Festival Premiers Plans d’Angers 2013 - Reprise du Palmarès

 date

du 18/01/2013 au 27/01/2013

 salle

Forum des Images,
Paris

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Fidèles à la reprise parisienne d’une large partie du palmarès des Premiers Plans d’Angers, nous étions à nouveau au rendez-vous pour la soirée présentant plusieurs films projetés au cours de la vingt-cinquième édition du festival. Comme bien souvent malheureusement, les films tirés de la section « Plans animés » nous parurent tout d’abord assez faibles : Fly Mill (Kärbeste Veski) de l’Estonienne Anu-Laura Tuttelberg (Prix Arte) est insignifiant tandis que Vie et Mort de l’Illustre Grigori Efimovitch Raspoutine de la Française Céline Devaux (Grand Prix du jury) se fait intéressant dans ses idées (alexandrins et animation proche du roman graphique haut de gamme pour narrer l’histoire du Russe) mais moins conséquent dans son résultat.

En revanche, les quatre autres courts-métrages et le long-métrage diffusés emportèrent nettement plus notre approbation, et notamment Avant que de tout perdre, première réalisation de Xavier Legrand (jusqu’à présent acteur), Prix du public parmi les courts-métrages français et récit de la journée de Myriam, mère de deux enfants qui décide de quitter son mari violent. Récupération des enfants avant l’école, contacts avec la famille pour trouver un point de chute et réglage des modalités auprès de l’hypermarché qui l’emploie comme hôtesse de caisse s’enchaînent dans la précipitation et la crainte que son époux ne vienne au magasin et ne découvre ses intentions. Les explications ne sont livrées que chichement au spectateur qui, à l’instar des collègues entourant Myriam (la convaincante Léa Drucker), découvre la vérité au fur et à mesure de cette très belle réussite sur un sujet difficile.

Après ce film centré sur une femme, les autres composaient, par ces rapprochements fortuits que permettent les festivals, un portrait fragmenté des jeunes hommes contemporains. Footing (Grand Prix du jury et Prix CCAS des courts-métrages français) voit ainsi Marco, la trentaine, revenir dans sa province natale le temps d’un week-end et se faire entraîner par son père, gendarme à la retraite, pour une course à pied. Vecteur d’un rapprochement entre les deux hommes qui, apparemment, ne se parlent pas souvent depuis que le fils a rejoint Paris, le footing permet à Damien Gault d’offrir aux personnages la possibilité de passer de la défiance et du scepticisme initiaux à des beaux échanges générés par le fil remonté des souvenirs. Dans Tweesprong, c’est à Maxime, la vingtaine, que Wouter Bouvijn s’attache : appelé au chevet de son père mourant d’une maladie dégénérescente, le Belge y retrouve mère et frère. Possiblement atteints de la même pathologie, les deux frères hésitent à se faire dépister, alors que la vie, autour d’eux, reprend son cours malgré tout. Sensible et délicat, ce film d’école (Grand Prix du jury de cette section) met, sous un angle inhabituel, la jeunesse face à ses choix. Avec L’Intruso, c’est un adolescent séchant les cours pour trainer avec sa petite amie qui se trouve confronté à ses parents apprenant la nouvelle. Or, le bourg de la campagne vénitienne où ils vivent est dans la crainte de l’arrivée d’immigrants ce qui a conduit le père de Thomas à créer, avec ses voisins, une sorte de milice censée répondre au sentiment d’insécurité. Naturellement, son chemin va croiser celui de son fils qui fait le mur du domicile familial et entraîner cette réalisation de Filippo Meneghetti (Prix du public des courts-métrages européens) vers un final aux atours de tragédie grecque.

Dernier volet de cette représentation éclatée du jeune homme européen, Oh Boy ! est le premier long-métrage de Jan Ole Gerster, réalisateur ayant auparavant travaillé sur Good Bye Lenin ! ou aux côtés de Wolfgang Becker pour le film collectif Allemagne 09. Chaque année ou presque, le festival Premiers Plans nous permettent de découvrir un nouveau et talentueux cinéaste allemand, preuve à la fois de la vitalité actuelle de cette cinématographie et de la pertinence des choix de la manifestation angevine. Nouvel exemple avec ce film présenté l’automne dernier au Festival du Cinéma Allemand mais que nous n’avions pu voir à l’époque ; Oh Boy ! y avait remporté le Prix du public, récompense également décrochée à Angers, concomitamment avec le Prix spécial du jury, décerné à la fois au film et à Tom Schilling, son interprète principal. Il est vrai que la caméra ne le quitte pas pour ce qui est à la fois un portrait de ce jeune homme, mais également le portrait d’une ville. Niko, allant sur ses trente ans, est ainsi suivi par Jan Ole Gerster pendant une journée et une nuit dédiées à ce Berlinois gentiment glandeur et dilettante : études arrêtées depuis deux ans, installation dans un deux-pièces payé par son riche paternel, hésitation sur le fait de quitter ou non sa copine, succession de rendez-vous ratés (avec un psychiatre chargé d’attester de sa capacité à récupérer son permis de conduire, avec son père, etc…).

Au son d’un jazz enlevé entraînant la déambulation vers une atmosphère quasi-new-yorkaise (que le noir et blanc de l’image souligne aussi), le film, entre deux moments cocasses (le gag récurrent du café que Niko n’arrive pas à prendre), est donc l’occasion de croquer le Berlin d’aujourd’hui avec squats d’artistes, petit dealer vivant chez sa grand-mère, rade où l’on peut boire de la vodka à pas d’heure, théâtreux dérisoires de prétention, solitaires nocturnes ou diner baigné de culture étatsunienne. En parallèle, Oh Boy ! n’élude pas le passé dans deux séquences opposées mettant en scène un acteur jouant un officier SS dans un navet historique et la rencontre fortuite avec une épave dans un bar qui s’avère avoir été un enfant ayant participé, malgré lui, à la Nuit de Cristal. Qu’en 1h25, Jan Ole Gerster arrive à faire tenir autant, dans une forme relativement ramassée et avec un canevas assez classique finalement, démontre bien le talent de ce cinéaste et permettait de clore superbement une soirée très homogène.

Date de sortie :
- Oh Boy ! : 8 mai 2013

François Bousquet
le 09/02/2013

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