Paris Cinéma 2012 - Compétition internationale

 date

du 29/06/2012 au 10/07/2012

 salle

Mk2 Bibliothèque,
Paris

 tags

Festival Paris Cinéma 2012 / Mk2 Bibliothèque

 liens

Festival Paris Cinéma 2012

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Concurrencé cette année par le Champs-Élysées Film Festival, tenu début juin sur la célèbre avenue et sorte de réminiscence du mélange glamour-grosses machines cinématographiques qu’était le Festival du Film de Paris, Paris Cinéma perdure tant bien que mal. Avec ses huit longs-métrages, majoritairement venus de la Berlinale (cinq d’entre eux, dont Our Homeland, vu il y a quelques semaines au Goethe Institut) ou de la Mostra de Venise (deux autres), le festival ambitionne de présenter un panorama resserré de la production actuelle. Au sein de celle-ci, dont on relèvera l’absence (plutôt rare) de films français et de films anglophones, les programmateurs ont sélectionné des longs-métrages portés sur les premiers et les derniers âges de la vie.

La vieillesse face à la mort et aux souvenirs

En compétition à la dernière Berlinale, salué par une critique enthousiaste (qui lui décerna d’ailleurs le Prix de la FIPRESCI), Tabou était reparti sans prix majeur, le jury préférant, on y reviendra, des longs-métrages à contenu historico-politique. Pourtant, ce troisième film de Miguel Gomes se place, en creux et dans sa seconde partie, dans un tel positionnement ; auparavant, il aura fallu suivre la vie quotidienne d’une octogénaire en fin de vie dans le Lisbonne d’aujourd’hui. Aux côtés de sa femme de chambre et d’une voisine attentionnée, Aurora se fait plus acariâtre que pondérée dans un volet peu passionnant. Dans la seconde moitié de son film, le réalisateur portugais prend une ampleur certaine en exilant son récit au Mozambique par le biais d’un flash-back revenant sur les amours illégitimes d’Aurora dans les années 1950, et leurs liens avec la politique locale et la décolonisation du pays. Au-delà du travail sur l’image (tout est filmé en noir et blanc, sur du 35mm pour Lisbonne, en super-8 en Afrique), le travail sur le son se fait particulièrement probant. Dans la partie mozambicaine, l’atmosphère et les bruits de la nature sont ainsi conservés mais les dialogues et autres interactions humaines sont ôtés, pendant qu’une voix off s’occupe de la narration, dans un geste de distanciation entre roman-photo et mécanisme de remontée à la surface des souvenirs enfouis.

Nettement moins ambitieux, Une Vie simple (Tao Jie) suit scrupuleusement le programme que laissait augurer son titre : la petite peinture poétique du quotidien d’une aide-ménagère septuagénaire, ses rapports avec l’homme qu’elle a élevé comme son fils ou ses difficultés de santé ne réservent nulle surprise et nulle prise de risque. Les liens tellement emplis d’humanité entre les deux personnages, la bonté des uns et des autres et le bonheur de cette « vie simple » se trouvent magnifiés par la plate réalisation de la Hong-Kongaise Ann Hui et ont logiquement touché le cœur d’une majorité des spectateurs qui lui décerna le Prix du public. Restent néanmoins un jeu convaincant des deux principaux comédiens (Andy Lau et Deanie Ip) ainsi que l’apparition plutôt réjouissante de Tsui Hark dans son propre rôle de réalisateur outrageusement exigeant.

La jeunesse face à la violence et à la guerre

Film d’animation coréen passé quasiment inaperçu à la Quinzaine des Réalisateurs cannoise, The King Of Pigs (Dae gi eui wang) part des retrouvailles de deux trentenaires pour revenir sur leurs années de collège : ils y faisaient l’objet de brimades répétés des caïds de la classe jusqu’à ce qu’un autre camarade prenne leur parti et les défendent, dans une montée singulière de violence. Avec un peu de complaisance propre à ce type de projet, Yeun Sang offre un film marqué par une animation saccadée qui correspond bien au propos général, rejoignant les échanges heurtés des protagonistes. Néanmoins, cette absence de fluidité peut aussi rendre difficile l’adhésion au film, d’autant plus qu’elle est combinée avec quelques effets assez lassants : ralentis, zooms, musique insistante.

Très bien primé à la Berlinale (Ours d’argent), Just the Wind (Csak a szél) y a certainement touché les jurés par son sujet : l’assassinat de plusieurs familles tziganes, en 2008, par des extrémistes hongrois bien décidés à ne pas se laisser « envahir ». Dans le contexte européen actuel (remise en cause des roms l’an passé en France, arrivée au pouvoir de l’extrême-droite en Hongrie), le film a également marqué le jury parisien qui lui décerna son Prix. Si son propos est assez inattaquable (on ne peut que le suivre quand il dénonce de tels agissements), la forme de ce long-métrage pose de réelles questions, surtout qu’on était resté sur une très bonne impression de Bence Fliegauf avec son Dealer vu en 2004. Cette fois-ci, un carton nous annonce d’entrée que des assassinats ont été perpétrés, tuant des dizaines de tziganes ; partant, quand la caméra suit chacun des membres d’une même famille, et plus particulièrement les deux enfants, on sait qu’il y a de fortes chances que quelque chose leur arrive. Le suspense malsain ainsi mis en place, cette forme de chantage à l’émotion, dans l’attente de cet événement, se trouve, de plus, renforcé par un filmage au plus près des corps, rendant encore plus mystérieux le large hors-champ alors généré.

Même attachement à un contenu fort et poignant avec Rebelle de Kim Nguyen, et même regard bienveillant du jury berlinois l’hiver dernier (Prix d’interprétation pour son héroïne) sur ces deux années passées aux côtés de Komona, enfant-soldat en Afrique noire. Avec un tel matériau de départ, le réalisateur canadien enchaîne des développements plutôt attendus : enrôlement à douze ans de la jeune fille qui se trouve mariée à un jeune combattant puis engrossée à treize ans par le commandant de son bataillon avant d’être mère à quatorze ans. Ballottée entre les mains des différents rebelles, Komona met à profit ses visions prédicatrices de fantômes pour rester en vie et se rendre indispensable. Pour illustrer cette histoire forcément très dure, Kim Nguyen a recours au traditionnel quota de scènes difficilement soutenables (meurtres d’enfants, assassinat de leurs parents…) et croque des méchants diablement méchants.

Enfin, c’est toute une famille qui vit dans l’inquiétude dans Derrière la Colline (Tepenin Ardi) puisque des coups de feu se font entendre et que des chèvres sont tuées sans mobile réel. Aussi, le patriarche, Faik, son métayer, son fils et ses petits-fils, entreprennent de monter la garde autour de leur maison plantée au pied des collines rocheuses. Dans un univers où la femme n’est bonne qu’à cuisiner les côtelettes, peler les pommes et préparer le thé, les hommes vont évoluer dans la peur des nomades, ennemis invisibles dont on se demande même s’ils existent seulement ou s’ils ne sont pas plutôt la projection fantasmée de cette petite communauté repliée sur elle-même. En toute hypothèse, cette étrangeté s’avère le point fort du film du Turc Emin Alper, nettement plus que la lenteur contemplative qui irrigue une bonne partie de ce premier long-métrage.

Dates de sortie :
- Rebelle : 28 novembre 2012
- Tabou : 5 décembre 2012
- Derrière la Colline : 10 avril 2013
- Une Vie simple : 8 mai 2013
- Just the Wind : 12 juin 2013

François Bousquet
le 16/07/2012

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