Présences Electronique 2013 - Ben Frost / David Chiesa / Goran Vejvoda / Martin Neukom

 date du concert

07/04/2013

 salle

Le 104,
Paris

 tags

Festival Présences Electronique 2013 / INA / GRM / Le 104 / Martin Neukom

 liens

INA / GRM
Le 104
Martin Neukom
Festival Présences Electronique 2013

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Dernière ligne droite et certainement notre soirée préférée du festival avec en particulier et par ordre de passage Martin Neukom dont nous avions déjà parlé sur ces pages, l’étonnant dispositif de Goran Vejvoda et Ben Frost pour une apothéose d’une puissance rare.

Nous avions donc abordé le travail de Martin Neukom via une de ses productions publiée sur le label suisse Domizil. On ne sera pas surpris de le voir interpréter ce soir des extraits de son Studie 18, un album daté de 2007 sorti entre autre sur DVD afin de profiter des effets de spatialisation.
Le Suisse se produit à la console d’où il diffusait 4 pièces parmi les 13 qui composent son album. Ces études sont toutes basées sur le nombre d’or et elle ont toute une durée précise de 3’19. Elles sont donc souvent assez similaires, nous donnant l’impression que le nombre d’or sert à caler le tempo, voire peut-être même à composer ces arpèges qui paraissent mécaniques, qu’elle soient produites par des machines ou des sons de cloches. Après trois titres de cet acabit, vint la grosse surprise avec le dernier morceau, plus proche d’une ambient polaire, à la fois ample et dense, d’une beauté virginale.

Goran Vejvoda est un nom qui ne nous était pas inconnu, mais c’est certainement en tant qu’auteur des B.O. des films de Enki Bilal (Tykho Moon et Immortel), ou peut-être est-ce un nom que l’on a croisé sur le programme d’un spectacle de danse de Angelin Preljocaj.
Il joue ce soir dans un tout autre registre, interrogeant sur la perception du son via des enceintes un peu particulières. Le dispositif parait dans un premier temps assez classique. Après une introduction mêlant discours et projections sonores, Goran Vejvoda et 2 assistantes prennent chacun une plaque carrée, des enceintes d’un genre nouveau, qu’ils orientent vers les spectateurs, balayant la salle dans toutes les directions.
En fond sonore, une bande son ambient et plutôt sombre, finalement assez proche d’une musique de film, lancinante et propice au suspense. Et puis on se rend compte que lorsqu’un panneau tenu par les trois protagonistes est orienté vers nous, on est comme transpercé par le son. Ces diffusions de sonorités plutôt aiguës, très directionnelles, surprennent tant elles sont précises. La sensation est tellement nouvelle qu’elle prend le dessus, on a hâte de se retrouver dans ce faisceau de laser sonore. Une sensation nouvelle, LA nouveauté et le concert OVNI de la soirée.


Goran VEJVODA PRESENCES électronique 2013 par inagrm

On poursuit avec David Chiesa que l’on ne connaissait que de nom, et on comprendra rapidement pourquoi puisque son travail est avant tout axé sur l’improvisation et les éléments acoustiques.
Le concert débute avec un drone, a priori créé à partir d’une guitare, puis c’est un jeu de percussions acoustiques qui vient se superposer, passages d’archet sur une cymbale, coups donnés sur les cordes d’une guitare, raclements à proximité des micros, etc... Petit à petit la tension monte, le musicien enfile sa guitare et lance de grosses déflagrations, de gros riffs, avant de jouer de saturation et larsens.
On trouvera tout ça finalement assez classique dans le genre, mais peut-être n’étions-nous pas dans la configuration idéale pour apprécier ce type de concert puisque l’on avait un peu de mal à voir ce que faisait réellement l’artiste.

Dernier set ensuite avec le très attendu Ben Frost que nous avions raté un an plus tôt à la Gaîté Lyrique et dont nous n’avons jamais parlé sur ces pages. Petite présentation donc en précisant que l’artiste est d’origine australienne mais vit actuellement en Islande où il a travaillé avec Björk et la chorégraphe Erna Ómarsdóttir. Sa musique est assez difficile à qualifier puisque l’artiste joue sur les contrastes et fait le grand écart entre piano préparé ou violoncelle et textures granuleuses de guitares saturées.
Le programme annonçait By The Throat en tant qu’œuvre jouée ce soir, soit son album sorti en 2009. On suppose que l’artiste a pris quelques libertés quant à l’agencement voire la sélection des morceaux qu’il jouait ce soir puisque bien qu’ayant une connaissait assez limité de l’album, on eut quelques difficultés à replacer certains titres, à commencer par l’intro d’une ambient tendue.
Il enchaîne ensuite des morceaux au format souvent similaire. Des titres de 7-8mn très répétitifs, jouant sur des ambiances sombres, posant les éléments en douceur vers une lente montée qui s’achève sur des déchirements saturés. A nos côtés les enceintes envoient un niveau sonore indécent, mais la musique reste étonnamment propre. Chaque craquement, chaque crépitement prend une dimension nouvelle et la musique se fait abrasive comme jamais tandis qu’une mélodie de toute beauté se faufile en arrière plan. Il s’agit de Killshot, peut-être le plus beau titre de l’album.
Sur scène, Ben Frost est un mélange de concentration et de fureur, faisant preuve d’une violence contrôlée dans la manipulation de ses machines. La suite ne sera que beauté, entre les hurlements de loups de The Carpathians et les boucles de Ó God Protect Me qui prendra fin sur des bips ralentis, tel un cœur qui s’arrête.

Un concert incroyable, l’une des plus belles choses que l’on ait vu depuis le début de l’année, et Ben Frost a placé la barre très haut pour les suivants !

Fabrice ALLARD
le 30/06/2013

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