Ryoji Ikeda : Superposition

 date du concert

14/11/2012

 salle

Centre Pompidou,
Paris

 tags

Centre Pompidou / Ryoji Ikeda

 liens

Ryoji Ikeda
Centre Pompidou

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Mercredi au centre Pompidou avait lieu la première mondiale de Superposition de Ryoji Ikeda, dans le cadre du Festival d’Automne à Paris. S’inscrivant dans l’idée d’œuvre d’art totale, la représentation rapproche musique, image, installation, lumière et performance. Le compositeur et plasticien japonais, installé à Paris, œuvre depuis longtemps sur la confrontation de l’art et de la science, de la musique et des mathématiques quantiques. Superposition marque une prise de direction nouvelle dans sa manière de créer. Alors que les lumières s’éteignent dans la grande salle du Centre Pompidou, un large écran nous fait face, surplombant deux rangées d’écrans plus petits. Optant pour une position transcendante, Ikeda n’est pas présent sur scène et joue à partir d’une invisible cabine. A mesure que les flashs, les chiffres et les axes défilent et débordent des écrans, des définitions s’invitent au cœurs des images. On comprend légèrement mieux – si peu – la thématique de l’œuvre. Si l’idée de superposition investit la forme en combinant de multiples médiums, elle correspond surtout à une notion de mécanique quantique qui pose que les systèmes physiques peuvent exister simultanément dans différents états. Ikeda explore ce principe adapté aux théories d’information, et notamment au langage informatique permettant de saisir la nature à l’échelle subatomique. Nous arrêterons là sur la théorie, ces concepts étant, pour l’artiste, davantage de l’ordre de l’outil que du thème.

C’est alors que les deux performeurs Stéphane Garin et Amélie Grould prennent place de chaque côté de la longue table qui meuble la scène. Les manipulations d’Ikeda s’enrichissent des sons qu’ils tirent d’une batterie de diapasons. Délaissant leurs fourchettes, chacun des deux musiciens s’attèle à un manipulateur morse et entame l’émission de signaux qui ponctuent l’affichage à l’écran de propos ésotériques. S’ajoutent à cela les images que d’invisibles caméra capturent des mouvements de leurs mains. Lorsque la séquence se termine, que les deux s’effacent et qu’une échelle de l’infiniment petit défile face à nous, une pensée surgit comme un choc : on en avait oublié la musique. Et voilà qu’elle inonde l’espace. Le système d’interactions entre les mots, le visuel et le son vient de replacer la musicalité au centre. Des grondements alourdissent de majesté la sphère suspendue qui nous contient et sous le poids des nappes, l’air palpite d’émotions violemment humaines. S’achève un des plus beaux instants. Après une succession d’actes qui semblent délibérément vouloir nous mener à un court-circuit synaptique, les lumières se rallument pour un court entracte.

La deuxième partie s’ouvre sur le moment le plus désarmant de la performance. Alors que leurs faits et gestes se reportent sur l’écran, les deux intervenants qui ont réintégré la scène exécutent un étrange travail d’annotation. Amélie Grould renseigne des critères provenant d’une carte parfaitement obscure tandis que Stéphane Garin prend en note les coordonnées géographiques de Belleville, Sarcelles, Saint Denis... C’en est déroutant de simplicité. Brusquement, les images se fondent en une kyrielle de paysages. La nature brute et les choses de l’existence pénètrent tout à coup la trame. « What is love ? Never asked. What is peace ? Never Answered. ». Les sens, les émotions et la conscience connaissent tant de stimulations et d’attractions divergentes que le corps semble englué, et l’esprit touche au trop-plein. Après un jeu de billes - un brin trop long - les performeurs se retirent définitivement et le japonais gratifie alors l’audience d’un indescriptible final. Au croisement d’un Gantz Graf des années 4000 et d’une nébuleuse galactique en nuage de points, les visuels de fin représentent à eux tous seuls une œuvre titanesque. Conjugués à une progression stroboscopique et un support musical qui paraît injecter un réacteur sous chaque siège, cet ultime moment aura fait frôler l’attaque. « L’art ne peut être dit » selon Ikeda, la description à laquelle ces lignes se livrent s’avère effectivement bien dérisoire face à la grandeur, à la densité et à la force d’une telle expérience.

Manon Torres
le 20/11/2012

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