Bad Sector / KnifeLadder / Cent Ans De Solitude

 date du concert

06/10/2012

 salle

Zèbre de Belleville

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Au-delà du Silence / Bad Sector / Cent Ans de Solitude / Zèbre de Belleville

 liens

Zèbre de Belleville
Bad Sector
Au-delà du Silence
Cent Ans de Solitude

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Samedi, alors que la Nuit Blanche déversait son lot de parisiens dans les rues, un événement plus confidentiel se tenait au Zèbre de Belleville. Organisé par l’équipe d’Au-delà du silence, la soirée Kosmo Kino Plaza – Cycle V : Voyages au centre de l’éther conviait Cent Ans De Solitude, KnifeLadder et Bad Sector. L’esprit s’annonce expérimental, naviguant de l’industriel au dark ambient et se place en partie pour nous, sous le signe de la découverte.

Avec ses balcons massifs et ses guirlandes d’ampoules, le Zèbre a des allures de cirque hors du temps. Sur la scène est disposé un matériel hétéroclite composé de tréteaux, de tiges, de lames, de ressorts métalliques. Sur l’écran qui surplombe, des images de processus industriels et une voix décrivant le constructivisme russe. Une nappe s’élève et Jean-Yves Millet alias Cent Ans De Solitude entame son live par le lent frottement d’une longue tige de métal sur une plaque. Les contacts étant amplifiés, chaque friction vient construire et structurer les pièces blafardes jouées par l’artiste. Sa prestation flirte avec les musiques bruitistes, la performance, et peut se résumer par l’idée, joliment paradoxale, de dark ambient acoustique. Parfois l’homme se scotche les capteurs sur le torse et c’est son propre corps qui donne vie à une rythmique sourde et tordue. Si l’amorce décrit des sons puissamment désincarnés, des éléments mélodiques pénètrent progressivement l’ensemble. Il est un moment de grâce durant lequel il lâche le long de tiges verticales des rondelles qui, en tournoyant jusqu’au sol, produisent d’étonnantes boucles sonores. Dans un même temps, les mouvements qu’il tire d’un cylindre dentelé dessinent une poignante et soudaine mélodie. Les volutes musicaux vont et s’effacent, se dissolvent dans les crissements de fers et autres écorchures pour tympans sensibles qui émanent de brusques martèlements sur une plaque rouillée. On peut parler d’une expérience rare.

Le temps de s’en remettre et KnifeLadder a investi la scène. Le trio anglais se présente comme une formation basse-batterie-machines façon bouchers chamaniques. En effet, chacun porte une chemise blanche et un tablier de plastique noir, et le visuel consiste en la diffusion du documentaire Divine Horsemen : The Livings Gods of Haiti, traitant de la possession et des rituels vaudous haïtiens. Autant dire que poulets et chèvres ne seront pas épargnés. Leur live sera physique, industriel, tribal, ponctué de vocaux entre le spoken word et l’incantation. Martial et impétueux, le jeu de batterie charpente les titres, appelant à la transe, tandis que le travail électronique baigne la salle de strates grinçantes, rêches, infernales. Si le groupe et sa musique, frôlant le néo-folk et le dark ambient, sont loin d’être indigne d’intérêt, on aura tout de même un peu de mal à s’estimer transcendé.

L’audience, alerte à l’imminence du live très attendu de Bad Sector, observe Massimo Magrini s’installer derrière ses machines. Cela fait 6 ans que ce ponte en matière de musique expérimentale et d’ambient qui se produisait récemment aux côtés de Lustmord, n’a pas joué à Paris. La vidéo fait défiler des chiffres et Bad Sector happe l’attention et l’âme. La grande particularité de ses lives réside dans son utilisation de contrôleurs de mouvements (un casque et un boitier qu’il anime en approchant ses mains) qui, par le biais d’algorithmes, génèrent une batterie de sonorités, conférant au personnage une légère allure de prestidigitateur. Tandis que les nappes imprègnent l’espace, l’artiste entame une saisissante démonstration de séquençage, manipulant les signaux, échantillonnant le bruit et découpant des fragments de murmures. Si ses influences – et sa formation - versent dans les mathématiques, la biologie, l’informatique, sa musique exhale une mélancolie à couper le souffle. Lorsqu’il joue Hands, extrait du sublime Chronoland, son dernier album, il n’y a plus qu’à se mordre les lèvres et se cramponner à sa bière. Les drones exercent de lents mouvements de va-et-viens, un chuchotement semble chercher à éclore et trois notes translucides achèvent de serrer le cœur. Sur l’écran, les chiffres forment des chaînes de nucléotides. De ce live somptueux, le public sort avec le cerveau dans les étoiles. Jonglant aussi bien avec les séquences que les émotions, Bad Sector et la soirée en général ont engourdi un petit bout de Paris, la Nuit Blanche fut sombre au Zèbre de Belleville.

Manon Torres
le 10/10/2012

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