John and Mary

 auteur

Pascal Rambert

 metteur en scène

Thomas Bouvet

 date

04/03/2013

 salle

Théâtre de Vanves,
Vanves

 appréciation
 tags

Pascal Rambert / Théâtre de Vanves

 liens

Théâtre de Vanves

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Avant d’aller découvrir Memento Mori (la dernière création chorégraphique en date de Pascal Rambert) le mois prochain en son Théâtre de Gennevilliers, nous passions par Vanves pour y voir John and Mary, pièce écrite il y a une vingtaine d’années. Au-delà de la proximité calendaire entre ces deux représentations, on relève que Thomas Bouvet (qui avait déjà travaillé avec Rambert) réalise la mise en scène de la pièce de théâtre tandis qu’il assiste Rambert pour le spectacle de danse. Cette parenté entre les deux Français permet au metteur en scène de se saisir avec une certaine réussite de cette pièce en trois actes qui met aux prises trois couples et un étranger, dans un espace-temps indéfini et sans que les personnages n’aient de nom (même pas les John et Mary du titre). Peu à peu, la tragédie se fait jour, à mesure que les croisements amoureux se font et qu’une histoire d’argent interfère. Inéluctable, le final renvoie à l’évidence aux dramaturgies antiques que les tenues comme la scénographie (un plateau vide et recouvert d’un mince filet d’eau) évoquent aussi.

Cette sobriété répond à la volonté de Bouvet de mettre en avant les mots de Pascal Rambert afin d’établir que ceux-ci peuvent constituer des armes, au même titre que le revolver argenté qui passe de main en main. Dans ce contexte, les comédiens sont conduits à adopter une scansion un peu déclamatoire (texte dit face public, personnages ne s’adressant presque jamais l’un à l’autre, se tournant le dos, texte souvent crié) qui n’aide pas à l’approche d’une langue qui joue délibérément sur la répétition et les circonvolutions complexes. Subordonnées multiples, phrases elliptiques, omissions du sujet sont ainsi convoquées dans un procédé qui, parfois, fait son effet, et se trouve légitimé, à la fin du deuxième acte par exemple.

Pour autant, généralement, ces partis pris gênent la préhension d’un propos dont l’auteur semble avouer lui-même la sécheresse. Par la voix de deux jeunes femmes, sorte de mini-chœur antique, intervenant au début de chaque acte dans de longs prologues, Pascal Rambert paraît se dédouaner et anticiper les critiques en proposant des résumés de l’action passée ou à venir, à destination des spectateurs qui auraient décroché. Peut-être un peu facile, cette béquille se trouve rejointe par d’autres choix de Thomas Bouvet, tel celui d’habiller identiquement les trois hommes (tenue noire faite d’une redingote et d’un pantalon, cheveux et barbes fournis) tandis que l’étranger est torse nu, chauve et glabre, visage et corps maquillés en blanc et porte un pantalon bouffant tout aussi clair.

Néanmoins, ces quelques limites (dans un sens, celui de l’aridité, comme dans l’autre, celui de la facilité) s’estompent en même temps que la tragédie déroule son implacable logique et qu’approche l’issue fatale. Aboutissement d’une pièce assurément tenue et maîtrisée, cette fin favorise également la relecture à rebours de l’intégralité de la dramaturgie et de sa mise en scène, en réévaluant assurément la réception.

François Bousquet
le 08/03/2013

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