Bozar Electronic Arts Festival 2013 : Emptyset / Pye Corner Audio / Juan Atkins & Moritz Von Oswald / Cut Hands / Vatican Shadow / Silent Servant & Regis

 date du concert

27/09/2013

 salle

Bozar,
Bruxelles

 tags

Bozar / Bozar Electronic Arts Festival 2013 / Cut Hands / Emptyset / Juan Atkins

 liens

Bozar
Cut Hands
Emptyset

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Deuxième édition du Bozar Electronic Arts Festival, avec une formule désormais bien rôdée, prisée de ces pages et qui nous permet de renouer avec la chronique à quatre mains. L’essentiel (à vrai dire tout, sauf la tête d’affiche) se passa ce vendredi soir dans la salle Terarken, légèrement réagencée : moins bonne vision latérale, scène trop en profondeur empêchant de bien voir les artistes et les projections - c’est finalement en haut des escaliers, soit dans le premier tiers de l’espace, qu’on a la meilleure vue d’ensemble - et très surprenante (et regrettable, même si elle permit certainement de boucler le budget de la manifestation) présence publicitaire d’une... voiture de marque allemande dès l’entrée ! On s’aperçut rapidement que l’atmosphère générale est franchement sombre, comme c’était le cas lors du second jour de l’édition 2012, et on regretta l’absence de prestations s’éloignant du schéma techno, là où les éditions passées commençaient par du post rock, de la musique de chambre ou des excursions plus expérimentales.

Le festival bruxellois se doublait cette année d’un « Focus Québec » permettant à des créateurs graphiques et musicaux et à des concepteurs d’installations de la Belle Province d’exposer leur talent. Riche idée, si ce n’est que les horaires serrés ne nous ont pas permis de réellement en profiter. Il n’est par ailleurs pas certain que monopoliser le plus grand espace (le hall Victor Horta) par une installation king size, reléguant les propositions orientées clubbing vers l’unique Terarken, fut une option très judicieuse.

On commença avec Emptyset, duo basé à Bristol et auteur de trois albums depuis 2009. Entrée en matière un peu brute : ces sonorités dures, robotiques, syncopées et a-mélodiques ne sont pas forcément aisées à savourer si tôt. Un set intriguant et percutant, mais qui tendit à s’étioler et se renouvela peu. Inégal donc, entre prenant, ennuyeux et déjà vu (à l’image des visuels, éternelle variation sur des nuages de points se constituant au gré des beats)... On s’orienta alors brièvement vers la Salle M, qui accueillit (selon un horaire retardé et, partant, incertain) quatre performances québécoises. On n’y verra qu’un tiers de celle nommée Heliograms : trois pièces anciennes (1977-1980) de belle facture, que l’on tend à labelliser « psychelectronica ». Mais il ne s’agit pas d’un concert : pas d’artiste sur scène, seulement des visuels un peu trop frénétiques, et qui du coup saoulèrent assez vite. Intéressant, mais lassant.

Retour au Terarken pour Pye Corner Audio. Nous étions impatients, les sorties de Martin Jenkins, calmes, profondes, travaillées et surprenantes augurant du meilleur. Et de fait, on eut affaire à un schéma dark ambient un tantinet gloomy, agrémenté de visuels hétéroclites assez vintage. On se dit qu’un tel set appelait une écoute assise, par hypothèse dans la Salle M. Mais on laissera aisément nos oreilles s’évader sur des sons qui se firent très attractifs, touffus et bien agencés. Sur une base pesante juste ce qu’il faut, sans excès, se greffaient des mélodies itératives qui tournoyaient et emportaient, tandis que l’écran tendu derrière l’Anglais diffusait des petits films des années 1960, cours pédagogiques de géométrie (les bissectrices du triangle, ce genre) . Une belle découverte, malgré quelques longueurs et des passages plus creux.

