Les Dérives de l’Imaginaire

 date

du 28/09/2012 au 07/01/2013

 salle

Palais de Tokyo,
Paris

 appréciation
 tags

Évariste Richer / David Hominal / Dove Allouche / Matthew Buckingham / Palais de Tokyo / Pierre Vadi / Raphaël Zarka / Rodney Graham / Seth Price / Stephen Prina

 liens

Palais de Tokyo

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Après la Triennale qui a occupé tout l’espace du Palais de Tokyo l’été dernier, c’est le moment d’entrer véritablement dans la programmation voulue par Jean de Loisy, nouvellement en charge du centre d’art. Depuis sa réouverture et son agrandissement (on y revient en fin de chronique), le lieu peut proposer plusieurs expositions simultanées et fait donc le choix d’offrir, en cet automne, deux propositions collectives et huit (!) monographies (sans compter les modules et interventions plus ou moins pérennes sur le bâtiment). C’est dans l’espace traditionnel (dit du « niveau 2 », soit celui qu’on aborde en entrant par l’Avenue du Président Wilson) que la grande thématique se déploie, curatée par Julien Fronsacq, et attachée à un travail sur la cartographie et la représentation des espaces.

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Raphaël Zarka - La Seconde Déduction de Sharp
(courtesy de l’artiste et Galerie Michel Rein)

Ainsi sont abordés des lieux imaginaires, comme ceux que pourrait topographier Raphaël Zarka grâce à ses planches de contre-plaqué perforées ou qu’explore la vidéo de David Hominal qui parcoure certes un endroit bien réel (l’atelier de l’artiste) mais vu de très près puisque la caméra est à « hauteur de main ». Mais, majoritairement, il s’agit plutôt de renseigner des endroits symboliques et connus, à l’image du diaporama sur Brooklyn réalisé par Matthew Buckingham, de l’atlas du ciel en miroir inversé qu’Évariste Richer associe à l’Enfer, malicieusement représenté par une grande étoile, ou des égouts de Paris et leurs déversoirs d’orages transposés par héliogravure sur des plaques de cuivre par Dove Allouche. La démarche ne se situe ainsi jamais très loin d’une forme d’approche documentaire concrétisée par William E. Jones avec sa série de photographies des minorités hispanophones de Los Angeles, Rodney Graham et sa captation de la ville d’Aberdeen (ville natale de Kurt Cobain dont le plasticien est fan) ou John Miller et ses clichés pris au milieu du jour.

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Pierre Vadi - Portique du Gouvernement du Monde depuis la Montagne Noire
(courtesy de l’artiste et Ribordy Contemporary, Genève)

Quels que soient les espaces concernés, il convient parfois d’utiliser certains outils ou franchir certains seuils pour pouvoir y entrer. Pour nous aider dans cette entreprise, Pierre Vadi place au milieu d’une grande salle un Portique du Gouvernement du Monde depuis la Montagne Noire, croisement entre art est-asiatique et résidu calciné post-apocalyptique. Mais les déambulations et parcours peuvent aussi se faire via des chemins plus hasardeux tel celui qui amène la corde moulée sous vide de Seth Price à prendre la forme qu’elle a. En outre, montrant peut-être les limites de la proposition globale, la cartographie peut ne pas être uniquement spatiale mais aussi temporelle, reliée à une époque comme nous le propose Stephen Prina et son horloge diffusant toutes les heures un tube de l’année 1993.

Quelques mots, pour terminer, sur le « nouveau » Palais de Tokyo. Au-delà de la forme de gigantisme du lieu reconfiguré (deux niveaux supplémentaires, donc), déjà soulignée (plutôt en mauvaise part) dans la presse, on ne peut s’empêcher d’émettre quelques réserves : programme de visite payant, absence totale de cartels pour certaines œuvres, imbrication des expositions et interventions des unes dans les autres, impossibilité de jouer à une œuvre-jeu initialement prévue pour cela mais ici mise sous verre. Pour autant, il faut certainement un temps d’adaptation (au centre d’art comme pour nous) avant que tout se mette en place et que les repères soient correctement pris.

François Bousquet
le 03/01/2013

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