Paris Cinéma 2013 - Compétition internationale

 réalisateur

Fien Troch

Denis Côté

Simon Groß

Justine Triet

 date

du 28/06/2013 au 09/07/2013

 salle

Mk2 Bibliothèque,
Paris

 tags

Denis Côté / Fien Troch / Justine Triet / Mk2 Bibliothèque / Simon Groß

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En dépit de quelques petits soucis matériels (description des films dans le programme inversant les prénoms des personnages, espace presse disposé dans une tente transformée en fournaise par le soleil, double sous-titrage français au lieu d’un français et d’un anglais), Paris Cinéma poursuit sa route de manière cohérente année après année. Avec sa compétition justement calibrée (neuf long-métrages cette fois-ci, contre huit les années précédentes), agissant en écho des grands festivals des mois derniers (cinq films avaient été présentés à Berlin, un à Cannes et un à Rotterdam), ses hommages et rétrospectives plus ou moins pertinents (pourquoi réduire à trois films la section consacrée à Asghar Farhadi ?) et ses avant-premières pléthoriques destinées au plus grand nombre. Au sein de la compétition, qui se vit dépourvue de jury, préférant le remplacer par un Prix Grazia sponsorisé par le magazine féminin, on remarqua un retour d’un film français et d’un anglophone (deux catégories absentes en 2012) et, sur le plan artistique, un niveau d’ensemble assez moyen, marqué par des propositions trop proches du bon goût festivalier habituel.

Des duos contrastés

Réalisateur étonnant, David Gordon Green avait débuté sa carrière avec deux longs-métrages plutôt durs, basés dans le sud des États-Unis et ayant trait à des rapports familiaux (George Washington et L’Autre Rive), avant de s’orienter, au cinéma comme à la télévision, vers la comédie pataude (Délire Express, plusieurs épisodes d’Eastbourne and Down). Retour à sa première veine avec Prince Of Texas (Prince Avalanche), diversement apprécié lors de sa présentation en compétition officielle à Berlin (et qui reçut, à Paris Cinéma, le Prix des blogueurs et du web), puisque le film se penche sur Alvin et son beau-frère Lance, chargés de tracer les bandes pointillées d’une route du Texas. Avec ce canevas assez mince, David Gordon Green en profite pour réciter toutes les figures imposées du road movie : héros seuls avec eux-mêmes les conduisant à une introspection intérieure, relation surdimensionnée à la nature, croisement de personnages secondaires plutôt improbables mais hautement symboliques, rapports entre les héros passant sans cesse de l’engueulade à la réconciliation et retour tout en étant empreints d’une grande tendresse, etc... Alors qu’on redoutait que naisse un certain ennui de notre part, le film sut capitaliser sur deux points forts qui nous séduisirent immédiatement : Paul Rudd, comédien sachant se faire loufoque ou profond, dans le rôle d’Alvin, et la bande-son, œuvre d’Explosions In The Sky, capable de laisser le groupe texan jouer pendant plusieurs minutes tandis que les personnages se courent après dans la forêt.

Plus violent et emporté, le duo constitué par Yaki et Shaul, deux jumeaux d’une vingtaine d’années vivant dans la banlieue de Tel Aviv, se veut un miroir des tensions de la société israélienne. Tandis que leur famille est frappée d’expulsion locative, ils fomentent un kidnapping afin de rançonner le riche père de leur captive. Principalement économique, la motivation de cet acte ne témoigne donc d’aucun lien avec le conflit israélo-palestinien alors que ce fil aurait pu être aisément tiré. À la place, il s’agit, pour Tom Shoval, dont c’est le premier long-métrage, de montrer que l’extrémisme peut également germer sur un terrain social, avec des scènes de quasi-torture frisant par moments la complaisance. Dans ce contexte, Youth développe une grammaire malheureusement trop proche de celles d’autres réalisations attachées à cette jeunesse entre violence et radicalité des actes : filmage des nuques comme matrice de mise en scène, desseins succinctement développés, personnages dépassés par la tournure des événements et parents dépassés tout court.

