Nouveau Roman

 auteur

Christophe Honoré

 metteur en scène

Christophe Honoré

 date

du 07/11/2012 au 10/11/2012

 salle

Maison des Arts,
Créteil

 appréciation
 tags

Christophe Honoré / Maison des Arts

 liens

Maison des Arts

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Créé l’été dernier au Festival d’Avignon, Nouveau Roman permet à Christophe Honoré de poursuivre en alternance ses carrières de dramaturge et de cinéaste. Si cette dernière s’avère, à nos yeux, inégale, comptant de très belles réussites (Les Chansons d’Amour, dans notre panthéon cinématographique personnel) mais aussi des films moins pertinents (Les Bien-Aimés), nous ne connaissions pas encore son travail au théâtre. Avec cette pièce, il s’agit, pour l’auteur, de retracer l’aventure qu’a constitué ce mouvement littéraire forgé autour des Éditions de Minuit, en mettant sur le plateau une dizaine d’auteurs (Claude Simon, Michel Butor, Nathalie Sarraute, Marguerite Duras, Alain Robbe-Grillet, Robert Pinget, Claude Ollier, Claude Mauriac) autour de leur éditeur Jérôme Lindon.

Représenter des écrivains au travail n’est pas chose aisée et plusieurs films ou pièces se sont heurté à une forme d’impossibilité à matérialiser la création littéraire (au reste, Honoré diffuse, sur les écrans plasma qui sont disposés sur le plateau, un montage de films comme The Hours ou Bright Star, témoignages de cette difficulté). Ici, à part une scène où chacun tape à la machine à écrire, Nouveau Roman ne cherche pas, en vérité, à montrer l’écrivain au travail et contourne ainsi cet obstacle ; à l’inverse, le Français préfère s’attarder sur le groupe, la bande, ses désaccords politiques et conceptuels. Sous ce jour, l’énergie des comédiens, avec leur jeu à la lisière de l’improvisation, fait beaucoup et permet même de passer outre la légère caricature des personnages : Alain Robbe-Grillet en bouffon gonflé de fausse modestie, Catherine Robbe-Grillet en admiratrice béate de son mari, Nathalie Sarraute très consciente de sa valeur, Marguerite Duras opportuniste dans ses choix de carrière, Michel Butor hautain et paternaliste et Jérôme Lindon autoritaire et cassant.

Dans une narration chronologique, les comédiens ne cherchent heureusement pas à imiter les auteurs (certaines comédiennes jouant même des écrivains masculins) et optent plutôt pour un emballement bienvenu, écho des discussions multiples ayant parcouru le groupe. À un moment est évoquée la notion des « deux corps du roi » (cette idée qui voulait, sous l’Ancien régime, que l’institution demeurât nonobstant le défunt du monarque), on serait tenté de la prolonger et d’évoquer alors les « deux corps des acteurs ». De fait, ils incarnent les figures littéraires de la seconde moitié du XXe siècle, mais le font également avec le recul contemporain et toute la connaissance de ces auteurs, comme s’ils les portraituraient et faisaient un commentaire para-textuel en même temps. Naissent alors une distance et une ironie, comme lorsqu’Alain Robbe-Grillet demande à Marguerite Duras, devant les premières minutes de son film Le Camion : « Va y avoir de l’action… ou bien ? ».

Précisément, ne se limitant pas au geste théâtral, Christophe Honoré mélange les média sur le plateau, introduisant chansons interprétées en direct par Ludivine Sagnier (Sarraute) ou Anaïs Demoustier (Duras), vidéos, musique enregistrée, voix enregistrées, cinéma… Dans le même mouvement, les époques se trouvent aussi mélangées puisque le spectacle est entrecoupé de diffusion d’interviews d’auteurs contemporains (Darrieusecq, Reinhardt, Dantzig, Salvayre) donnant leur point de vue sur le Nouveau roman, que les extraits de films interviennent de manière diachronique ou que les chansons entendues sont parfois anachroniques (La Cavalerie de Julien Clerc chantée en 1984-85 alors qu’elle date de 1968, ou bien 13 Angels Standing Guard ’Round The Side Of Your Bed d’A Silver Mt. Zion diffusé alors que l’action se situe trente ans avant sa composition).

Pointe alors un léger sentiment de se trouver face à un spectacle décousu qui aurait gagné à être resserré en-deçà de ses trois heures (et encore, à Avignon, il faisait 45 minutes de plus). Pour autant, l’ensemble demeure vivifiant, réjouissante manifestation de la très louable volonté d’avoir voulu mettre la lumière sur un courant littéraire aujourd’hui un peu oublié, et probablement davantage connu pour ses productions dramaturgiques (les pièces de Beckett et Sarraute) que romanesques.

Autres dates :
-  du 15 novembre au 9 décembre 2012 : la Colline - Paris
-  du 10 au 12 janvier 2013 : Théâtre Liberté - Toulon
-  17 et 18 janvier 2013 : Théâtre de l’Archipel - Perpignan

François Bousquet
le 11/11/2012

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