Bozar Electronic Arts Festival 2013 : Helm / Phil Maggi / Kreng / Jon Hopkins / Modeselektor / Bill Kouligas / Burnt Friedman & Jaki Liebezeit / Terror Danjah versus Champion / Deadbeat

 date du concert

28/09/2013

 salle

Bozar,
Bruxelles

 tags

Bozar / Bozar Electronic Arts Festival 2013 / Burnt Friedman / Deadbeat / Helm / Kreng / Modeselektor / Phil Maggi

 liens

Modeselektor
Deadbeat
Bozar
Kreng
Phil Maggi

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Retour au Palais des Beaux-Arts en ce second soir, le plus chargé. On commença dans la salle Terarken avec Helm, Londonien qui proposa une pièce unique de près d’une heure faite de grondements sourds et de stridulations métalliques, évoquant des feuilles lentement froissées ou une sorte de gong aigu. Ce fut assez abstrait, mais nous adhérâmes sans peine à cette proposition impliquant une ample répétition de noires vagues pétrifiées, où surgissaient d’oppressants martèlements. En dépit de sons parfois trop « nus » et qui ne caressaient pas immédiatement l’oreille, la performance sobre, dense et convaincante de l’Anglais, très intriguante et assez cinématographique, recueillit l’attention soutenue d’une assistance clairsemée et comme subjuguée.

Dans le même temps (seul petit reproche à faire à l’organisation du festival : ce chevauchement de concerts en ce début de samedi soir), Phil Maggi se produisait dans le Studio. Installé près de la console, le Belge y côtoyait un vidéaste qui proposa, sur le grand écran occupant donc seul l’espace scénique, des films solarisés d’insectes (chenilles, vers de terre) tentant de s’extraire de leurs gangues. Dense et profonde, la musique du Liégeois participait un peu de ce même mouvement puisque les nappes sombres paraissaient enserrer des triturations et expérimentations qui ne parvinrent pas à s’en échapper. Après une demi-heure de set, on ressentit une légère frustration quand les lumières se rallumèrent.

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Kreng

Toujours dans le petit Studio, la soirée se poursuivit avec un autre local puisque Kreng prit le relais. Connu de ces pages pour ses deux albums parus sur Miasmah, Pepijn Caudron se plaça au centre de la scène, derrière ses machines, pendant qu’à sa droite Roos Janssens se tenait debout, son saxophone baryton entre les mains, et qu’à sa gauche, Benjamin Glorieux était assis derrière son violoncelle. À la différence de ses longs-formats, trop engoncés dans une ambient sombre typique du label norvégien qui l’héberge, Kreng sut, comme il vient de le faire sur un tout récent 7" publié sur Sonic Pieces, diversifier son approche. Si des textures et rythmiques sourdes et lointaines étaient toujours envoyées par le jeune homme, la présence des deux autres musiciens emmena le tout vers des terres alternativement expérimentales ou free-jazz. Les cordes slappées du violoncelle, le micro amplifiant même la main passant sur les boyaux, les clés frappées du saxophone, le souffle atonal passant à travers le tuyau et les interventions par à-coups de la jeune femme constituèrent autant d’éléments se mariant parfaitement avec les matériaux instillés par Pepijn Caudron. Pour terminer la grosse demi-heure de prestation, le trio livra un morceau à base de beats très saturés, posés sur chaque temps fort alors que les deux instruments réels jouaient frénétiquement.

Vint ensuite ce qui fut pour l’un d’entre nous le plus grand moment du festival, et l’un des meilleurs concerts électroniques vus depuis longtemps : Jon Hopkins n’eut aucun mal à déchaîner l’enthousiasme d’une salle Henry Le Boeuf archicomble (il faut dire qu’il y avait clairement nettement plus de monde ce soir qu’hier). Actif depuis 2001 et auteur de six albums, dont le très réussi Immunity paru cette année, l’Anglais à l’énergie communicative livra un set sensationnel, plus proche de son pénultième effort solo (Insides, 2009) que du dernier précité, mettant immédiatement tout le monde dans sa poche et debout comme un seul homme avec son enthousiasme et son sourire enjôleur. Précision des sons et des textures, constructions variées et imparablement efficaces, alternance de climats granuleux et mélodiques, pulsations tourbillonnantes : comme une parfaite symbiose electronica/techno, culminant dans l’antépénultième et pénultième morceaux délivrant une délicieuse montée presque orgasmique. Néanmoins, alors qu’un des deux rédacteurs de ces lignes s’y abandonna complètement, l’autre goûta davantage la première moitié du set, moins ouvertement dansante, plus diversifiée dans son approche et plus riche mélodiquement. Seul point partagé par l’ensemble de l’équipe rédactionnelle : ce qui était annoncé comme un « exclusive audiovisual grand piano show » s’avéra dominé par les machines habituelles, sur lit de splendides visuels colorés ; en termes de « grand piano », nous n’eûmes que deux brèves pièces, certes soignées et impeccablement exécutées, mais qui tinrent un peu lieu d’alibi arty et d’inutile vernis d’une musicalité déjà bien suffisamment présente.

