Matt Elliott

 date du concert

21/11/2013

 salle

Café de la Danse,
Paris

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Café de la Danse / Matt Elliott

 liens

Matt Elliott
Café de la Danse

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Le jour est enfin venu où Matt Elliott joue en tête d’affiche. Après plusieurs dates régulières au Café de la Danse, ces dernières années, le musicien de Bristol se produit à l’occasion de la sortie de Only Myocardial Infarction Can Break Your Heart avec une formation particulière. C’est accompagné d’un contrebassiste, d’un batteur et d’un guitariste/claviériste qu’il effectue la tournée de son sixième album, de quoi bousculer ses fans, habitués à son assortiment solitaire de guitare et de voix profonde.

La première partie est assurée par le duo que forment Eric Chenaux (du label Constellation) et Eloïse Decazes (Arlt), revisitant une certaine tradition de la chanson française, en particulier médiévale. Tandis que Chenaux tire de sa guitare des sonorités moyenâgeuses, le chant de Decazes s’apparente à l’expression musicale de l’amour courtois du XIIème siècle. Leur prestation s’avère d’un anachronisme total et la salle semble trouver inattendu d’assister à une réinterprétation de l’art des troubadours. Musicalement, on aura du mal à se laisser émouvoir.

Enfin Matt Elliott et ses musiciens prennent place. Après quelques raclements de gorge et un « Putain je suis stressé », il égrène les premières notes de The Right To Cry, morceau-odyssée de 17 minutes qui ouvre son album. Les instruments entrent progressivement, le son étouffé et sourd de la batterie, jouée avec des baguettes de marimba, s’apparente à un rythme cardiaque. Les musiciens joignent leurs voix à la sienne dans un effet de chorus, et comme par un jeu de miroirs, la contrebasse semble faire écho à la gravité de son chant qui, pour sa part, vous emplit l’être de sa chaleur souveraine.

La spécialité de Matt Elliott en live, à savoir de mener ses titres à l’apothéose, se trouve décuplée par la présence d’autres instruments. The Right To Cry, Prepare For Disappointment, qui s’ouvre sur des notes de clavier cristallines, ou Zugzwang évoluent vers des explosions de guitares électrique et acoustique, des cacophonies sublimes de cymbales fracassées et de balafres de contrebasse. On n’a jamais vu de concerts de Matt Elliott si échauffé, regrettant presque les places assises. Ces instants d’une intensité à vous griser les sens donnent envie de se secouer le corps, paupières serrées et bras en l’air, ondulants à l’espagnole. L’homme est passé de morceaux exhalant un désespoir glacé et implacable, qu’il déclamait seul à la guitare, à des escalades vers des sarabandes rougeoyantes de décadence, des appels à se perdre dans un flamenco satanique et infini. Alors que la salle entière est suspendue à ses paroles, l’Anglais enchaîne avec sa reprise de Screamin’ Jay Hawkins, son I Put A Spell On You aux accents langoureux, puis annonce un ancien morceau. Des souffles fantomatiques s’échappent, on reconnaît The Kursk et ses embruns funestes. Soudain c’est l’ancien Matt qui se tient sur scène, les flots de la désespérance, qui n’avaient jamais vraiment disparu, rejaillissent à gros bouillons. Le moment dont il nous gratifie conjugue la lancinance des tristesses les plus décharnées à une beauté musicale absolue.

Après de vives ovations, il revient seul pour un rappel de deux titres. Une surprenante et très belle reprise du Bang Bang de Cher, puis le traditionnel Also Ran, et sa boucle de « I will haunt you in your sleep » achèvent la soirée. Nul doute qu’un concert pareil peut continuer de hanter votre sommeil, longtemps, la nuit.

Manon Torres
le 24/11/2013

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