Élisabeth ou l’Équité

 auteur

Éric Reinhardt

 metteur en scène

Frédéric Fisbach

 date

du 12/11/2013 au 08/12/2013

 salle

Théâtre du Rond-Point,
Paris

 appréciation
 tags

Éric Reinhardt / Théâtre du Rond-Point

 liens

Théâtre du Rond-Point

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Alors que le cinéma s’en saisit assez régulièrement, l’entreprise contemporaine n’est encore que rarement le sujet central de dramaturgies. À l’affiche pendant un mois au Théâtre du Rond-Point, Élisabeth ou l’Équité vient donc remplir un espace peu fréquenté et s’avère d’autant plus intéressant que cette pièce est la première d’Éric Reinhardt, romancier qui, dans Cendrillon et Le Système Victoria avait déjà entrepris de fictionnaliser autour de ces questions. Comme dans ce dernier titre, une DRH est au centre du récit, chargée de mener à bien un plan social mettant au chômage 192 ouvriers d’une usine de pétrochimie dans une petite ville française. Détenu par un fonds de pension états-unien, le groupe propriétaire de l’usine en possède également une autre, en Gironde, qui pourrait bien être vendue à des Chinois.

Assez naïve au début, empreinte de modèles humanistes (tout faire pour éviter les conflits avec les syndicats, essayer de faire entendre raison au patron new-yorkais) , le personnage central va être, par la suite, légèrement tentée par le cynisme avant qu’elle n’essayer de faire triompher malgré tout l’équité (écrit en majuscule dans le titre de la pièce, cette notion est aussi bien un idéal à atteindre qu’une idée qui prendrait corps en Élisabeth). À côté de cette dernière, les deux patrons (celui de la division française du groupe, et l’États-unien) sont au départ évidemment désignés comme les « méchants » avant de dévoiler qu’eux aussi sont les jouets de la « main invisible » du marché. Conscient des dégâts de la mondialisation, Reinhardt a voulu ainsi exposer que chacun possède ses propres raisons et sa propre logique et qu’en de pareilles situations, un degré supplémentaire dans le jusqu’au-boutisme libéral peut toujours être franchi.

Optant pour un réalisme strict, marquée par des extraits de journaux d’information de radio, la pièce se veut directe et, malgré quelques problèmes de rythme (certaines scènes auraient pu être raccourcies, telles celles à New-York), sans artifice venant détourner l’attention. À ce titre, les changements de décor et de costume se font à vue et les parties familiales (quand la DRH rentre chez elle et s’oppose à son mari, praticien hospitalier dénonçant régulièrement le système capitaliste) sont justement dosées, ne prenant jamais le dessus sur les échanges au sein de l’entreprise ou lors des rencontres patronat-syndicats. La mise en scène de Frédéric Fisbach (qui s’est précisément distribué en tant qu’époux de l’héroïne) se fait également très juste, n’appuyant pas les effets, opérant par mouvements de panneaux pour passer de Paris à New-York et choisissant de conserver en VO les discussions en anglais (avec des traductions néanmoins perfectibles, tel ce « congressman » devenant « préfet » dans les surtitres).

Pour porter le rôle-titre, Anne Consigny donne corps à la progression décrite précédemment, occupant de mieux en mieux l’espace scénique et sonore ; de discrète au début, sa présence et sa voix se font de plus en plus présents, jusqu’à un final qui peut être diversement interprété. De fait, en essayant de ne pas dévoiler la conclusion de la pièce, on peut y lire une victoire des idéaux sociaux d’Élisabeth sur la ligne dure que voudraient lui faire tenir ses supérieurs, ou alors une manipulation particulièrement fine, démontrant qu’elle a parfaitement assimilé et intégré le système, malgré ses réticences initiales. Si l’on devine aisément de quel côté se situent auteur et metteur en scène, cette autre lecture possible témoigne assurément de la réussite de l’entreprise.

François Bousquet
le 28/11/2013

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