Barn Owl / 2Kilos &More / Witxes

 date du concert

24/04/2013

 salle

Espace B,
Paris

 tags

2Kilos & More / Espace B / Witxes

 liens

2Kilos & More
Espace B
Witxes

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Actuellement, l’Espace B n’est pas loin de pouvoir se revendiquer détenteur des meilleures programmations parisiennes. Il suffit de prendre comme indicateur leur quota de concerts d’artistes de chez Denovali sur ces derniers mois pour avoir une idée de la qualité de ces soirs, à passer planqués dans le 19ème. Ce mercredi ne déroge pas à la règle et propose une affiche composée de Barn Owl, 2Kilos &More et Witxes. Ce dernier, de son vrai nom Maxime Vavasseur, est l’auteur du spectral et très beau Sorcery/Geography, sorti en 2012, et un habitué des premières parties de Tim Hecker. C’est lui qui ouvre la danse, du moins celle des volutes et des vagues de drones. Parfois accompagné de cinq musiciens, ce soir le Lyonnais se produit seul.
Si l’introduction se cale sur un loop délicat auxquels il greffe un peu de son souffle, Witxes a tôt fait de changer de registre, propulsant un drone puissant, sur lequel vient se superposer une succession de nappes. Paradoxe que de percevoir des rafales épiques au cœur des bourdons. Mais Witxes insuffle à son live une dimension indus que l’on ne soupçonnait pas. Hormis peut-être sur Thirteen Emeralds, son album est davantage cousu de torsades instrumentales que décharges rugueuses. Un beat cyclique, noyant la salle dans un bruit de pale d’hélicoptère, poursuit la mise en tension entreprise par l’artiste, avant qu’il ne déchire la vapeur bourdonnante d’un silence ponctué de field-recordings et de légers claquements aquatiques. Si la qualité sonore de la salle laisse à désirer dès que l’on touche à ces genres musicaux– le son de sa guitare aura du mal à exister - la fin de la performance de Witxes parvient à s’élever au dessus de ce défaut. Alors qu’il commence par diluer un battement martial dans un océan de drones, les couches incorporent progressivement le mouvement, se mettent à dessiner la même secousse industrielle et on finit plaqué par un mur de noise. Alors l’homme coupe tout et puis s’en va.

Derrière leur tenture de tulle, sur laquelle se répercutent des visuels en noir et blanc, des bouts de Tarkovski ou d’étranges rubikub roses, 2Kilos &More s’installe. Face à face, Séverine Krouch et Hugues Villette entament leur litanie opiacée, tandis que le spoken word de l’absent Black Sifichi semble sortir d’un écran montrant sa bouche. Trop tôt hélas, les limites acoustiques de la salle se font sentir, criantes. A ce point-là, c’est bien la première fois. Le son de 2Kilos &More est boursoufflé d’échos et de vrombissements parasites. Sur la raide montée de On the juicest walk, le trou d’air d’ordinaire jouissif de l’enclenchement du rythme retombe comme un soufflé, tant les basses s’avèrent sous-mixées. Leur prestation au Point Fmr en novembre dernier avait condensé tant de groove hypnotique et malsain, que se manger ces étouffantes limites à de quoi rendre fou. Les deux de Von Magnet ne faiblissent pas pour autant et nous gratifient de beaux moments de frictions répétitives, grêlées de guitare et embrasées par le timbre lourd de Black Sifichi.

C’est au tour de Barn Owl de se mettre en place, dans toute leur solennité et leur dégaine de clones. Le poil noir, la chemise grise et la raie sur le côté, Jon Porras et Evan Caminiti, si semblables, entament le live qui répond à la sortie de V, leur sixième et vertigineux album. Les premières minutes laissent présager que les américains parviendront à gérer les défauts de la salle. Un canevas de drones se déploie, aspire l’esprit le long d’une irrépressible spirale et fait peu à peu basculer les corps. La musique de Barn Owl en live dévie de ce qu’elle donne sur disque, caressant des cimes plus tangibles, plus sculpturales, plus tendres aussi. Le deuxième morceau fonde cette impression, et laisse submergé, tenu en haleine par les montagnes ensablées de mélancolie que le duo déplace. Au cœur des vents cryptiques, s’élèvent soudain les pulsations d’un rythme flottant, conférant à l’atmosphère un romantisme aux couleurs de cendre. L’air a triplé d’épaisseur, et le public semble pris dans une transe sensible, muette et immobile. Barn Owl a livré un concert superbe, à mi-chemin entre une parenthèse cotonneuse et un corridor intergalactique. On en ressort engourdi.

Manon Torres
le 30/04/2013

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