Festival Courtoisie #2

 date

du 27/06/2012 au 08/07/2012

 tags

Julien Alins / Pablo Garcia / Pierre Clément / Point de Fuite

 liens

Point de Fuite
Pierre Clément
Julien Alins
Pablo Garcia

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Le Festival Courtoisie a pour vocation d’investir des cours intérieures d’hôtels particuliers du vieux Toulouse afin d’y présenter des créations contemporaines de jeunes artistes de la région. C’est l’association Point de Fuite qui est derrière ce projet, rassemblant un groupe d’étudiants qui tout au long de l’année organisent des projets artistiques.
Cette année il existait un lien étroit entre cette deuxième édition de Courtoisie et les Siestes Électroniques puisque le concert de Nils Frahm, inauguration du festival musical, se déroulait dans la cours intérieure de l’Hôtel de l’Archevêché et figurait dans la liste des événements du Festival Courtoisie.

Si le festival est balisé par quelques événements (concerts, visites parcours, conférences), c’est surtout l’occasion de présenter des œuvres contemporaines dans un cadre atypique, au cœur de la ville, au plus près de ses habitants, dans l’intimité des cours intérieures, lieux cachés, privés, qui se retrouvent ouvert durant une dizaine de jours.
Cette année ce sont cinq cours, et donc cinq œuvres qui sont éparpillées dans la ville. Muni de notre plan, nous voici parti à la recherche de ces petits trésors.

On distinguera globalement deux types d’approches : d’une part les artistes qui jouent le jeu de la proximité en créant des pièces en harmonie avec le lieu et son histoire, et d’autre part ceux qui jouent la rupture ou qui ne cherchent pas particulièrement à s’inscrire dans le lieu.

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Julien Alins

On commencera dans la cours de l’Hôtel de Boysson-Cheverry où Julien Alins part du drapeau occitan qui fait partie des lieux, pour en faire des déclinaisons et combinaisons, en se limitant aux couleurs primaires. Alors qu’il pénètre dans la cours, le visiteur ne voit rien de particulier. Il faut lever les yeux pour voir ces drapeaux flotter dans les airs, et si l’on n’était pas venu dans le cadre du festival Courtoisie on n’aurait certainement pas réalisé qu’il s’agissait là d’une œuvre d’art, détournant les codes régionaux.
On poursuit notre chemin par la rue Croix-Baragnon où se trouve l’Hôtel Thomas de Montval. Une cours sublime, arcades d’un côté, palmier au centre, avec déjà un petit air de dépaysement. Pablo Garcia nous propose ici une expositions de photographies stéréoscopiques. Six supports, croisements entre vieil appareil photographique et robots, présentent des photos d’animaux et objets ramenés de l’époque coloniale. Les photos sont ici tellement dans le cadre que l’on se surprendra parfois à regarder derrière l’appareil, pour voir si ce crocodile ou cette statue ne sont pas réellement présents dans la cours de l’hôtel.
On arrive ensuite place Saint-Scarbes, à l’Hôtel du Bourg où exposent Marion & Julie Brusley du Collectif In Out. Le lieu a moins de charme, il apparaît plus modeste. En entrant dans la cours, on ne voit qu’un tas de bois, disposé en son centre, comme une réserve de bois de chauffe partagée entre chacun des résidents. Et puis en faisant le tour de l’œuvre, on réalise qu’une partie est façonnée, reprenant des détails architecturaux des bâtiments. Une pièce qui met donc l’accent sur la cours comme lieux de partage mais montrant aussi l’importance de la main de l’homme qui a transformé les lieux. Les propriétaires de cet hôtel ont toujours été proche de la scène artistique, ils ont fait du mécénats, et certains logements sont maintenant des ateliers d’artistes.

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Marion & Julie Brusley (Collectif In Out)

On descend ensuite la rue Perchepinte (où se trouve l’Hôtel de l’Archevêché où se produisait Nils Frahm) puis la grande rue Nazareth pour arriver à l’Hôtel Bertrandi qui abrite le foyer de jeunes travailleurs Espérance et l’installation de Bertrand Arnaud & Juliette Chapelier. L’espace est plus grand, plus ouvert, tout en longueur. En entrant, on voit d’abord un grand panneau, genre 4mx3m, avec une immense photo d’un œil. En se rapprochant, on devine un masque de pierre au sein de l’iris, et en faisant le tour on découvre l’autre panneau qui lui fait face, simplement pourvu d’un film-miroir. Échange de regard, intimité créée par les quelques centimètres qui séparent les deux panneaux, on verra cette installation comme un espace dans l’espace, comme la cours est un espace, à moitié fermé, dans un autre espace qu’est la ville. Autant de cours, autant de regards.

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Pierre Clément

Pour finir on remonte la rue du Languedoc et on bifurque vers la rue Joutx-Aigues afin de rejoindre l’Hôtel de Rességuier investit par Pierre Clément. Au milieu d’une cours de toute beauté, une forme noire et brillante, géométrique comme un cristal, entourée de néons sur sa base. On pense à un OVNI, une météorite, on imagine cette cours chargée d’histoire, toute de brique sur laquelle la nature tente de reprendre ses droits et ses habitants qui, un matin découvrent l’objet venu d’ailleurs. Simplicité, épure des lignes et beauté n’ont d’égal que le contraste saisissant entre l’œuvre et le lieu, mais un contraste qui est aussi la force de cette pièce qui est le point d’orgue de cette tournée des cours d’hôtels particuliers.

Un petit festival susceptible de toucher le plus grand nombre, entre les amateurs d’arts contemporains bien sûr, mais aussi les touristes et toulousains avec un parcours qui permet de redécouvrir la ville de façon originale.

Fabrice ALLARD
le 30/06/2012