La Compagnie des Spectres

 auteur

Lydie Salvayre

 metteur en scène

Zabou Breitman

 date

du 12/10/2012 au 06/01/2013

 salle

Théâtre de la Gaîté Montparnasse,
Paris

 appréciation
 tags

Lydie Salvayre / Théâtre de la Gaîté Montparnasse

 liens

Théâtre de la Gaîté Montparnasse

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Créée il y a deux saisons, la déclinaison théâtrale du roman de Lydie Salvayre a depuis beaucoup tourné et connaît cet automne sa troisième salle francilienne. Construite en monologue, la pièce met en vérité aux prises trois personnages : Louisiane, jeune femme vivant chez sa mère, Rose, dans un petit appartement de banlieue qui se trouve visité par un huissier de justice, venu faire un état avant saisie des biens des deux femmes. Alors qu’il commence son inspection, l’auxiliaire de justice est vertement apostrophé par Rose (« c’est Darnand qui t’envoie ? »), point de départ d’un récit remontant au printemps 1943 et à l’assassinat du frère de Rose par deux jeunes miliciens. Marquée à vie par cet événement, survenu alors qu’elle avait 16 ans, la mère n’en finit plus de ressasser cette période et voit Darnand, chef de la milice, et le « maréchal Putain » partout.

La sincérité et le caractère évidemment poignant de l’entreprise, en roman ou sur scène, permettent de passer sur quelques approximations historiques (tel cet imaginaire « Parti national-fasciste » français) et facilités d’écriture (comme ce récurrent mélange de styles direct et indirect dans la même phrase). En revanche, le grotesque de la situation, les ruptures de langage et le fait qu’on passe de propos grossiers à des citations d’Epictète permettent de dédramatiser le lourd contenu de la pièce, y compris quand il s’agit de relater comment la mère de Rose a été rudoyée par les policiers protégeant l’Hôtel du Parc alors qu’elle était venue quémander audience au maréchal. En face de Rose, la figure de l’huissier, exécutant silencieux, entre en résonance évidente avec les fonctionnaires de l’époque, d’autant plus que le roman de Lydie Salvayre avait été publié à la rentrée 1997, soit quelques semaines avant l’ouverture du procès de Maurice Papon.

Pour servir ce texte, la mise en scène joue sur l’énergie déployée par Zabou Breitman, qui réalise celle-ci, ainsi que l’adaptation du roman. En mouvement quasi-continu, interprétant tous les personnages, sautant du passé au présent, montant et descendant de la tournette bricolée figurant l’appartement-capharnaüm, jouant sur tous les registres narratifs, mais sans verser dans le démonstratif, la comédienne fait véritablement vivre cette histoire et les spectres qui la hantent.

Quelques mots enfin, au risque de paraître sectaires, sur les conditions de représentation dans un théâtre privé qu’en adeptes du théâtre public, nous ne fréquentons qu’une fois tous les trois ou quatre ans. Si le personnel est indéniablement efficace et agréable, on regrettera l’absence de programme de salle, nonobstant le prix élevé des places, le fait que les ouvreurs-placeurs ne soient rémunérés qu’au pourboire, et surtout l’attitude du public. Avides de têtes d’affiche, les spectateurs bruissent de contentement quand la personnalité apparaît et vous envoient un regard noir si vous ne daignez pas applaudir avec ferveur ou vous lever pour saluer comme il se doit la performance du soir. Autant de petits éléments qui, malheureusement, ternissent un peu la réception du spectacle.

François Bousquet
le 06/12/2012