Jean-Luc Verna & I Apologize

 date du concert

24/01/2013

 salle

Centre Pompidou,
Paris

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Centre Pompidou

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Si ses dessins font désormais partie de la collection permanente du centre Pompidou, c’est dans la grande salle que Jean-Luc Verna se produit ce soir-là avec I Apologize, le groupe qui l’uni à Gauthier Tassart et Pascal Marius. Artiste pluridisciplinaire, manitou de l’étrange, Verna est performeur, vidéaste, acteur, plasticien et professeur de « dessin comme acte érotique » à la Villa Arson de Nice. Dans son rapport au corps comme terrain de création, l’homme se distingue par sa peau intégralement tatouée, pierçée, ses dents barrées de grillz. La soirée convie deux autres individus, François Sagat et Julien Tibéri, et se place sous le signe d’un « cabaret new-wave ». Un cabaret aux tentures de charbon alors, car les quatre hommes qui s’avancent sur scène, très chaleureusement accueillis, se présentent de manière étonnamment sobre, vêtus de noir, l’allure impénétrable. La musique ne saura donner tord à cette impression.

Pourtant, il y avait de quoi s’attendre à plus tapageur. Si I Apologize a sorti un EP en vinyle sur Optical Sound et prépare un album, le groupe se consacre largement à la reprise de ses idoles. Jean-Luc Verna est une diva, et son répertoire embrasse les années 1980, honorant Siouxsie and the Banshees, T-Rex, Bauhaus, Barbara, Ceronne et d’autres. Le plasticien et vidéaste Gauthier Tassart s’installe aux claviers, sa barbe et sa longue robe lui donnent l’air d’un mage, Pascal Marius, musicien de son état, passe à la guitare, et c’est Julien Tibéri, artiste contemporain, qui s’établi derrière la batterie. Corpulent, Verna porte un vêtement noir, moitié kilt, moitié soutane, et entame son chant grave, épais, macabre, dont la tessiture impressionne. Les premiers morceaux suintent la darkwave. Alors que la guitare dessine des mélodies moelleuses, la batterie, jouée avec des baguettes de feutre, prend des accents guerriers et enferme l’esprit dans sa lourde répétition. La poignée de photographes agenouillés devant Jean-Luc Verna à la manière un parterre de fidèles n’est pas pour rien dans la force esthétique du concert.

Après avoir convoqué Siouxsie et son But Not Them, Verna annonce « un quart d’heure émotion. Je dédie cette chanson à ma mère ». « I hate you ! » hurle-t-il sur les premières notes jouées par Tassart. Il n’est pas superflu de savoir à ce niveau-là, que né à Nice dans un foyer d’extrême-droite, le chanteur s’est désolidarisé de sa famille à 14 ans et ce de manière définitive. Le morceau dédié à sa mère donc, se révèle être une beauté. Un swing charbonneux, sa voix caverneuse et bondissante, désormais plus proche de la soul que de Dave Gahan, se mêlent à une forme de dark ambient. Peu s’en faut pour que Verna estime qu’il lui « manque un bijou », et que François Sagat, icône du porno gay, performeur, « Homme au bain » de Christophe Honoré, apparaisse sur la scène, moulé d’une combinaison, les jambes bizarrement arquées et le crane tatoué de noir. Ensemble ils jouent I Fear Love (Giorgio & Donna se meurent), remix du remix que Moroder fit du I Feel Love de la star du disco. Puis un morceau bien plus calme, soudain émouvant, lie les deux hommes, achevant de rendre absurde et géniale la vision de ces physiques surnaturels réuni dans une balade fragile et douloureuse. Sagat s’empare d’une boule à facette, mime Atlas ou le penseur de Rodin. Lorsque Verna danse, fugace, déployant une envoutante gestuelle, son image flotte quelque part entre la matrone et l’écolier, témoignage d’un superbe manifeste pour l’androgynat. Une brusque lumière rouge donne aux corps des nuances démoniaques, accentuant les cranes nus de ceux qui ressemblent désormais à deux diablotins. Non, Jean-Luc Verna ne se distingue pas d’abord par sa musique, il s’efface d’ailleurs derrière d’autres, mais c’est peut-être parce qu’il y a tant de lui-même dans I Apologize que le trio performatif fonctionne et livre sur scène des prestations captivantes.

Manon Torres
le 28/01/2013