Charlemagne Palestine

 date du concert

30/01/2004

 salle

Instants Chavirés,
Montreuil

 tags

Charlemagne Palestine / Instants Chavirés

 liens

Charlemagne Palestine
Instants Chavirés

Charlemagne Palestine, c’est un peu le Philip Glass de l’indé. On imagine ce dernier plutôt du côté des salles de musique classique ou chez lui en train de composer des musiques pour des spectacles de danse, tandis que Charlemagne Palestine lui, se produit en toute simplicité, deux soirs de suite aux Instants Chavirés. Bon il est vrai que c’était un peu l’événement du mois, et que les deux soirées affichaient complet à l’entrée.

A la rigueur, on pourrait venir voir Charlemagne Palestine sans même qu’il ne joue une note de musique. Son discours qui a bien du durer un quart d’heure avant de commencer à jouer valait à lui seul le déplacement. Bien portant, habillé de façon à la fois simple et marquante, avec chapeau et une chemise hawaïenne dont les palmiers sont remplacés par des animaux divers, il commence son petit cérémonial en l’honneur du piano sur lequel il s’apprête à jouer : un bouquet de fleur est posé devant celui-ci, et puis ses habituelles peluches de toute sorte, disposées avec soin, allant même jusqu’à nous donner leur petit nom. Il nous explique que tous les compositeurs minimalistes ont leur petites manières, et que la sienne consiste en cette mise en scène de peluches. Il en profitera par la même pour rejeter le terme "minimaliste" qui aurait tendance à le rapprocher un peu trop de Philip Glass ou Steve Reich. Il nous parlera ensuite du piano sur lequel il allait jouer ce soir, apparemment une rareté au son extraordinaire, et se délectera de quelques gorgées de Cognac avant de prendre place.
C’est alors qu’un téléphone portable se met à sonner. Il réalise alors qu’il faut qu’il éteigne le sien, provoquant quelques rires dans la salle, mais nous rassurant en nous disant que le niveau sonore du concert couvrira le bruit des portables, et espérant que sa musique soit plus "intense" que celle d’un portable. Tout ça pour montrer à quel point ce compositeur aborde son concert en toute simplicité. Un personnage haut en couleur qui nous a tout de suite fait une excellente impression.

Musicalement, on avait un peu peur. N’ayant jamais vraiment vu de concert de l’américain, mis à part sous forme de film, on s’attendait à quelque chose qui risquait de nous ennuyer sur la longueur, à une musique répétitive mais également linéaire. Sa musique a certainement beaucoup évolué avec le temps, tout en gardant une certaine dimension mystique (il utilisera le terme "transe" pour la décrire). Débutant lentement par deux notes en accord parfait, il accélère le rythme et semble y ajouter une troisième note, donnant l’impression de jouer d’une main deux notes répétitives, et de l’autre main une troisième note qui vient s’intercaler entre les deux premières. Au bout de quelques minutes, une fois rentré dans le tempo, les variations font leur apparition, comme un enchaînement d’accords souvent magnifiques. On est alors surpris par tant de variations, par une musique extrêmement riche, vivante et prenante par son aspect répétitif, même si régulièrement il provoque quelques accélérations qui finissent de mettre la pièce en mouvement.
Petit à petit il descendra dans les graves pour finalement atteindre l’extrême gauche du piano et, jouant avec les harmoniques, provoquera quelques notes aiguës et inattendues. Il remontera rapidement vers les médium et terminera par les deux notes qui démarraient ces 45 minutes de concert.

Fort belle surprise donc, un immense plaisir de voir ce compositeur pour la première fois, celui-ci nous rappelant après être passé au bar que comme il y en a qui sauvent les baleines, il ne faut pas oublier de sauver les pianos comme ce Bösendorfer. Le message est passé !!

Fabrice ALLARD
le 10/02/2004

À lire également

29/06/2007
Siestes Electroniques
(Cour de la DRAC)
27/03/2010
Présences Electronique
(Le 104)
Perlonex / Keith Rowe / Charlemagne Palestine
Tensions
(Nexsound)
Perlonex & Charlemagne Palestine
It Ain’t Necessarily So
(Zarek)