Initiée en 2004, De Leur Temps s’inscrit dans la lignée de ces manifestations qui ambitionnent de mettre en valeur les collections privées (ainsi suit-on, chaque année ou presque, les expositions automnales de la Maison Rouge). Itinérante (c’est la quatrième ville visitée en autant d’éditions), De Leur Temps s’arrête cette fois-ci à la HAB Galerie de Nantes pour un panorama de la production des quatre dernières années. Présentation d’acquisitions réalisées par divers collectionneurs, la proposition, plutôt qu’une monstration thématisée, tient alors davantage du catalogue permettant de retrouver près de 150 œuvres dont certaines ne sont pas inconnues pour les avoir déjà croisées ailleurs (voire, poussons-nous un peu du col, parce qu’elles trônent dans notre salon).

Sans véritable angle thématique, donc, De Leur Temps bénéficie néanmoins d’un accrochage construit, les commissaires ayant fait le choix de juxtaposer des pièces par proximité de médium ou de sujet d’étude. Au-delà de ces quelques rapprochements, nous serions tentés d’effectuer nous-mêmes quelques associations, constatant par exemple un attachement à la nature : petite plante (les répliques en bronze peint de Tony Matelli), océans (Dove Allouche), tornade (Mitch Dobrowner) ou aurore boréale (Laurent Grasso). Les paysages peuvent également être réalisés en 3D comme ce formidable amas de tubes en mousse de polyéthylène du toujours pertinent Vincent Mauger.

Avec cette sorte de maquette, on bascule vers des constructions poétiques, formes que privilégient également Laurent Pernot (son Captivité, dans lequel un croissant de lune en néon est prisonnier d’une cage à oiseaux), Pierre Ardouvin (Mirage : parasol ouvert sous lequel pendent des boules de sapin de Noël, amusante opposition été/hiver), François Loriot et Chantal Mélia (installation de miroirs et lumière), Zilvinas Kempinas (grand cerceau en bande magnétique suspendue en l’air grâce à l’action d’un ventilateur) voire Ida Tursic et Wilfried Mille (peinture rehaussée comme ils en ont l’habitude) ou bien Dae Jin Choi (Opération Sagesse : maquette d’avion dont les ailes sont emprisonnées dans deux blocs de béton). À côté de ces assemblages inspirés, des compositions peuvent être plus hétéroclites comme chez David Douard ou Présence Panchounette. De même, les créateurs savent pousser la réflexion jusqu’à inventer des animaux chimériques : Julien Salaud (nouvel exemple de son bestiaire empaillé et recouvert d’une constellation de perles), Théo Mercier (cheval écorché), Vidya Gastaldon ou Lionel Sabatté (loup réalisé en moutons de poussière).

Tandis qu’un espace est dévolu aux plus petits formats (dessins, croquis, peintures) au sein duquel nous retiendrons surtout le travail de Giulia Andreani et de Ryan Gander, plusieurs grandes toiles de peinture (qui, malheureusement, n’ont pas nécessairement notre préférence) sont exposées (Adam Adach, Marc Desgrandchamps, Philippe Cognée, Olivier Masmonteil, Damien Deroubaix ou Iris Levasseur). Notre goût ira davantage vers les châssis imposants sur lesquels un effet matière permet de transcender la toile (Loris Gréaud, Vincent Ganivet et Latifa Echakhch). Comme souvent, la récupération et l’utilisation détournée d’objets du quotidien s’avère un protocole répandu : Anita Molinero, Étienne Bossut (Tiré à part, poêle à marrons percluse de trous de carabines), Carlos Aires (couteaux de cuisine ornés de titres de chansons d’amour), Nina Canell, Katinka Bock, Raphaël Zarka, Daniel Dewar et Grégory Gicquel ou encore Camille Henrot (son tuyau d’incendie jaune formant le signe « infini »).

Pas si éloignés, quelques autres plasticiens redessinent le mobilier ou la construction : Guillaume Leblon (étagères de guingois), Tatiana Trouvé (tuyaux sortant du mur), Morgane Tschiember (mur de parpaings raccordés par du liant rose) et Mathieu Mercier (maquette d’habitation habillée avec une chemise). Pour rester sur les intérieurs, on apprécia davantage les espaces vides peints par Farah Atassi que ceux de Mathieu Cherkit. Quittant le champ de l’intime, des créateurs s’essayent au politique, avec plus ou moins de réussite : Mathieu Pernot (photographie d’un drap recouvrant le cadavre d’un migrant près de Calais), Mohamed Bourouissa (cliché tiré de sa série Périphérique) ou Claire Fontaine (carte de France réalisée en allumettes car, attention, le pays est prêt à s’embraser).

Cocasses et décalés, Richard Fauguet combine des huîtres, David Renggli et Veit Stratmann confectionnent des objets bizarres, Évariste Richer agglomère des dés pour fabriquer un gros cube et Stéphane Thidet diffuse le son du sol de la HAB Galerie. Enfin, alors que certains choisissent la simplicité d’une forme colorée unie ou bicolore (Éric Baudart, Vincent Beaurin, Cécile Bart), d’autres travaillent avec une grande présence de blanc, parcourue de quelques lignes noires, permettant notamment un jeu sur l’optique : François Morellet, Philippe Decrauzat, Stéphane Dafflon et Ivan Argote.

François Bousquet
le 01/01/2014

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