Le deuxième balcon de la salle ouvrit pour accueillir les personnes forcées de rester sur les côtés, afin que tout le monde profite au mieux de Modeselektor. Programmé pour pallier la défection de Sascha Ring (initialement, était prévu un concert de Moderat), le duo berlinois avait, de fait, drainé un large public de fans (le nombre de t-shirts au logo simiesque en témoigna), irrésistiblement séduits par l’électro imparable des Allemands. Couplée avec les habituels riches visuels de Pfadfinderei (vidéos lancées du fond de la scène, grandes lignes droites de néon zébrant les écrans), la musique du duo piocha dans leurs différents albums (avec le tubesque Berlin pour terminer) et se permit même un clin d’œil à Moderat avec A New Error, morceau d’ouverture du premier album, accompagné de projections de mains de bébé et d’adulte enchevêtrées assez fascinantes. Remplissant parfaitement leur objectif dansant, les Allemands emportèrent l’adhésion d’un public dont l’un des membres se risqua même au crowd-surfing (peut-être une première dans une salle plutôt habituée à l’art lyrique ou à la musique classique). Pour autant, l’habitué de leurs concerts put déplorer un set un rien inconstant, souvent trop axé sur une rythmique binaire non évolutive.

On quitta ensuite la salle Henry Le Boeuf pour rejoindre le Terarken où se déroula la suite de la soirée. Le temps de nous remettre de nos émotions et le set de Bill Kouligas était passé ; plaisant à l’oreille mais néanmoins insipide, nous n’aurons pas grand-chose à dire au sujet de cet interlude. L’autre grand moment de la soirée arriva, avec Burnt Friedman et Jaki Liebezeit : le producteur natif de Coburg et le vétéran batteur de Can, âgé de 75 ans, collaborent depuis plus de dix ans et nous ont déjà offert cinq volumes de leurs Secret Rhythms. Se faisant presque face, de manière à pouvoir interagir le plus finement possible - le set était clairement en grande partie improvisé -, le duo œuvra autour de la batterie organique de Liebezeit et des textures et ersatz de mélodies délivrés par Friedman. La batterie, dépourvue de grosse ou moyenne caisse et réduite aux charlestons, toms et cymbales, se fit rêche et précise. Le résultat était chaloupé et syncopé, mais pas dub comme on pouvait s’y attendre. Les sons clairs et dominants assénés par Friedman étaient comme des cris : pour un peu, on se serait cru dans une animalerie en travaux, le rythme métronomique le disputant aux chuintements affirmés. Un très beau moment empli d’une vraie (double) personnalité, les deux artistes étant très complémentaires. Après deux morceaux plus enlevés, le set s’acheva sur un final plus dub contemplatif, de fort bon aloi.

C’est le moment que choisit l’un de nous pour quitter les lieux. On passa ensuite rapidement sur la prestation de Terror Danjah versus Champion car, comme nous le pressentions, ce ne fut pas notre tasse de thé. Ces déflagrations dubstep furent moins indigestes que les disques pouvaient le laisser craindre ; dans son efficacité insipide mais sans réel mauvais goût, le set demeura écoutable. Reste que, comme à l’accoutumée, ces cut-ups constants sans ligne directrice discernable nous laissèrent de marbre - ce qui ne sera pas le cas du public, le prix de l’ambiance ce soir au Terarken lui étant ici attribué, alors qu’il sembla décontenancé par le set un peu cérébral qui précédait.

Vint enfin le dernier artiste à l’affiche, aboutissement d’un long périple : Deadbeat nous gratifia d’un set court (45 minutes), assez dur et carré, résolument éloigné de ses très recommandables trois premiers albums (il a évolué depuis, sans cependant proposer sur disque l’équivalent de ce qu’il destina ce soir au dancefloor). En somme, du Deadbeat sous acide, pitché au maximum. Efficace et entraînant, mais pas complètement satisfaisant : pêchant parfois par excès de systématisme et manque de cohérence, le Canadien nous offrit à mi-course un percutant passage techno sans ambages ni fioritures avec, sous-jacents, des sons discrets rappelant clairement ses premiers travaux, avant d’obliquer vers une curieuse pièce tribal roots passablement absconse et de finir par un titre carrément dub. Il sait sans doute ne pas lasser son public, de sorte que ce fut comblé et fourbu que le régional de l’étape quitta les lieux sur le coup de 3h30.

Dans l’ensemble, on tenait là une édition réussie donc, avec d’excellents moments et quelques jolies découvertes, avec notamment un samedi moins homogène et uniforme que le vendredi ; à l’année prochaine, assurément !

François Bousquet, Gilles Genicot
le 01/10/2013

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