Ad Noiseam Showcase : Hecq / Enduser / Subheim / Igorrr / The Outside Agency

 date du concert

28/09/2012

 salle

Batofar,
Paris

 tags

Ad Noiseam / Batofar / Enduser / Hecq / Subheim

 liens

Hecq
Ad Noiseam
Batofar
Enduser
Subheim

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Après avoir fêté sa décennie d’existence il y a un peu plus d’un an, Ad Noiseam revient à Paris et investit à nouveau le Batofar. Déjà à l’époque l’embarcation avait été décemment secouée, mais ce week-end, ce sont des figures particulièrement intéressantes qui font escale sur la Seine : en tête Enduser et Hecq. Avec eux, Igorrr, The Outside Agency et surtout Subheim, qui livre son premier concert en France. Les représentants de cette scène gravitant entre l’indus et l’expérimental, l’electronica et les musiques extrêmes, se font trop rares à Paris, mais lorsqu’elles ont lieu, ce genre de nuits remplit généralement ses promesses.

La soirée s’étalant du plus doux au plus dur, c’est Subheim qui langoureusement ouvre la danse. Ce natif d’Athènes a acquis la place respectée et singulière d’un compositeur qui s’émancipe des étiquettes, qui convoque l’onirique et les émotions brutes. Un drone inonde la cale et Kostas Katsikas ouvre son live sur Streets, extrait de No Land Called Home paru il y a deux ans sur le label qu’on célèbre ce soir. Amples et graves, les boucles avancent et refluent comme des vagues, les basses ondoient et l’écrin mélodique soulève le cœur. Aux confins du downtempo et d’un trip-hop chimérique et noir, la musique de Subheim voit en live son aspect émotionnel et enveloppant décuplé. Les barils qui servaient de percussions lors de sa prestation à Oberhausen en 2010 ont maintenant disparu, mais c’est surtout Katja qui manque. Progressivement, le ton change. Ce que le musicien propose alors nous est étranger. La rythmique gagne en élasticité, les couches mélodiques se défont de l’esprit d’urgence et de désespoir que l’on retrouve si souvent dans ses compositions. On pense à de la dub-techno, mais sans le dub, ni la techno. Cela semble donc relativement difficile à expliquer, mais sonne de manière très engageante. Une chose est sure, on vient d’écouter de nouveaux travaux, ceux qui appartiendront au troisième album de Subheim, celui dont on entend parler depuis un an et qu’on attend très fort.

C’est au tour de Hecq de prendre la main. Depuis une paire d’années, le sound-designer institué maître de l’ambient et de l’IDM minimaliste a choisi d’inclure une lourde dose de violence dans sa musique. Avec Avenger chez Hymen et les EPs Sura puis Enceladus chez Ad Noiseam, l’homme s’oriente vers ce qu’on pourrait, pour faire court, qualifier de dubstep. Techniquement et dans l’absolu, on est bien au delà de cela. Un live de Hecq confirme l’unicité de sa façon de traiter les sons. Si les infra-basses dégorgent, les breaks cinglent l’atmosphère moite à la manière d’un ballet de lames. Ben Lukas Boysen frôle le breakcore, embrase la salle de fractures rythmiques sèches et terriblement complexes, sans éluder un seul instant son talent mélodiste.
Si nous loupons hélas une partie de ce concert et du suivant, c’est pour découvrir en réintégrant la salle les loopings effrénés et vicieux d’Enduser. L’Américain délivre un condensé rachitique de breakcore et de drum’n’bass dont les effets sur le corps s’avèrent très vite étourdissants. La qualité de la découpe du beat, auréolé de nappes suaves, compactes et obsédantes, rappelle que l’on a bien l’auteur du splendide Even Weigth en face de nous. Sauf que... l’enveloppe évolue et voilà que des vocaux ragga envahissent l’espace en guise de toile de fond. On restera très circonspect face à ce détour pour le moins inattendu. Définitivement, ce n’est pas l’heure des reprises de Jarboe. Elle est cependant bien avancée, et la salle étourdie pogote à qui mieux mieux sous les bouffées éruptives d’Igorrr. C’est aussi le moment de faire une légère pause.

C’est de The Outside Agency que viendra l’uppercut final. Malgré une habitude tenace de se maintenir prudemment à distance de toute sonorité binaire et brutale, on sortira convaincu par le duo Hollandais bien représentatif d’une certaine scène hardcore du nord de l’Europe. Il faut dire que Eye-D et Dj Hidden ne sont pas n’importe quels producteurs. A ce dernier on doit notamment quelques uns des plus beaux essais de drum’n’bass actuelle (The Words Below notamment), et ce soir les deux jouent ce qui constituera leur troisième album, qui arrive cet automne. Le son tape franc et dur, et on perçoit avec plaisir certaines traces de l’identité de DJ Hidden, particulièrement dans les respirations. Difficile d’expliquer cette exaltation tardive, une exceptionnelle bonne humeur peut-être. Toujours est-il qu’il est 5h30 et qu’on serait bien resté encore quelques heures de plus.

Manon Torres
le 02/10/2012

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