

 liens

Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris

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Initialement programmée l’an dernier, Resisting The Present avait été repoussée, comme l’ensemble des manifestations de l’année du Mexique en France, à la suite des prises de position des responsables politiques français dans l’affaire Florence Cassez. C’est donc un an après, dans un climat plus apaisé, que se tient cette exposition collective qui ambitionne de présenter vingt-quatre artistes mexicains actifs depuis les années 2000. Ce type de proposition générationnelle conduit nécessairement à une impression de catalogue, reliant entre eux des plasticiens n’ayant pas forcément de point commun ; pour autant, cette fois-ci, on retrouva quelques lignes de force d’une œuvre à l’autre. Toutefois, sans être spécialistes du Mexique, les quelques films vus ces derniers temps (le tout récent Miss Bala, par exemple) ou les dossiers lus dans les journaux et magazines, nous présentent déjà les contours d’un pays dont, par conséquent, nous ne sommes pas certains d’avoir appris grand-chose avec Resisting The Present.

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Arturo Hernández Alcázar - Papalotes negros (Ave de Mal Agüero) / Black kites (Bird of ill omen)
(courtesy de l’artiste)

Ainsi, pas de surprise de voir des artistes relater la violence qui règne dans leur pays (l’installation d’Arturo Hernández Alcázar : cerfs-volants couverts de pigment « noir de fumée » et retenus par des pierres provenant de l’effondrement d’un immeuble) et qui touche régulièrement les enfants : dessins réalisés par Ilán Lieberman à partir de petites annonces de parents ayant perdu leur enfant ou documentaire de Nicolás Pereda où il recueille la parole de deux amis d’un garçon mort après une chute en montagne. Cette violence trouve souvent sa genèse dans le narcotrafic auquel renvoient le film de Natalia Almada sur un cimetière dans lequel les plus belles tombes sont celles des trafiquants, celui de Gianfranco Rosi où il filme la confession d’un trafiquant et celui d’Edgardo Aragón où il retrace le voyage de son père qui passait de la drogue aux Etats-Unis.

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Marcela Armas - I-Machinarius
(courtesy de l’artiste et Arróniz Arte Contemporáneo, Mexico)

Précisément, le rapport du Mexique avec son voisin américain constitue, logiquement, une source d’inspiration d’autres créateurs : Bayrol Jiménez et ses dessins muraux, Minerva Cuevas et ses sortes de vestiges d’une marche le long du Rio Bravo, cette frontière naturelle entre les deux pays. La plus probante des trois, Marcela Armas accroche au mur une chaîne métallique dont les maillons sont gorgés de pétrole, les rendant suintants ; en vérité, cette chaîne dessine une carte du Mexique à l’envers, faisant alors couler le pétrole vers les Etats-Unis.

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Tercerunquinto - No hay artista joven que resista un cañonazo de 50,000 dólares
(courtesy des artistes)

Secoué par la violence, gangréné par le narcotrafic, sous influence états-unienne, marqué par son passé précolombien (la sculpture en papier mâché de Marian Castillo Deball) le Mexique se trouve par conséquent complètement désorienté comme l’illustre la rose des vents à base de manches à airs réalisée par Héctor Zamora. Une pointe de décalage naît avec cette œuvre, qu’on retrouve, poussée jusqu’à l’ironie, dans le travail de Tercerunquinto. Le collectif part d’une phrase traitant de la corruption dans l’armée (« Il n’y a pas de général qui résisterait à 50 000 pesos ») pour évoquer l’attrait de l’argent des artistes contemporains (« Il n’y a pas de jeune artiste qui puisse résister à un coup de canon de 50 000 dollars ») et percer l’un des murs du Musée d’art moderne avec l’inscription « USD 50 000 ».

Néanmoins, nonobstant la qualité de cette pièce, ce n’est pas non plus celle-ci qui nous apprend quelque chose sur le Mexique. Dans ce contexte, on salue avec bienveillance une proposition qui sort de ces thématiques connues, comme celle d’Adriana Lara qui filme des adolescents visitant une exposition constituée de fausses œuvres d’art. Trop isolée, cette œuvre souligne, en creux, les limites du reste d’une exposition en toute hypothèse inférieure à celle présentée à la Maison Rouge il y a trois ans et qui avait su aller au-delà d’une approche générationnelle et uniquement mexicaine.

François Bousquet
le 03/07/2012

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