Tristesse Animal Noir

 auteur

Anja Hilling

 metteur en scène

Stanislas Nordey

 date

du 11/01/2013 au 02/02/2013

 salle

Théâtre de la Colline,
Paris

 appréciation
 tags

Anja Hilling / Théâtre de la Colline

 liens

Théâtre de la Colline

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Jeune dramaturge allemande, Anja Hilling bénéficie de la bonne visibilité des auteurs et metteurs en scène germaniques en France pour y être régulièrement montée. Ainsi, Tristesse Animal Noir, texte écrit en 2006, connaît déjà sa seconde création dans notre pays et c’est Stanislas Nordey qui a choisi de proposer sa version de cette narration en trois parties. Partant en forêt pour un pique-nique, six amis s’installent pour un barbecue et discutent des choses de la vie jusqu’à s’endormir ; réveillés par une chaleur intense, ils se rendent compte avoir, par mégarde, mis le feu à la forêt et vont tenter d’en réchapper. Ainsi découpée, la pièce connaît une montée en puissance dramatique et un changement de mode d’écriture progressif : de nombreuses didascalies scandent le premier temps, les voix alternées des personnages racontent l’incendie de leurs points de vue respectifs avant que les suites de la catastrophe ne soient évoquées par des échanges psychologisants et chargés de culpabilité.

Avouons immédiatement que le texte, combiné aux partis pris de Nordey, nous a déroutés, voire repoussés, dans sa première demi-heure pendant laquelle les indications de jeu et de contextualisation formelle sont donc récurrentes. Plutôt que de les représenter ou d’en offrir une concrétisation sur le plateau, le metteur en scène les fait dire à ses comédiens, traduisant soit son incapacité à les figurer, soit sa volonté de distance face à ces didascalies. Pour autant, il nous était gênant d’entendre un personnage se décrire (âge, tenue) ou exposer ses actions (fumer, se lever, se promener) tout en étant autrement ou en faisant autre chose. Certes ne demande-t-on pas au metteur en scène une fidélité absolue au dramaturge mais cet écart, associé à la direction d’acteurs si caractéristique de Nordey (adresses au public, absence de regards entre les comédiens, travail des avant-bras), nous laissa tout d’abord au seuil du spectacle.

Et puis, force du théâtre, on fut peu à peu conquis, à mesure que ce qui apparaissait sinon comme une formule, du moins comme un dispositif, faisait de plus en plus sens. Permettant de repousser le pathos d’un récit dur, voire insoutenable par moments, comme la distanciation froide à l’égard de la tragédie qui se joue sur scène, ces choix s’avérèrent amplement pertinents. De fait, comment, par exemple, pourrait être mieux rendu la force de « le feu est plus fort que son cri » dit par un personnage à propos d’un autre, qu’en l’entendant énoncé ?

Suivant le même mouvement, la scénographie d’Emmanuel Clolus est assez clinique avant de prendre de l’ampleur et trouver de très beaux dérivatifs pour symboliser le braiser ou les cendres. Évidemment, une telle catastrophe va conduire les personnages à se remettre en question et les couples initiaux à se décomposer et se recomposer ; dans cette perspective, brille notamment dans la distribution Laurent Sauvage, impressionnant dans la palette qu’offre le rôle de Paul. Au total, ce qui semblait donc, au départ, comme la traduction ratée d’un texte davantage apparenté à un roman se déploie ensuite telle une véritable mise en scène d’une incontestable œuvre théâtrale.

Autres dates :
-  8 et 9 février 2013 : Espace Malraux - Chambéry

François Bousquet
le 22/01/2013

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