L’Homme de Vitruve

 date

du 14/09/2012 au 16/12/2012

 salle

Crédac,
Ivry-sur-Seine

 appréciation
 tags

Alexander Gutke / Bertille Bak / Crédac / Harun Farocki / Jannis Kounellis / Jean-Luc Moulène / Jorge Satorre / Louise Hervé et Chloé Maillet / Mircea Cantor / Richard Serra / Simon Boudvin / Thu Van Tran

 liens

Crédac

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L’Homme de Vitruve, c’est le nom donné à ce dessin de Léonard de Vinci dans lequel un homme nu, enserré dans un cercle, est affublé de plusieurs bras et jambes. Longtemps emblème d’une société de travail temporaire, cette reproduction ne l’est plus depuis quelques années. Cet abandon a conduit Claire Le Restif à imaginer une exposition collective tournant précisément autour de la culture ouvrière, de la disparition progressive des grandes industries et de leur rémanence dans notre mémoire collective. Comme souvent avec ce type d’exposition centrée sur un sujet donné, on y trouve des artistes qui choisissent de le documenter au « premier degré » et d’autres qui l’évoquent en faisant un pas de côté.

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Vue de l’exposition

Dès l’entrée du plus grand espace du Crédac, on trouve un exemple de la première catégorie avec la vidéo des Frères Lumière consacrée à La Sortie des Usines Lumière ; même souci historico-documentaire chez Jorge Satorre qui rassemble des gouaches représentant des navires construits depuis le XIXe siècle dans les chantiers navals de Saint-Nazaire. Perpétuation encore quand Thu Van Tran recense le nombre d’ouvriers ayant travaillé aux usines Renault de Boulogne-Billancourt ou lorsque Simon Boudvin photographie une Maison populaire de Liège, haut lieu de la lutte ouvrière. Plus métonymiques, Louise Hervé et Chloé Maillet installent sous vitrine plusieurs cadeaux offerts à Maurice Thorez (ancien député PCF d’Ivry-sur-Seine) pour son cinquantième anniversaire tandis que Jean-Luc Moulène réalise un inventaire de petits objets créés en temps de grève par des salariés en profitant pour colporter un message militant.

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Mircea Cantor - Double Heads Matches
(courtesy du Crédac)

Partant des symboles ouvriers et des représentations classiques du monde industriel, l’autre moitié des artistes présents les détournent pour en faire ressortir l’ironie et/ou en renforcer le message. Ainsi Mircea Cantor a-t-il demandé à une usine de réaliser des allumettes enduites de soufre des deux côtés et permettant alors d’être brûlées par les deux bouts. Le rejoignant dans un mouvement également répétitif, Jannis Kounellis dispose douze ballots noirs remplis de charbon sur douze socles en acier, la vidéo de Richard Serra voit une main tenter de serrer des objets tombant d’en haut, décalque décalée du geste itératif du travailleur à la chaîne, et Bertille Bak reproduit au stylo bille, sur un carnet de dessins, quatre-vingt-dix-sept façades de maisons du bassin minier du Nord. Jouant sur le terme « usine », Éric Bellec a sélectionné plusieurs pochettes de vinyles venant principalement du label Factory Records. Enfin, revenant aux machines-outils, le film d’Harun Farocki met en regard conditions de production de briques dans les pays émergents et dans les entreprises européennes, pendant qu’Alexander Gutke dore un ruban de Mobius, sorte de courroie faisant aussi office d’instrument de mesure.

Au-delà de cette ventilation entre ces deux approches du point de départ curatorial, on relèvera également une très bonne adéquation de l’exposition au lieu. Ces pages ont déjà eu l’occasion de souligner à quel point le nouvel emplacement du Crédac, au sein de la Manufacture des Œillets, permettait aux expositions de s’ouvrir sur la ville ; à nouveau, cette fois-ci, il est particulièrement pertinent d’apercevoir, par les grandes baies vitrées du troisième étage, l’environnement ivryen en même temps qu’on visite L’Homme de Vitruve. De même, avoir laissé brutes et non peintes les cimaises permet à l’équipe du centre d’art de marquer sa volonté de laisser apparente l’intervention technico-ouvrière dans le processus de monstration de l’exposition.

François Bousquet
le 13/12/2012

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