Sous Influences

 date

du 15/02/2013 au 19/05/2013

 salle

Maison Rouge,
Paris

 appréciation
 tags

Adel Abdessemed / Antoine d’Agata / Carsten Höller / Claude Lévêque / Fischli & Weiss / François Curlet / Francis Alÿs / Gianfranco Rosi / herman de vries / Jean-Michel Basquiat / Larry Clark / Maison Rouge / Philippe Mayaux / Raymond Hains / Robert Filliou / Rodney Graham / Yayoi Kusama

 liens

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Toujours intéressée par les mediums (on se souvient de l’exposition consacrée aux rencontres entre BD et art contemporain, ainsi qu’à celle sur les néons) comme à la manière dont ils sont créés, la Maison Rouge s’attache à présent à la relation entre artistes et psychotropes, sous-titre de Sous Influences, présentation collective (très collective même puisqu’on y trouve presque 100 créateurs).

Sans réelle surprise, sinon celle d’être face à des pièces du XIXe et de la première moitié du XXe siècle, chose pas si fréquente en ce lieu, on va croiser les grands auteurs des deux siècles précédents qui ont utilisé diverses drogues comme aide à la création : Artaud, Cocteau, Baudelaire, Michaux. Les œuvres alors exposées oscillent entre le génial (au sens d’émanation d’un génie artistique) et le délire sans autre portée que celle de témoigner de la prise de substances. Dans la même perspective, d’autres pièces nous montrent les effets de l’injection de psychotropes sur des artistes plus contemporains : quelques-uns de 9 000 autoportraits réalisés par Bryan Lewis Saunders alors qu’il était sous l’emprise de drogues, dessin de Jean-Michel Basquiat probablement tracé sous héroïne, collages de Jean-Jacques Lebel après absorption de peyotl, planches dessinées par John Batanne sous psychotropes, expérience de Francis Alÿs cherchant à se perdre dans Copenhague alors qu’il était drogué, vidéo dans laquelle Rodney Graham se montre lui-même en pyjama à l’arrière d’une voiture sous hypnotique.

Alors que toutes ces propositions pouvaient se montrer, pour quelques observateurs et visiteurs, un rien complaisantes, elles sont contrebalancées par des salles s’attachant aux effets néfastes de ces différentes substances : guerre liée au narcotrafic (documentaire de Gianfranco Rosi - déjà vu l’an passé au Musée d’art moderne de la Ville de Paris dans le cadre de l’exposition consacrée aux artistes mexicains), bas-relief d’Hervé Di Rosa), actualités dramatiques diverses (travail sur les « unes » du Monde par Jean-Baptiste Audat qui a caviardé toute information non relative aux drogues) et surtout ravages sur les corps. Les photographies de Larry Clark (un extrait de la fameuse série Tulsa), Alberto García-Alix et Antoine d’Agata optent ainsi pour une approche quasi-documentaire qui ne revêt rien d’esthétisant, à la différence de celles de Nan Goldin qu’on trouve plus loin.

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François Curlet - Triple Notre Dame
(courtesy Galerie Air de Paris)

Pour alléger un peu le propos (et affirmer que toutes les drogues ne se valent pas ?), le commissaire et médecin spécialiste des addictions Antoine Perpère a disposé quelques œuvres ayant trait à l’alcool autour du patio, en pleine lumière et face au restaurant. François Curlet peut ainsi livrer un dessin mural humoristique (un Parisien ivre voit trois tours à Notre-Dame), Jeanne Susplugas un aphorisme décalé (L’aspirine, c’est le champagne du matin), Robert Filliou montre une bouteille de vin aspirant à devenir bouteille de lait et Esther Ferrer trace un parallèle entre couleur d’alcool et classes sociales françaises. Également plus inoffensifs en apparence (au reste, ils sont placés en face du I wanna be well écrit au néon par Claude Lévêque), plusieurs champignons hallucinogènes forment un ensemble dans lequel on retrouve des créations de Philippe Mayaux, Peter Fischli et David Weiss (deux photographies concoctées avec leur technique de superposition de deux images), Takashi Murakami et Carsten Höller.

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Raymond Hains - American Express
(collection Leïla Voight)

Au-delà de ces développements, on attendait aussi de l’exposition, à la lecture des documents qui l’accompagnent, qu’elle essaye de nous faire ressentir la prise de psychotropes. Certaines pièces s’y hasardent mais, malheureusement, elles sont dépourvues d’effet, soit délibérément (l’étoile en résine de cannabis d’Adel Abdessemed a perdu toute nocivité, l’herbier d’herman de vries n’est en réalité qu’un catalogue des plantes qu’il a lui-même ingérées), soit en raison d’un accrochage annihilateur (les murs du Swinging Corridor de Carsten Höller ne peuvent bouger s’ils touchent le sol au lieu d’être uniquement pendus au plafond). Demeurent cependant quatre œuvres qui parviennent à cet objectif : l’American Express de Raymond Hains (vue à travers des lunettes aux verres cannelés, comme si on était ivre), une installation de Yayoi Kusama (cube de miroirs, sol rouge à gros pois, formes type ballons géants dans les mêmes motifs), conférence filmée de Gary Hill sur le LSD (texte et mouvements ont été interprétés à l’envers, puis la vidéo a été remise dans l’autre sens) et film de Ben Russell, malicieusement installé dans un cube noir parcouru d’une frise-miroir, qui nous transporte effectivement dans l’état souhaité, en nous montrant les visions d’une jeune femme sous LSD.

François Bousquet
le 14/05/2013

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