Plus jeunes que les protagonistes de Youth, Eka et Natia évoluent à Tbilissi dans les années suivant la chute du Mur de Berlin ; amies d’école, elles tentent d’avancer dans la vie, entre brimades de certains de leurs camarades de classe et pesanteurs de cette société post-soviétique. Tous les éléments du film sur l’adolescence sont présents : titre programmatique (Eka et Natia, Chronique d’une jeunesse géorgienne) aspect autobiographique évident (le long-métrage est signé de l’Allemand Simon Groß, auteur de Fata Morgana, vu au Festival du cinéma allemand en 2007, et surtout de la Géorgienne Nana Ekvtimshvili), admiration quasi-amoureuse d’Eka pour Natia, figures des parents rejetés au profit de la grand-mère, seul personnage adulte attentionné, image presque sépia renforçant l’aspect mémoriel de la démarche, dimension politique laissée en arrière-plan et qui n’affleure que trop rarement. Malgré son regard tendre, traversé par quelques moments de tension, le film se révèle au total plutôt faible (mais suffisamment probant aux yeux du jury du magazine Grazia) car le spectateur reste extérieur à un ensemble qui ne dépasse jamais son horizon de film de festival, soit un témoignage d’une réalité douloureuse portée par des héros volontaires.

Des familles endeuillées

Les deux frères de Kid vivent avec leur mère dans une exploitation agricole flamande jusqu’à ce qu’ils soient contraints d’aller habiter chez leurs oncle et tante. De Fien Troch, on avait un vague souvenir de Someone Else’s Happiness, film insipide vu à la reprise du palmarès des Premiers Plans d’Angers 2006 ; sept ans après, le niveau reste assez bas avec ce troisième long-métrage de la réalisatrice belge qui convainquit quand même les étudiants du jury du même nom. Alors que son premier oscillait entre polar et étude de caractères, celui-ci se fait alternativement poseur et empli de pathos. Les ralentis et plans fixes abondent, la musique se fait pénible de prévisibilité (du chant grégorien pour surligner l’émotion, des nappes pour faire inquiétant) et les scènes de forêt sont parcourues d’une lumière perçant entre les arbres et nimbant les personnages. Dans le même temps, le destin tragique de la famille, la trajectoire de Kid (et de son frère, évidemment prénommé Billy) comme la religiosité de l’ensemble engluent le tout dans une dramaturgie bien trop appuyée.

Avec son approche musicale, Celui que nous laisserons (O Que Se Move) se veut plus léger, bien qu’il s’agisse également de traiter d’événements familiaux douloureux. Trois brèves histoires sont réunies par Caetano Gotardo, mû par le même souci d’observer avec émotion les relations parents-enfants, avec, en point d’orgue, une chanson interprétée par la mère de chaque histoire et résumant son sentiment du moment. La difficulté naît pourtant de ce dispositif puisque ce canevas similaire, mis en place par le Brésilien, génère une forme d’attente malsaine chez le spectateur qui en vient à prévoir qu’un drame arrive, voire essaye de le deviner. Sous ce jour, même les moments qui pourraient être réussis finissent par apparaître comme de simples béquilles, supports de récits certes touchants mais trop mécaniques.

Des couples tourmentés

Il y a deux ans, à ce même festival Paris Cinéma, Denis Côté faisait bonne impression avec Curling et méritait donc de revenir en compétition avec Vic + Flo ont vu un Ours, déjà en sélection à la Berlinale où le Canadien décrocha le Prix Alfred-Bauer pour l’innovation. Dans la continuité de Curling, ce film permet de s’arrêter à nouveau sur des personnages marqués par l’isolement : la maison de Julyvonne et son père était entouré de neige, celle de Vic et Flo est au milieu des bois. Reprises de justice et tout juste sorties de prison, les deux femmes tentent de vivre leur amour contre le reste du monde, qu’il soit inamical (un personnage du passé qui vient solder les comptes) ou compatissant (l’agent de liberté conditionnelle qui les surveille). Afin de mêler calme et étrangeté, le réalisateur s’appuie principalement sur une vision de la nature comme une menace (forêt, eau, vent) mais aussi comme facteur d’apaisement (les promenades le long du lac). Si le développement des héroïnes s’avère un rien trop attendu, la sobriété dans le traitement du Québécois, associée à une forme de décalage excentrique emporte finalement l’adhésion.

