Paint It Black

 date

du 14/03/2013 au 12/05/2013

 salle

Le Plateau / FRAC Île-de-France,
Paris

 appréciation
 tags

Évariste Richer / Bertrand Lamarche / Bettina Samson / Dove Allouche / Le Plateau / FRAC Île-de-France / Mario García Torres / Nina Canell / Pierre Huyghe

 liens

Le Plateau / FRAC Île-de-France

 dans la même rubrique
du 23/06/2016 au 11/09/2016
Mika Rottenberg
(Palais de Tokyo)
du 08/06/2016 au 29/08/2016
Un Art Pauvre
(Centre Pompidou)
du 01/06/2016 au 15/08/2016
Melik Ohanian : Under Shadows
(Centre Pompidou)
du 14/05/2016 au 04/09/2016
Christian Hidaka : Desert Stage
(Grand Café)

Comme il le fait régulièrement (on se souvient de Prospective XXIe siècle, regroupement montré il y a deux ans), le FRAC Île-de-France réunit quelques-unes des œuvres récemment acquises et les expose au Plateau dans une exposition collective. Pour cette présentation, Xavier Franceschi, directeur du lieu et commissaire, a retenu des œuvres en noir et blanc et les a regroupées sous l’intitulé Paint It Black, sans qu’on sache très bien, à l’image de l’œuf et de la poule, s’il s’est aperçu que les dernières acquisitions étaient en noir et blanc et a alors décidé de constituer cette exposition ou bien s’il a d’abord eu cette idée et a alors choisi, dans le fond, des créations travaillant autour de cette bichromie.

Quoiqu’il en soit, l’espace (lui aussi paré alternativement, suivant les salles, de noir et blanc) présente donc une vingtaine d’artistes et, pour donner une cohérence à un ensemble forcément un peu disparate, propose comme fil rouge des partitions musicales. Objets noir (les lignes de la portée, les notes) et blanc (la feuille), les partitions sont encadrées et accrochées mais jamais la traduction musicale n’en est donnée. Évidente quand il s’agit de l’exercice de Pierre Huyghe autour du 4’33’’ de John Cage, cette démarche l’est moins pour les pièces de Nina Canell, Olaf Nicolai ou du duo Annika Larsson et Augustin Maurs. Cette forme de paradoxe peut néanmoins servir de grille de lecture pour la totalité de Paint It Black, exposition qui, en dépit de son titre, joue sur l’absence (de musique) et la rémanence (du travail du compositeur).

JPEG - 41.7 ko
Dove Allouche - Au Soleil de la Mer Noire (Yalta)
(courtesy Galerie Gaudel de Stampa)

L’absence de témoignage du sujet d’étude se trouve chez Dove Allouche qui fait le choix d’utiliser des négatifs de photographies de fonds marins, lieux plongés dans l’obscurité, ou de dessiner à la mine de plomb la surface d’une eau indistincte. Autre incertitude dans le film 16mm de Ben Rivers, court-métrage hésitant dans lequel on peine à distinguer les protagonistes, ou avec la photographie de Wolfgang Tillmans, résultat d’une saturation des noirs et blancs rendant incertaine la vision que le spectateur est censé avoir d’un glacier. Ainsi immergé dans une sorte de flou, le visiteur est encore plus troublé par les violoncellistes ambidextres mis en miroir par Annika Larsson et Augustin Maurs ou emporté par l’installation de Bertrand Lamarche (déjà vu, dans une forme un tout petit peu différente au Confort Moderne en 2011) : un cylindre métallique, éclairé par un néon, est disposé sur un disque vinyle en action et muni d’une caméra, l’écran diffuse alors cette image lumineuse tandis qu’on entend une boucle musicale correspondant à une unique rotation du disque et que de la fumée sort d’une machine idoine.

JPEG - 37.3 ko
Mario García Torres - extrait de Shot of Grace with Alighiero Boetti Haircut Style (Kabul)
(courtesy de l’artiste)

Seul passage musical de l’exposition, cette intervention de Lamarche saisit donc le travail du musicien (Kate Bush en l’occurrence) pour le capturer et en faire la relation. Ce souci de rémanence peut être développé par ailleurs quand des plasticiens cherchent à pérenniser la mémoire d’une personne : Joachim Koester et son film retraçant les gestes d’un anthropologue mimant les chamanes, Mario García Torres cherchant à parcourir tous les lieux où Alighiero Boetti s’est rendu, Margaret Salmon dressant le portrait d’un couple, Iñaki Bonillas de son grand-père et Ralph Eugène Meatyard de sa femme. À chaque fois, la dimension évidemment nostalgique que confère le noir et blanc des photographies ou films joue à plein.

JPEG - 22.4 ko
Helen Mirra - Wolke
(courtesy Galerie Nelson-Freeman)

La rémanence peut aussi se décliner comme volonté de persistance d’un phénomène lorsque Bettina Samson expose des plans films à des rayonnements d’uranium et en expose le résultat, quand Évariste Richer recouvre un mur entier d’une analyse d’impact de grêlons ou qu’Helen Mirra réactive des couvertures d’hôpitaux militaires pour les disposer en étoile dans un geste pauvre mais soigné.

François Bousquet
le 10/05/2013

À lire également

du 27/1/2009 au 28/2/2009
Pragmatismus & (...)
(Fondation d’entreprise)
du 17/03/2011 au 15/05/2011
Philippe Decrauzat : (...)
(Le Plateau / FRAC Île-de-F)
du 06/06/2013 au 28/07/2013
Une Préface
(Le Plateau / FRAC Île-de-F)
du 11/06/2010 au 05/09/2010
Dynasty
(Musée d’Art Moderne de (...))