Ce fut ensuite l’heure des stars du soir, deux véritables légendes à vrai dire : on ne présente plus Juan Atkins et ses divers projets (Cybotron, Infiniti et surtout Model 500), l’un des pères fondateurs de la techno dite « de Detroit », et pas davantage Moritz Von Oswald, co-fondateur des mythiques labels minimal techno dub Basic Channel et Chain Reaction, dont la liste des alias et travaux impressionne. Après avoir collaboré avec Carl Craig il y a cinq ans, c’est avec Atkins que l’austère Allemand nous a proposé cette année l’intéressant Borderland. Intéressant seulement, car il est permis de trouver ce disque un brin répétitif et n’évitant pas l’écueil de l’ennui, là où on aurait espéré plus d’envolées. A cet égard, le concert présentant cet album - dans une salle Henry Le Boeuf visiblement ravie et impressionnée - fut sans surprise davantage « tenu » et tendu vers son objectif : une relecture du disque dans un format resserré et plus dansant. Schématiquement, les mélodies sonnèrent purement Atkins, et la rythmique prononcée, minimal dub, nous vint d’Allemagne. Le mariage fonctionna assurément bien, et le résultat fut très propre, parfaitement maîtrisé, mais sans ce grain de surprise apte à produire de grandes performances. Dominaient au final le plaisir et l’émotion de recevoir l’aumône sonore de deux légendes électroniques, et le sentiment d’avoir assisté à un concert de techno soulful de fort belle facture mais qui ne révolutionnera pas le genre, lequel a fait son chemin depuis qu’il fut défriché par, entre autres, les artistes concentrés et impassibles qui se faisaient face sur la grande scène ce soir.

Après ce beau moment, il fallut un temps d’adaptation pour adhérer à la proposition de Cut Hands, quinquagénaire anglais clairement orienté vers les rythmes africains, ainsi qu’en témoignent les titres de ses deux albums Afro Noise I et Black Mamba. Ce fut haché, rauque, dur, sec, percussif, tribal. Est-ce parce que les idées étaient là, mais évoluèrent peu que nous vint l’impression qu’il manquait un élément pour convaincre ? On dira plutôt qu’il fallut faire un certain effort pour entrer dans le paysage de William Bennett et suivre sa proposition. Reste que lorsque tout se mettait en place et que ça devenait hypnotique, l’ensemble fit son effet. Un set assurément original, mais pas pleinement probant.

Vatican Shadow qui le suivit le fut encore moins ; pourtant, ses disques (déjà cinq à ce jour, en trois ans seulement), subtils et qui témoignent d’une réelle inspiration, sont à conseiller. Par contraste, on reçut ici des sons certes intéressants pour certains, parfois noirs et profonds, mais dans un set bizarrement construit, qui manquait de liant et fit la part trop belle aux textures (très) dures. Exagérément sombre, comme une sorte d’implacable tunnel opaque qui ne nous convainquit guère.

Le dernier live du soir, une collaboration entre le nouveau venu Silent Servant et le déjà vétéran Regis, fut plus avenant. On navigua toujours en eaux lourdes et obscures, mais le tempo se fit ici plus lent et pétri d’amples réverbérations. Là où, avec Vatican Shadow, on lorgnait vers des labels comme Ant-Zen ou Hands, on eut ici presque du Basic Channel pitché à +10. Beaucoup d’informations évolutives furent suggérées à nos oreilles et circulaient dans l’air d’une salle curieusement assez désertée (de manière générale, ce vendredi fut moins couru que le lendemain). L’imaginaire était ici sollicité davantage que les tripes, ce qui ne fut pas pour nous déplaire. Couches et envolées virevoltaient, s’éloignant des productions techno « carrée » constituant la marque de fabrique de Regis. Légère baisse de régime aux deux tiers, lorsque la mélodie s’évapora pour laisser toute la place à des beats insuffisamment inspirés, mais les duettistes furent assez malins et doués pour ne rien laisser s’enliser trop longtemps. Les idées accrocheuses revinrent, en fin de set, avec d’intéressantes modulations aiguës. Un bel envol, en prélude à une seconde journée plus dense.

François Bousquet, Gilles Genicot
le 30/09/2013

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