Le Retour

 auteur

Harold Pinter

 metteur en scène

Luc Bondy

 date

du 18/10/2012 au 23/12/2012

 salle

Théâtre de l’Odéon,
Paris

 appréciation
 tags

Harold Pinter / Théâtre de l’Odéon

 liens

Théâtre de l’Odéon

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Après Les Beaux Jours d’Aranjuez, Luc Bondy continue de programmer ses propres mises en scène au Théâtre de l’Odéon et s’intéresse à présent à Harold Pinter, dans un geste nettement plus ample qu’avec la pièce d’Handke : plus de deux mois de représentation, dans un décor fouillé et avec une distribution très identifiable (Bruno Ganz, Emmanuelle Seigner, Pascal Greggory, Louis Garrel, Micha Lescot et Jérôme Kircher).

Écrite au milieu des années 1960, Le Retour s’attache à une famille masculine dans le Swinging London (on entend My Generation et Sunny Afternoon) : le septuagénaire Max vit avec ses deux fils cadets et son frère Sam, dans des conditions plutôt modestes, quand Teddy, son fils aîné, installé aux Etats-Unis comme maître de conférences en philosophie, profite d’un séjour en Europe pour présenter sa femme que personne ne connaissait alors. Au départ intrigués ou sur la réserve, les quatre hommes vont voir leurs sentiments à son égard évoluer vers davantage de désir et de volonté d’écrasement.

Bien que Pinter s’en soit défendu, considérant sa pièce comme quasi-féministe (selon lui, c’est Ruth qui manipule les hommes plutôt que l’inverse), on ne put s’empêcher d’être extrêmement gêné par la dimension profondément misogyne du propos général. De fait, il nous a bien semblé que le personnage de Ruth, et toutes les femmes à travers elle, soit considérée comme une « traînée », une « roulure », une « prostituée » (voire d’autres termes plus injurieux) et qu’au moment où elle est censée dominer les hommes et mener le jeu, elle s’avère vénale, cupide et préoccupée par son confort matériel. S’il ne s’agit pas de proscrire, par principe, tel ou tel angle dramaturgique, on peut néanmoins éprouver un certain embarras face à une charge aussi prononcée.

Pour servir le texte du Britannique, Luc Bondy livre une mise en scène fidèle au contexte d’alors (mobilier, costumes, absence d’anachronisme et d’échos contemporains) mais marquée par une direction d’acteurs plutôt surprenante. Alors qu’il bénéficie d’une distribution assez grand-public, le Suisse semble ne pas l’assumer et souhaiter rendre méconnaissable la moitié de ses comédiens : Pascal Greggory est affublé d’une perruque et d’une bedaine grotesques, Louis Garrel, cheveux coupés court, exhibe régulièrement sa musculature (à l’encontre de ses rôles habituels de jeune littéraire romantique), la coupe et la voix de Micha Lescot le transforment. Précisément, le léger chuintement de ce dernier, conjugué à l’accent germanique de Bruno Ganz rendent même, par moments, difficile la saisie d’un texte alors couvert par les bruits d’ambiance.

Moins anecdotiquement, Luc Bondy opte aussi pour une forme d’infantilisation des personnages des deux frères de Teddy (Louis Garrel et Micha Lescot) : dans leurs mimiques, tonalités de voix, dégaines et rapport au père, ils s’approchent davantage de l’adolescence que de la trentaine. Comme, en parallèle, Max est traité comme un vieillard et que Teddy est à peine esquissé, ces différents partis pris de mise en scène n’ont pas aidé la préhension d’une pièce dont, encore une fois, la morale générale nous pose, en toute hypothèse, sinon problème, du moins question.

Autres dates :
- 14 et 15 janvier 2013 : Grand Théâtre de la Ville du Luxembourg
- du 23 au 25 janvier 2013 : Schauspielhaus - Zürich
- du 31 janvier au 2 février 2013 : Théâtre National de Toulouse
- du 6 au 10 mars 2013 : Théâtre National de Nice
- du 18 au 27 mars 2013 : Théâtre National de Bretagne - Rennes
- du 4 au 6 avril 2013 : Maison de la culture de Grenoble
- du 8 au 12 mai 2013 : Piccolo Teatro di Milano / Teatro d’Europa
- du 18 au 24 mai 2013 : Wiener Festwochen, Vienne

François Bousquet
le 20/12/2012

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