Conte d’Amour

 auteur

Anders Carlsson

 metteur en scène

Markus Öhrn

 date

du 02/02/2013 au 07/02/2013

 salle

Théâtre de Gennevilliers,
Gennevilliers

 appréciation
 tags

Anders Carlsson / Théâtre de Gennevilliers

 liens

Théâtre de Gennevilliers

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Parmi les faits divers des dernières années, l’affaire Josef Fritzl est une de celles qui a trouvé le plus de déclinaisons dans le domaine artistique : littérature (Claustria de Régis Jauffret), cinéma (Michael de Markus Schleinzer) et à présent théâtre avec la proposition d’Anders Carlsson et Markus Öhrn. Présenté comme une « expérience » par le second nommé, lors d’une petite introduction liminaire, le spectacle est effectivement de cet acabit, installant un intérieur (canapé, meuble bas, lampadaire) dans la partie supérieure et la cave où Fritzl détenait sa fille et leurs enfants dans la partie inférieure de son dispositif scénique. Masqués par une bâche en plastique qui permet de distinguer uniquement des formes floues, les comédiens y sont filmés par deux caméras : une fixe embrassant presque tout l’espace et une mobile tenue par l’un ou l’autre des protagonistes.

Régulièrement, le père descend donc dans cette cave et y fait subir divers sévices et humiliations à sa progéniture, dans des jeux de rôle à la fois ridicules et presque malsains. En réponse, les trois hommes qui jouent la fille de Fritzl, leur fils aîné et un bébé alternent entre cris, participations à ces « jeux » et chansons à l’interprétation déchirante (Love Will Tear Us Apart). Passée la mise en place de ce schéma et les premières scènes outrées, le reste du spectacle ne s’avère malheureusement que redites, répétitions et réitérations des mêmes saynètes : le père y abuse des enfants, ceux-ci crient des phrases en boucle, une chanson est reprise, des effets sonores assourdissants sont utilisés et les vidéos jouent sur ce qu’elles nous montrent et ce qu’elles nous cachent.

Dans ce contexte, on éprouva une réelle difficulté à saisir le point de vue des deux créateurs sur cette histoire et sur la personnalité de Josef Fritzl. Le programme de salle nous indique qu’ils le voient comme symbole révélateur de la société capitaliste qui pourrait user et abuser de ce qu’elle possède, qu’il s’agisse des choses ou des enfants. Sans exiger de la part des dramaturge et metteur en scène un jugement sur cette affaire (la justice pénale a déjà rendu son verdict, condamnant l’Autrichien à la prison à perpétuité), on peut néanmoins trouver un peu courte cette interprétation. L’abus d’enfant se rencontre, en effet, dans des sociétés autres que capitalistes et la théorie du pouvoir patriarcal poussé à son paroxysme chez Fritzl semble un peu exagérée, voire déculpabilisante. Au reste, c’est là l’écueil majeur de Conte d’Amour qui, à force de vouloir (et c’est louable), repousser tout naturalisme et représentation vériste, prend probablement trop de distance avec son sujet. En somme, il pose de bonnes questions mais les réponses apportées nous semblent à côté ou trop en décalage avec l’horreur d’une situation qui reste malgré tout présente à l’esprit.

François Bousquet
le 05/02/2013

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