Présenté à l’ACID (la section la plus « off » du Festival de Cannes), La Bataille de Solférino y avait été d’autant plus remarquée que Justine Triet avait été bien accueillie pour ses courts-métrages. Pour notre part, nous avions vu deux fois Vilaine Fille Mauvais Garçon l’an passé (aux reprises des palmarès d’Angers et de Belfort) et fort peu goûté le travail de la jeune femme, c’est avec une appréhension certaine que nous nous apprêtions à recevoir ce premier long-métrage. Se déroulant le 6 mai 2012, le film met aux prises Laetitia, journaliste de télévision chargée de couvrir les résultats du second tour de l’élection présidentielle au siège du PS, et Vincent, le père de leurs deux filles, qui souhaiterait, contre la volonté de leur mère, voir ses enfants. Comme Vilaine Fille Mauvais Garçon, La Bataille de Solférino installe des personnages volontairement gauches, qu’il s’agisse des deux héros, aux déchirements apparemment insolubles, ou des personnages secondaires (baby-sitter, nouvel amoureux de Laetitia, apprenti avocat ami de Vincent) qui, dans les scènes d’intérieur, s’égarent en bavardages. Mais, à la différence de sa précédente réalisation, Justine Triet s’intéresse au monde qui entoure les protagonistes et déplace une grosse moitié de son récit dans la rue. Filmées in vivo, à l’aide de plusieurs mini-caméras, ces scènes de foule, d’interviews d’hommes politiques et de captation de ce moment historique parviennent à saisir cette énergie un peu désordonnée ainsi que l’agitation et l’effervescence du jour. Naît alors un écho avec l’affrontement de Laetitia et Vincent, qui finit par faire de La Bataille de Solférino un objet réussi, opinion semble-t-il partagée par le public qui décerna son Prix à ce film français.

Belle surprise pour terminer avec La Révélation d’Ela (Lifelong), second film d’Asli Özge, jeune réalisatrice turque dont Men on the Bridge vient de sortir, qui traite d’un couple de la classe supérieure stambouliote : la cinquantaine, elle est artiste contemporaine, lui architecte, ils vivent dans un appartement sur trois niveaux avec larges baies vitrés, parois de verre et miroirs, et passent d’un vernissage à des débuts de soirées dans les bars chics. Sous ces allures lisses et parfaites, ce milieu est pourtant celui où l’on tait ses sentiments, où les affects ne sont jamais exprimés et où sauver les apparences compte plus que tout, qu’il s’agisse de son couple en crise ou de son image (elle refuse de se faire prendre en photo, par exemple). La mise en scène insiste sur cette corrélation entre dedans et dehors, intérieur design et tourments intérieurs, jusqu’à parfois abuser un peu de ce dialogue : nombreux plans sur l’escalier intérieur de l’appartement, aux marches ajourées, vu d’en haut et comme coupé en deux pour bien signifier la distance qui s’installe entre le mari et la femme, filtre bleuté pour dire le glacis de leurs échanges, etc… Néanmoins, l’atemporalité du récit, bien qu’ancré temporellement et spatialement (la crainte des secousses sismiques est réelle), laisse imaginer qu’il pourrait être une transposition de certains romans bourgeois du XIXe siècle, ce qui en fait une sorte de classique immédiat.

Dates de sortie :
- Vic + Flo ont vu un Ours : 4 septembre 2013
- La Bataille de Solférino : 18 septembre 2013
- Celui que nous laisserons : 2 octobre 2013
- Prince Of Texas : 23 octobre 2013
- Eka et Natia, Chronique d’une jeunesse géorgienne : 27 novembre 2013
- Youth : 5 mars 2014
- La Révélation d’Ela : 3 juin 2015

François Bousquet
le 11/07/2013

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